18 Mars 2010

Cameroun: Attaques - Les pirates prennent le golfe de Guinée en otage

Photo: Nations Unies
Cette vue aérienne au Nigeria, montre du pétrole flottant à la surface de l'eau.

Malgré les mesures de sécurisation, cette zone est toujours en proies aux assauts de groupes organisés.

Le sort des sept Chinois enlevés vendredi dernier au large de la péninsule de Bakassi, dans les eaux internationales par un groupe rebelle dénommé Africa marine commando n'est pas encore scellé. Aux dernières nouvelles, les ravisseurs des pêcheurs originaires de l'Empire du milieu ont exigé une rançon de 6.750.000 Fcfa (par personne) pour la libération des captifs. La Chine aurait manifesté sa volonté de payer cette rançon en dépit des réticences exprimées par les autorités camerounaises.

Cette attaque contre les Chinois à Bakassi survient après bien d'autres, plus ou moins spectaculaires. Lesquelles se soldent souvent par des rapts ou des morts d'hommes. Au rang des raids les plus emblématiques au large de Bakassi, l'on note celui de Limbé le 28 septembre 2009. Un groupe de malfrats avait attaqué des établissements bancaires à Limbé, une cité balnéaire camerounaise.

Ce groupe criminel, qui n'avait subi aucune riposte de la part de l'armée camerounaise, est reparti avec un butin estimé à des centaines de millions de Fcfa par voie maritime. Le 17 février de la même année, un groupe d'assaillants lourdement armés, en provenance de la mer, avaient attaqué la présidence de la Guinée Equatoriale, à Malabo. Le 30 octobre 2008, un groupe de rebelles du Bakassi Freedom Fighters (Bff) avait capturé, en pleine nuit, dix salariés du groupe français Bourbon intervenant sur un champ pétrolier opéré par Total dans la zone maritime jouxtant Bakassi. Les ravisseurs avaient fait monter la pression en menaçant, dans un premier temps, de tuer tous les otages. Le président Paul Biya, absent du pays, avait dû précipiter son retour et diriger personnellement les négociations, avec l'aide d'experts dépêchés par Paris.

Le 11 novembre 2008, les dix otages français et les autres de nationalité tunisienne et sénégalaise sont libérés. En retour, les Bff obtiendront l'élargissement de treize pêcheurs originaires de Bakassi arrêtés en raison "de problèmes de papiers d'identité".

Mode opératoire

Ainsi le golfe de Guinée constitue actuellement l'un des plus grands foyers de la piraterie maritime aux côtés de l'Afrique de l'Est et de l'Asie du Sud-Est. Selon le ministère français de la Défense, les zones ayant connu le plus grand nombre d'attaques de piraterie depuis 10 ans, ont été le détroit de Malacca, le golfe de Guinée et le large de la Somalie. S'agissant de la zone du golfe de Guinée, elle concentre un niveau élevé d'attaques, la plupart de celles-ci (74 %) ayant lieu au large du Nigeria. Les autres pays concernés sont le Cameroun, la Guinée Equatoriale et le Bénin. En 2009, on dénombrait 104 actes de piraterie ou de brigandage (77 au Nigeria, 22 au Cameroun, 5 en Guinée Equatoriale).

Les attaques dans le golfe de Guinée suivent un mode opératoire unique : il s'agit d'attaques à main armée, toujours violentes, lors desquelles les éléments de valeur appartenant au navire ou à son équipage sont volés, les agresseurs prenant rapidement la fuite. Ce mode opératoire, ajouté au fait que la majorité des attaques a lieu dans les eaux territoriales de nations souveraines, distingue nettement la piraterie dans cette zone de celle ayant cours au large de la Somalie.

La qualification de "brigandage maritime" lui est appliquée, de préférence à celle de "piraterie ", explique t-on au ministère français de la Défense.

Les ministres de la Défense du Cameroun, du Gabon, de la Guinée Equatoriale et de Sao Tome et Principe ont signé le 6 mai 2009 dans la capitale camerounaise avec les représentants de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (Ceeac) un accord technique pour la sécurisation maritime du golfe de Guinée. Les quatre Etats de cette zone se sont engagés par ce nouvel accord à mutualiser leurs moyens humains et matériels pour la lutte contre l'insécurité maritime dans cette région et assurer la liberté de navigation et d'exercices des activités économique et commerciale.

Les ministres de la Défense des quatre pays concernés se sont retrouvés le 7 mai dernier à la base navale de Douala pour le lancement de l'opération conjointe de surveillance maritime mettant en oeuvre les bâtiments issus des quatre Etats membres et l'inauguration du Centre multinational de coordination (Cmc) établi dans la capitale économique camerounaise. Sur le terrain, la série noire se poursuit pourtant.

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