Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Cette instabilité si gouvernementale en 10 ans - Six pm, plus de 15 remaniements et une trentaine de réaménagements techniques

Me Wade remporterait facilement le trophée du président en exercice ayant opéré le plus de remaniements ministériels avec à la clé des ministres très éphémères. Six Premiers ministres, plus de quinze remaniements ministériels, une trentaine de réaménagements 'techniques'. Soit une moyenne d'un remaniement par semestre, et des réaménagements hebdomadaires. Bien malin donc le Sénégalais qui pourra dire combien de ministres sont passés sous la main de Me Wade depuis avril 2000. Cette instabilité gouvernementale est devenue, depuis le 3 avril 2000, la marque de fabrique de l'Alternance.

Combien de ministres sont passés sous la main de Me Wade depuis le 0 3 avril 2000, date de la formation du premier gouvernement de l'alternance dirigé par Moustapha Niasse ? 200, 300, 400 ministres ? Question pour un champion.

Difficile de donner un chiffre exact. Et ceux qui s'amusent parfois à compter les nombres de ministres depuis 2000 finissent par déchanter, étant sûrs de ne pas y arriver avec un chiffre exact. Ce qui avait fait dire d'ailleurs à un des leaders de l'opposition que sous Me Wade, 'les anciens ministres se comptent à chaque coin de rue au Sénégal'. Quant aux médias, ils ne considèrent plus un remaniement ministériel comme un événement majeur.

La vérité est que le chef de l'Etat se considère comme l'entraîneur d'une équipe avec 13 millions de joueurs. Chacun pouvant entrer sur le terrain à n'importe quel moment et pour n'importe quel motif. Tout dépend des humeurs de l'entraîneur Wade. ' Au Sénégal, sous l'Alternance, on remanie pour un oui ou pour un non. Quant aux réaménagements, ils ne se comptent plus', raillent les détracteurs du régime libéral qui estiment que le Pape du Sopi 'en fait trop'. Ou encore qu'il 'ne sait plus où aller'. Et ces 'tâtonnements' ou 'erreurs de coaching' ont commencé au début de l'alternance quand on a vu une dame, Marie Lucienne Tissa Mbengue nommée ministre de l'Education alors qu'elle n'avait pas le profil. Elle démissionnera en moins de 24 h. Mme Penda Mbow, plus chanceuse, n'aura pas le temps de se familiariser avec son personnel au ministère de Culture avant de se faire éjecter du gouvernement dirigé par Mme Mame Madior Boye. Et c'est parti pour une longue série de remaniements et réaménagements et de rajouts pendant ces dix ans d'alternance.

Au vu de la première équipe gouvernementale pilotée par Moustapha Niasse au début de l'alternance, les craintes d'une instabilité étaient déjà perceptibles. En effet, au début de l'alternance, la première équipe ressemblait à un partage du gâteau. Sur les 23 partis composant le Front pour l'Alternance (Fal) et ayant soutenu le candidat Wade au second tour contre Abdou Diouf, tous les ténors étaient dans l'équipe de Moustapha Niasse. On peut citer entre autres Landing Savané de Aj/Pads, Abdoulaye Bathily de la Ld, Madieyna Diouf de l'Afp, Madior Diouf du Rnd et Doudou Sarr de l'Urd/fal. Malheureusement, cette unité des acteurs de l'Alternance ne durera que le temps d'une rose. Car le tonitruant leader du Pit est vite éjecté de son fauteuil de ministre de l'Urbanisme et de l'habitat en novembre 2000. On le trouvait 'trop critique' à l'endroit du chef de l'Etat.

Et Me Wade se sépara des principaux acteurs de l'Alternance

Quelques mois plus tard, c'est Niasse qui est à son tour accusé par le chef de l'Etat de 'déviations dans la conduite de l'action gouvernementale'. Ses relations difficiles avec Idrissa Seck, tout puissant numéro deux du Pds et directeur de cabinet du président, enveniment la situation. Il sera limogé le 2 mars 2001. 'Cette décision (le limogeage, Ndlr), je l'attendais. Voilà plusieurs semaines, sinon plusieurs mois, que je ne partage pas certaines options et que je le manifeste, il appartenait au chef de l'Etat d'en tirer les conséquences', déclara Moustapha Niasse aussitôt après son éviction. Il emporte avec lui son ami Madior Diouf du Rnd.

Mame Madior Boye jusque-là ministre de la Justice Garde des Sceaux remplace Moustapha Niasse à la Primature. Nous sommes le 3 mars 2001. Une première dans l'histoire du Sénégal. Un grand clin d'oeil de Me Wade à l'endroit des femmes jouant jusque-là les seconds rôles dans les partis politiques. Dans la foulée, Me Wade annonce la nomination d'un autre Premier ministre à l'issue des élections législatives anticipées devant se tenir le 29 avril 2001.

