La Presse (Tunis)

Tunisie: Exposition - Galerie municipale de Sidi Bou Saïd : exposition de groupe - Le corps dans tous ses états

La galerie municipale si typique de Sidi Bou Saïd éclatante de blancheur accueille une exposition de groupe haute en couleur. Le groupe est formé de cinq artistes: Habib Bida, Fadhel Ghedira, Kaouther Jellazi, Hamda Dniden et Abdelmalek Allani. Quoiqu'ils aient des styles singuliers et des univers différents, un point commun a attiré notre attention: quatre de ces artistes nous donnent à voir le corps humain dans tous ses états.

Ainsi la Danse de Habib Bida par sa composition, ses couleurs vives, la posture des danseurs, les bandes multicolores qui la rythment, tel un clin d'oeil à La Danse de Matisse, se décline en mouvement et en musique. La présence d'oiseaux, de colombes, reflète la joie de vivre, suggérant l'insoutenable légèreté du corps.

Bida franchit un pas dans ses Corps miroités; on a l'impression qu'ils partent en petits morceaux, en lambeaux, autour d'une forme, peut-être une silhouette humaine. Ses Transfigurations accentuent l'idée de légèreté et d'envol, les formes sont de plus en plus diluées, elles s'entremêlent, s'entrecroisent jusqu'à la disparition de toute référence au monde visible. On devine ça et là une lèvre, un buste, une silhouette féminine L'artiste fait subir à la figure humaine toutes sortes de sortilèges, morcelant, fragmentant et transfigurant le corps avec beaucoup de poésie et de fraîcheur.

Le traitement cubiste des oeuvres de Fadhel Ghedira applique la décomposition à tous les sujets: émiettement du Portrait d'un Africain, éclatement des volumes dans Repos, géométrisation des natures mortes. Les objets, pomme et cage de Sidi Bou Saïd, et les modèles, femme et cavaliers, s'effacent et disparaissent progressivement dans une prolifération de plans et de lignes.

A l'opposé de Ghedira, Hamda Dniden préserve l'intégrité du corps humain en mettant en scène des femmes accroupies, volumineuses et hiératiques. Kaouther Jellazi inflige au corps un tout autre traitement. Elle peint six «icônes» qu'elle intitule à chaque fois La Songeuse, La Généreuse, La Charmeuse Il s'agit d'une silhouette féminine massive et imposante, vue de face ou de profil, adossée à un mur ou à un support, qui se détache sur un arrière-fond peint en aplat. Les motifs récurrents des oiseaux, des griffes, des barreaux et des cadres suggèrent tour à tour la liberté ou l'enfermement.

De la Songeuse où les traits du visage sont dessinés à l'aide d'un cerne noir à l'audacieuse où le personnage devient difforme, hybride, Jellazi atteint un paroxysme. Avec fougue, l'artiste-peintre fait exploser la couleur et la forme, sa palette et le corps du «modèle». Ce dernier se transforme en un foisonnement de couleurs, de juxtaposition de touches petites, larges ou en virgule, de stries, de hachures, de coulures, d'empâtement, de couches superposées Le corps comme chez Bida est transfiguré. Il est magma grouillant. Ce monde est certainement celui qui se cache sous notre peau.


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