Pour mettre un terme à la crise à Madagascar qui s’est aggravée avec l’expiration d’un ultimatum de l’Union africaine le 16 mars la médiation devrait cesser d’essayer de mettre en place une transition fondée sur un partage du pouvoir, et tenter plutôt d’obtenir un accord sur la rédaction d’une nouvelle constitution et l’organisation rapide d’élections sous supervision internationale.
Madagascar : sortir du cycle de crises, le dernier rapport de l’International Crisis Group, analyse les causes profondes de la crise et propose une nouvelle approche pour sortir de l’impasse des négociations. Les accords de partage du pouvoir signés à Maputo en août 2009 et à Addis-Abeba en novembre représentaient une opportunité de mettre en place une transition consensuelle. Mais bien qu’il ait signé les accords, le président de fait Andry Rajoelina et son entourage ont depuis bloqué leur mise en place, et ont donc été frappés de sanctions individuelles par l'Union africaine (UA) le 17 mars.
« Les protagonistes semblent plus préoccupés par leur possible rente de situation que par une solution dans l’intérêt de la nation », explique Charlotte Larbuisson, analyste Afrique australe. « Le manque de volonté politique de réaliser des compromis a rendu un authentique partage du pouvoir pratiquement impossible. »
Madagascar est en crise depuis les troubles sanglants qui l’ont secoué début 2009, quand Rajoelina, alors maire de la capitale, Antananarivo, avait rassemblé dans la rue plusieurs dizaines de milliers de personnes et exigé la démission du gouvernement du président Marc Ravalomanana. Ravalomanana avait cédé le pouvoir à un directoire militaire le 17 mars 2009, qui l’avait immédiatement transféré au maire. Plusieurs mois de médiation sous l’égide de l’Union africaine, entre autres, n’ont pas permis de débloquer la situation. Bien que la violence ait été contenue depuis qu’il a pris le pouvoir en mars 2009, la légitimité du régime est remise en question tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, alors qu’une situation économique difficile pèse lourdement sur une population déjà appauvrie.
L’impasse de 2009 est la responsabilité d’une élite politique qui a constamment sapé la création d’institutions stables et démocratiques au profit de ses propres intérêts politiques et économiques. Ses pratiques sont également à l’origine des autres crises politiques qui ont déstabilisé Madagascar depuis son indépendance.
Pour rompre ce cycle de crises, la priorité de la médiation devrait être la négociation d’un accord entre les quatre mouvances qui permettrait la rédaction rapide d’une nouvelle constitution, l’organisation d’un référendum constitutionnel et la tenue d’élections libres et équitables, ainsi que la clarification des termes de l’amnistie décidée à Maputo. Les quatre mouvances devraient accepter que le référendum constitutionnel et les élections soient organisés et supervisés par une mission conjointe UA/ONU. Durant cette période, les activités de la HAT devraient être réduites à l’expédition des affaires courantes.
Pour que cette solution fonctionne, l’UA et l’ONU devraient nommer un envoyé spécial conjoint chargé de superviser l’ensemble du processus. Une mission de police UA/ONU devrait être mise en place et placée sous la responsabilité de l’envoyé spécial. Elle serait chargée de travailler en étroite collaboration avec les forces de sécurité malgaches pour sécuriser le processus électoral. La communauté internationale, déjà représentée dans le Groupe de contact, devrait rester impliquée, et son rôle de garant inscrit dans l’accord politique.
« Une nouvelle constitution et des élections rapides sous supervision internationale permettraient de se concentrer sur les problèmes de fond plutôt que sur les postes respectifs des protagonistes », indique Daniela Kroslak, Directrice adjointe du programme Afrique de Crisis Group. « Cela permettrait de faire l’économie des luttes de pouvoir actuelles et de sortir le pays de la crise. »
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