La langue wolof serait un mélange de mots et d'expressions empruntés à d'autres langues négro-africaines, arabes et européennes notamment. Il n'en demeure pas moins qu'elle est aujourd'hui au Sénégal et dans la diaspora sénégalaise le moyen de communication le plus répandu et le plus usité.
Il faudrait bien retenir que comme toute autre langue, le Wolof a ses règles et ses principes que tout usager se doit de connaître et de respecter pour ne pas heurter les initiés en commettant des fautes, des non-sens ou des contre sens.
Ceux qui sont attachés au sens des mots et des expressions et qui sont attentifs aux conditions d'emploi de la langue wolof, notamment par les communicateurs, les politiciens et autres leaders d'opinion, sont quotidiennement choqués par ce qu'ils entendent ou lisent dans les communications en langues nationales. Malheureusement, cela ne concerne pas uniquement le Wolof, mais le Français, en dépit des faveurs dont il bénéficie dans le système éducatif, est également malmené à longueur de journée.
Mes préoccupations de ce point de vue, rejoignent celles de l'animateur de Radio, le talentueux Pape DIOKHANE, de l'animateur de télévision Fallou CISSE, du Professeur Sakhir THIAM, du Colonel-écrivain Moumar GUEYE, entre autres.
Le colonel Moumar GUEYE dans une récente contribution a tenté de ramener des usagers à l'orthodoxie de la langue de Kocc Barma Faal. À cette occasion, il a cité un certain nombre de mots et d'expressions wolof généralement mal employés dans la presse parlée.
Son initiative, que j'ai beaucoup saluée et appréciée, a suscité une réaction du journaliste et écrivain Saër Ndiaye qui, dans le quotidien "Le Soleil", a cru devoir plaider pour la tolérance, voire l'encouragement des déviations relevées. Ã mon avis, même si une langue ne peut guère échapper aux emprunts et autres néologismes, le respect des règles et des principes doit être de rigueur.
En ce qui me concerne, je ne ferais pas comme le professeur, éminent spécialiste qui a accompli la prouesse de rédiger un ouvrage de mathématiques en wolof et trouver des noms à des choses que nos aïeux ne connaissaient pas, comme la « télévision ». Je ne suivrais pas non plus le journaliste écrivain qui prône la tolérance au service de l'ignorance non reconnue. Je n'encouragerais pas du tout certains journalistes qui pensent devoir "wolofiser" des mots comme "école " ou « hôpital » en leur accolant l'article français « le » ou « la » pour les traduire en « l'école bi »' et « l'hôpital bi ».
Je suivrais plutôt les académiciens de France pour la consécration de termes ou expressions venus d'ailleurs et qui le méritent, tout en rejetant celles qui heurtent.
Je suggérerais, au passage (non « de passage ») l'abandon de l'expression « cette présente édition », qui fait partie des pléonasmes qui s'entêtent à vouloir s'imposer à nos enfants, et son remplacement par « la présente édition » ou « cette édition ».
Je rejoins le Colonel écrivain Moumar GUEYE quand il affirme que les substantifs en wolof ont leur sens avec l'article qui les accompagne, lequel article change du singulier au pluriel. Certains d'entre eux changent de structure et de prononciation lorsqu'ils sont au pluriel. Je dirais même qu'ils ont des patronymes à l'instar des humains.
Je ne citerai aujourd'hui que quelques exemples, à cet égard (non "à cet effet " comme certains le diraient dans un tel contexte) : Ndox mi, cèèb bi, mango gi (le manguier), mango ji (les mangues), laax bi, cere ji, mboot mi, guro gi, nit ki (la personne), nit ni les personnes), suukër si, kafcèèr bi, mèèw mi, saabu bi, tangal bi(le bonbon), tangal ji (les bonbons), xorom si, loxo bi (le bras), yoxo yi (les bras), bët bi (l'oeil), gt yi (les yeux), mbagg mi (l'épaule), wagg yi (les épaules)....
L'énumération pourrait être très longue.
Je voudrais terminer mon propos en relevant quelques confusions ou abus d'usage, qui à mon avis, méritent correction, sans plus tarder : « daanaka » signifie « presque », ne pas dire « daanaka dèè na, baäoo ngi koy waaja suul". « loolu » (cela) ne doit pas être utilisé pour « lool » (trop). « daaldi » marque le passé simple. Il ne peut pas entrer dans n'importe quel contexte.
« nar » et « fas yeené » sont différents. Le premier mot se rapporte à un sujet passif, par exemple « nar naa dèè bu faju wul » alors que l'autre . « fas yeené dem bu ma ko manè ». On dit « yéés » (pire en français), et non « gyéés ».
Les termes « ndokkèl » et « sargal » sont voisins pour signifier « féliciter » en français. Il faut noter qu'on ne félicite pas quelque'un qui vient de perdre un proche ou quelque chose de précieux. Dans ce cas les termes ; « jaalé » ou « massa wu » sont plus indiqués devant de si tristes évènements.
Mais, à mon sens la véritable question, c'est de savoir quoi faire et comment intéresser les usagers des langues nationales, au premier rang desquels les communicateurs au sens large du terme, afin de préserver ces langues nationales que nos ancêtres nous ont léguées et qui sont les garants de notre culture et de notre civilisation. La solution la plus urgente consisterait sûrement à intégrer les langues nationales dans les programmes scolaires et la création de centres de formation accélérée dans les langues nationales codifiées. Ce serait déjà un effort appréciable !

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