Elles sont revendues depuis hier, 17 mars 2010, par le ministère du Commerce au prorata du gaz contenu dans chaque bouteille. Le parking de l'Immeuble Rose à Yaoundé ressemble depuis plusieurs heures à un dépôt de gaz. Et pour cause : plus de 600 bouteilles saisies par le ministère du Commerce (Mincommerce) y sont entassées.
Ces bouteilles ont été saisies mardi 16 mars 2010, par la brigade nationale des contrôles des prix et de la répression de la fraude, sur instructions directes de Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce. « Nous avons fait une saisie réelle de 585 bouteilles de gaz domestique de 12,5 kilogrammes et 33 bouteilles de 38 kilogrammes », annonce Jean-marie Nemi Nkolo, le chef de cette brigade.
Un communiqué du ministre du Commerce, en début de semaine, annonce en effet aux populations de la capitale camerounaise qu'un important stock de gaz domestique, objet de manipulations frauduleuses, a été saisi par ses services techniques au niveau du dépôt CAMGAZ de Nsam. Cette saisie fait suite au démantèlement, samedi dernier, d'un réseau de trafic de gaz dans cet entrepôt. « Le produit ainsi saisi fera l'objet d'une vente publique, au prorata de son poids réel, à compter de mercredi 17 mars 2010, au parking de l'immeuble abritant les services centraux du ministère du Commerce », précise le communiqué.
Vente au prorata
En début d'après-midi hier, on pouvait en effet voir les agents du Mincommerce au four et au moulin. Pendant que certains pèsent les bouteilles, d'autres dirigent les clients dans la procédure de paiement. Les révélations de pesée sont ahurissantes. Certaines bouteilles saisies par la direction régionale pour le Centre, le sud et l'Est de la Société camerounaise de gaz liquéfiés de pétrole (CAMGAZ) ne contiennent même pas 3 kilogrammes de gaz. En réalité, la bouteille pleine de gaz domestique qui coûte 6 000 Fcfa doit peser quelque 26 kilogrammes, soit 12,5 kilogrammes de gaz net et le reste pour la bouteille vide, nous explique un agent du Mincommerce. Donc, si la pesée d'une bouteille donne 16 kilogrammes, on en déduit que le gaz contenu à l'intérieur est d'à peine trois kilogrammes. La méthode du Mincommerce n'est peut-être pas toujours infaillible. Mais, en considérant que de nombreuses bouteilles actuellement au Mincommerce pèsent 16kg, 18 kg et rarement plus de 20 kg, on saisit vite la gravité de la situation. Quoi qu'il en soit, des consommateurs se bousculent dans le hall du Mincommerce depuis hier. Ils peuvent s'offrir une bouteille de gaz à 1 500 Fcfa, 2 300 Fcfa, etc. Bien entendu, ces bouteilles ne sont pas pleines.
Action en justice
L'action administrative est donc bien entamée. Pour ce qui est de l'action judiciaire, le ministère public va se saisir de l'affaire. Les responsables de l'entreprise et les employés ont été entendus par la police. Ils continuent de nier une quelconque implication dans ce trafic de siphonage de gaz. Mais, pour Jean-Marie Nemi Nkolo, les faits sont contre eux. « Vous avez par exemple vu les milliers de bouchons qui étaient par terre dans le dépôt (...) Quand vous payez votre gaz, vous retirez le bouchon et le jetez à la poubelle. A la rigueur, si ce bouchon est exigé par le revendeur du coin, il ne peut-être enlevé qu'à la SCDP où toute l'opération d'enfûtage se déroule», explique-t-il.
Guillaume Mpome, directeur régional de CAMGAZ, estimait pour sa part qu'il est tout à fait normal de trouver autant de bouchons par terre dans le dépôt, puisque c'est l'entreprise qui les fournit à la SCDP pour boucher les bouteilles. Mais, au Mincommerce, on est clair : le marqueteur sert uniquement d'intermédiaire entre la SCDP qui enfûte le gaz et les distributeurs du produit. En principe, il ne devrait y avoir aucune manipulation sur les bouteilles lorsqu'elles se trouvent au dépôt du marqueteur. Encore qu'au moment du flagrant délit du week-end dernier, les « trafiquants » arboraient la tenue de travail de l'entreprise...

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