Pourtant Mame Madior résistera jusqu'en novembre 2002. Elu député à l'Assemblée nationale, le leader de la Ld, Abdoulaye Bathily préfère quitter le gouvernement. Mais il ne rompt pas l'alliance car il maintient ses lieutenants Yéro Deh et Seydou Sy Sall dans l'attelage gouvernemental.

Nous sommes le 4 novembre 2002. Me Wade a enfin décidé de confier la Primature à son 'fils' Idrissa Seck. Une équipe dans laquelle Macky Sall est nommé ministre d'Etat, ministre de l'Energie, des mines et de l'hydraulique.

Cette équipe de Idrissa Seck sera remaniée le 22 août 2003 avec un Macky Sall prenant toujours des gallons qui atterrit au ministère de l'Intérieur et porte-parole du gouvernement. Le fait remarquable, c'est l'entrée en force des hommes de Idrissa Seck.

Le maire de Thiès ne durera pas au poste de Premier ministre. Des problèmes qualifiés d'une 'dualité au sommet de l'Etat' emportent Idrissa Seck en avril 2004.

Puis vinrent les ouvriers de la 25e heure

Idrissa Seck est remplacé à la Primature par Macky Sall devenu numéro 2 du Pds. Aminata Tall arrive deuxième dans l'ordre protocolaire au poste de ministre d'Etat, ministre des Collectivités locales et de la décentralisation. Me Ousmane Ngom est nommé de l'Intérieur.

Ce remaniement marque l'entrée de Djibo Leïty Kâ et de son bras droit, Diégane Sène, dans le gouvernement. Après avoir bien sûr rompu avec l'opposition. Farba Senghor qui se définit comme un 'élément hors du commun' est aussi dans la place. Il est ministre délégué à la Solidarité nationale. En juillet 2004, l'équipe est 'légèrement' remaniée. En novembre 2004, Me Wade effectue encore ce qu'il a appelé 'un réaménagement technique' avec presque les mêmes hommes. Seules les appellations des portefeuilles ont changé.

En mars 2005, rien ne va plus entre Me Wade et Abdoulaye Bathily. Ils devront se séparer. Et le 9 mars, la Ld est éjectée du gouvernement de l'Alternance. Seydou Sy Sall et Yéro Déh cèdent leurs fauteuils. Ce qui donna encore à Me Wade l'occasion de remanier. Me Souleymane Ndéné Ndiaye arrive au poste de ministre de la Fonction publique, du travail, de l'emploi et des organisations professionnelles.

Moins de trois mois après, le gouvernement est encore remanié le 18 mai 2005. C'est l'arrivée de Cheikh Tidiane Sy au ministère de la Justice en remplacement de Serigne Diop.

Quelques mois plus tard, en février 2005, le gouvernement de Macky Sall est retouché pour la 5e fois. Le fait majeur, c'est la montée en puissance de Faba Senghor qui devient ministre de l'Agriculture et de l'hydraulique. En novembre 2006, Me Wade procède pour la énième fois à un remaniement ministériel. Nous sommes à trois mois de la présidentielle de 2007. La nouvelle équipe est marquée par l'entrée de Abdourahim Agne du parti de la réforme (Pr), de Mamoune Niasse ministre d'Etat sans porte feuille, de Khassimou Dia, mais aussi de Me El Hadj Diouf du parti des travailleurs et du peuple (Ptp) et de Me Abdoulaye Babou, ancien compagnon de Moustapha Niasse. Beaucoup de ministres changent également de portefeuilles.

Landing Savané qui s'est déclaré candidat à la présidentielle est pourtant resté dans le gouvernement en compagnie de Mamadou Diop Decroix.

Au lendemain des législatives de 2007, le gouvernement est encore remanié en juin. Ce remaniement consacre le départ de Macky Sall de la Primature et l'arrivée de Hadjibou Soumaré, jusque-là ministre délégué au Budget. Landing Savané et les ministres de Aj/Pads sont limogés pour avoir osé défier Me Wade à la présidentielle.

Et en mai 2009, Me Souleymane Ndéné Ndiaye est nommé Premier ministre. Sa nouvelle équipe sera retouchée moins d'un mois après. Et depuis lors, elle ne cesse d'être retouchée.

Cette instabilité gouvernementale ne cesse d'alimenter les critiques de l'opposition et certains membres de la société civile. L'alternance, ce sont certes ses nombreux chantiers ouverts à Dakar. Mais ce sont aussi ses remaniements ministériels qui ne se comptent plus, ses réaménagements techniques à n'en plus finir et ses 'rajouts ministériels' presque hebdomadaires.


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