Condamné à 18 ans de travaux forcés, Cheikh Mbacké Thiam devra encore prolonger son séjour carcéral de sept ans puisqu'il a déjà purgé onze années en détention préventive.
La cour d'assises de Thiès a vidé hier la quatrième affaire inscrite au rôle de sa session 2010. Une affaire de parricide qui mettait en cause le nommé Cheikh Mbacké Thiam né en 1971 à Diourbel et menuisier métallique de son état. Ce dernier, accusé d'avoir, avec un couteau, provoqué la mort de son père au quartier Médinatoul de Diourbel, avait été inculpé et placé sous mandat de dépôt depuis le 23 septembre 1999. Les faits remontent au 16 septembre de la même année. C'est, en effet, à cette date qu'informés par les habitants du quartier Médinatoul du drame qui venait de s'y produire, les éléments de la police de Diourbel sont descendus sur les lieux pour constater que le nommé Modou Thiam a été mortellement atteint d'un coup de couteau à la poitrine. Renseignements pris, on leur fit comprendre que Cheikh Mbacké Thiam, fils aîné de la victime, en est l'auteur.
Le certificat de genre de mort délivré en la circonstance fait état d'une plaie pénétrante de 3cm dans la région épigastrique avec une hémipéritoïne massive occasionnant un arrêt cardio respiratoire secondaire à un choc hypovolémique dû à une hémorragie abdominale massive.
Cette accusation, Cheikh Mbacké Thiam la niera tout au long de la procédure, aussi bien à la police que devant le magistrat instructeur. Il s'est même dit surpris des accusations portées sur sa personne. Ainsi, il explique qu'ayant été alerté par les cris stridents des membres de sa famille au moment où il était couché dans sa chambre, il a été surpris de trouver son défunt père étendu à même le sol. Toutefois, il reconnaîtra avoir, dans le passé, proféré des menaces de mort à l'endroit de son père du fait des nombreuses remontrances qu'il lui faisait à cause de la drogue et de l'alcool qu'il prenait.
Malgré ses dénégations, Cheikh Mbacké Thiam sera lourdement chargé par les témoignages recueillis au sein de son entourage familial. Sa marâtre Nogaye Thiam ira jusqu'à dire avoir vu l'accusé, posté derrière la porte de sa chambre les mains dans le dos avant de pousser un cri, (et) se ruer vers son père pour lui asséner le coup de couteau fatal. Quant au témoin Ndèye Astou Sow, elle affirmera que Cheikh Mbacké Thiam lui a avoué son forfait alors qu'il avait encore entre les mains l'arme du crime. Devant la cour, l'inculpé restera constant. Pour soutenir qu'il ne lui est jamais venu à l'esprit d'intenter à la vie de son père. Pour preuve, il dira avoir accompagné son père jusqu'à l'hôpital après avoir demandé qu'on lui cherche un taxi pour le transporter.
Ces dénégations et sa constance dans ses déclarations ne seront pas de nature à émouvoir l'avocat général qui est resté convaincu que Cheikh Mbacké Thiam est bel et bien le meurtrier de son père. Une conviction qu'il soutiendra par le fait que l'inculpé avait menacé de mort sa victime. Aussi, et au regard de l'expertise psychologique effectuée par le Dr Momar Guèye qui, après l'examen psychiatrique sur l'inculpé, établit que le sujet en question n'a pas eu de crise depuis une dizaine d'années, l'avocat général d'estimer que Cheikh Mbacké Thiam était accessible à une sanction pénale. Par conséquent, il demandera à la cour de lui appliquer une peine de travaux forcés à perpétuité.
Ce réquisitoire de l'avocat général sera battu en brèche par la défense assurée par maître Assane Dioma Ndiaye. Pour ce dernier, les nombreuses zones d'ombre relatives à l'imputabilité, la matérialité des faits et l'intention de donner mort (quand on sait que c'est l'inculpé lui-même qui a volé au secours de la victime sans la question de savoir si son client est accessible à une sanction pénale) ne militent pas pour une peine aussi sévère que celle requise par le ministère public. Aussi, estime-t-il que son client devrait faire l'objet d'une analyse médicale plus approfondie pour se faire une idée de son état mental.
La cour, après en avoir délibéré, a reconnu Cheikh Mbacké Thiam coupable des faits pour lesquels il est poursuivi avant de le condamner à 18 ans de travaux forcés. Pour dire qu'il devra encore prolonger son séjour carcéral de sept ans puisqu'il a déjà purgé onze années en détention préventive.

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