Depuis trois ans, le Mend (Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger), principal groupe armé du Sud pétrolifère du Nigeria, livre une "guerre du pétrole" contre les infrastructures pétrolières nigérianes et étrangères dans la partie méridionale du pays le plus peuplé d'Afrique. Le mouvement affirme se battre pour une meilleure répartition des revenus de l'or noir en faveur des populations du delta du Niger, vivant selon lui dans la pauvreté malgré la richesse de leur sous-sol.
Traditionnellement, pour se faire entendre, le Mend s'attaque aux installations pétrolières ou procède tout simplement à des enlèvements des employés des sociétés en activité dans la région. Lundi dernier, son mode opératoire semble avoir évolué, avec l'explosion de deux bombes à l'ouverture d'une conférence de paix à Warri (Sud du pays). Même si ont été proférées des menaces de s'en prendre aux installations du groupe pétrolier français Total, jusque-là épargné par les attaques dont ont été maintes fois victimes les géants anglo-néerlandais Shell et américain Chevron.
En réalité, plusieurs groupes armés opèrent dans le Sud pétrolifère du Nigeria, où une amnistie leur avait été offerte il y a plusieurs mois par le président Umaru Yar'Adua en échange de leur démobilisation. Mais cette politique a fait long feu et des attaques ont repris. Pourtant, le gouvernement nigérian prévoit de transférer 10% de ses parts dans les entreprises pétrolières aux habitants de la province du delta du Niger, afin de tenter d'apaiser la rébellion qui touche depuis des années la production dans cette région, a affirmé en décembre dernier le Financial Times.
Emmanuel Egbogah, conseiller spécial du président Umaru Yar'Adua sur les questions pétrolières, avait indiqué au journal que le président soutenait l'idée d'un transfert de 10% des parts que détient la compagnie pétrolière nationale dans les différentes coentreprises qui exploitent les vastes réserves pétrolières du pays. Le gouvernement espère, dit-il, dissuader le vol et le sabotage en liant les revenus de chaque communauté concernée à la production de la coentreprise qui extrait ses ressources. "Les bénéfices iront directement à elles, et qu'il soit aveugle, sourd ou muet, chaque citoyen pourra dire qu'il possède une partie de l'entreprise", s'enthousiasmait alors M. Egbogah. Où en est-on aujourd'hui avec la mise en oeuvre de cette initiative pour le moins révolutionnaire ?
L'état de santé actuel du président retarde-t-il l'exécution du projet ? Difficile de le savoir. Mais une chose est sûre : les attaques sur la production pétrolière au Nigeria, un des principaux producteurs au monde, ont d'importantes conséquences sur le budget de l'Etat nigérian. En juillet 2009, selon des sources crédibles, la production se situait entre 1,2 et 1,3 millions de barils par jour (mbj), contre 2,6 mbj en 2006. Face à la menace contre un secteur aussi vital - le Nigeria tire 90% de ses devises de la production d'hydrocarbures - on se demande si les autorités ont d'autres alternatives que de négocier à nouveau avec le Mend même si son chantage est de mauvais goût. L'option militaire ayant déjà montré ses limites.

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