Après Saly, première étape de validation juridique du code de la presse, le débat se poursuit à Dakar. Hier, mercredi 17 mars, la Convention des jeunes reporters du Sénégal (Cjrs), avec le concours de la Fondation Friedrich Ebert, l'a relancé en ces termes"les enjeux du nouveau code la presse". Cette rencontre qui a su réunir en son sein pas mal de personnalités des professionnels de l'information et de la communication s'est inscrite dans une dynamique de recueillir des suggestions et aux fins de parfaire ledit code afin d'améliorer la situation socio-économique des journalistes et l'environnement juridiques des entreprises de presse.
"Enjeux du nouveau code de la presse", tel a été le thème de la table ronde tenue à cet effet à la Fondation Friedrich Ebert, par la Convention des jeunes reporters du Sénégal (Cjrs).
En effet, cette initiative est selon Aissatou Mbène Kane, président de la Cjrs, une manière pour les jeunes reporters d'apporter leur contribution à l'élaboration d'un code de la presse. Pour elle, échanger avec les journalistes sur la question est plus que jamais nécessaire pour participer davantage à la perfection du code tant qu'il n'est pas encore adopté. Elle s'est par ailleurs félicitée de la dépénalisation des délits de presse longtemps réclamée par les professionnels de l'information et de la communication et récemment décidée par le pouvoir de l'alternance. Toutefois, ses sentiments ne sont pas partagés par As Mademba Ndiaye, Chargé de communication de la Banque mondiale et par ailleurs modérateur de la table ronde. "La dépénalisation des délits de presse que j'ai toujours combattue, me laisse aujourd'hui perplexe", dira-t-il avant de soutenir que "c'est dangereux en ce qui concerne la diffamation ». Il a aussi soulevé la question du statut du journaliste. Sur ce, il estime que "cette nouvelle définition du statut du journaliste risque de priver les citoyens de la liberté d'expression »
Cheikh Thiam, président du Conseil pour le respect de l'éthique et de la déontologie (Cored) quant à lui, s'inscrit en porte- à -faux avec les hypothèses de ce dernier. Selon lui, contrairement à ce que soutient Mademba Ndiaye, la nouvelle définition des journalistes n'enfreint en rien la liberté d'expression des citoyens sénégalais. Il en veut pour preuve la participation de la société civile dans l'élaboration de ce code de la presse pour faire part de la démarche participative entreprise en ce sens. Le directeur de publication du quotidien national de dénoncer en outre, la non prise en charge des journalistes par les organes de presse sur les questions d'ordre sociales à travers la prise en charge médicale, la cotisation sociale, à l'Ipress etc., la non viabilité des entreprises de presse, par l'ancien code.
Il a aussi dans un autre registre estimé que le fait que le journaliste soit mal payé peut le fragiliser en matière d'éthique et de déontologie. "A quoi sert une liberté qui ne permet pas à un journaliste de manger à sa faim et de se soigner quand il est malade ?", s'est- il interrogé. Pour lui, voilà autant de questions qui méritent d'abord une attention particulière et qui doivent être prises en compte dans les organes de presse. Sur ce, Mademba Ndiaye lui dira, "n'attendez pas le nouveau code de la presse pour l'appliquer au niveau de votre structure ».
Mamadou Ibra Kane, responsable de la commission stratégie du Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse d'estimer que c'est de la provocation de penser que la dépénalisation des délits de presse constitue un danger. S'agissant du nouveau code de la presse, il demeure convaincu qu'il révolutionnera l'environnement de la presse. Parce, poursuit-il, la loi sur la presse n'a pas tenu compte de l'évolution de la profession des journalistes et était essentiellement d'obédience syndicaliste en ne visant pratiquement que la défense des journalistes. Entrant dans le vif du sujet, il axe les enjeux du nouveau code autour de quatre angles que sont la défense des droits des citoyens, parfois victimes des journalistes, le statut du journaliste, la liberté de la presse et le statut juridique et l'environnement économique de l'entreprise de presse.
Cheikh Bamba Niang, magistrat au ministère de la justice lui, opte pour une prise en compte de toutes les questions soulevées et a essayé d'apporter des réponses juridiques et pénales. "Est ce que le journaliste qui commet une infraction doit avoir comme sanction la prison", s'est il posé la question avant de répondre que non et de justifier en ces termes"la prison n'est pas la seule alternative pour sanctionner un journaliste qui commet une infraction ». Selon lui, la réponse pénale n'est pas toujours la meilleure solution. Elle peut parfois faire la promotion du journaliste.
Bacary Domingo Mané, membre du Ben du Synpics, par ailleurs, Chef de desk politique à Sud quotidien, estime lui, que le temps est venu de restaurer la dignité des journalistes qui vivent dans des conditions d'extrême précarité. Les journalistes sont des cadres, dit-il, qui ont droit à de bons salaires leur permettant de vivre décemment de leur travail, à une bonne prise en charge sociale, de manière à les mettre à l'abris de la corruption et autre tentation. En ce qui concerne la problématique de la concentration médiatique, il soutient que c'est une véritable menace à la démocratie et à la liberté d'expression.

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