Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Moto-taxi - La mort au bout du guidon

Les accidents mortels sur deux-roues sont essentiellement dus à l'incivisme des conducteurs.

On est le dimanche 28 février 2010. Des agents du commissariat de l'aéroport international de Douala régulent la circulation non loin de l'échangeur de l'aéroport. Le corps de Saidou, 34 ans, gît, la tête baignant dans une mare de sang. Non loin, la carcasse de sa moto jonche le bitume, alors que de l'autre côté, un véhicule de marque Toyota Corolla, le capot aplati a allumé ses feux de détresse. Le moto-taximan, selon des témoins allait en sens interdit et voulait emprunter le raccourci pour aller vers « Village », au lieu de faire le tour de l'échangeur. L'autre véhicule qui sortait de l'axe lourd dans le bon sens cette fois-ci, l'a percuté violemment et l'a entraîné sur environ 50 mètres...

Selon les motos-taximen rencontrés, c'est très courant que des conducteurs roulent à ce niveau en sens interdit. Le même jour en matinée, deux personnes trouvaient la mort non loin du marché Mboppi. L'individu et sa cousine sur une moto, revenaient d'une veillée et leur engin est allé percuter un camion stationné non loin de-là. Selon un taximan, qui l'expliquait à s'étrangler, il y a deux semaines au quartier « Village », un camion a écrasé un enfant qui est tombé d'une moto : la mère, qui avait deux enfants est montée à l'arrière avec l'un et l'autre devait se poser sur le guidon de la moto. Malheureusement, au moment de l'y poser, le garçon de quatre ans environ a dégringolé et est tombé sur le bitume. Un gros camion passant par là ne l'a pas raté !

L'insécurité routière est un casse-tête dans la ville de Douala. Du fait d'une voirie convalescente (les infrastructures routières reprennent du poil de la bête, même si pour beaucoup c'est encore insuffisant), des comportements exécrables des automobilistes et autres usagers de la route. L'incivisme serait le sport favori des « bend-skinneurs ». Selon plusieurs témoins, ici, la plupart des motos-taximen ne s'arrêtent pas aux feux. « Ils se disent que quand c'est au rouge, c'est pour les voitures », lance hilare, un photographe. Rien qui fasse rire pourtant. Pas un jour ne passe sans qu'on n'annonce un accident mortel ou grave dans les artères de Douala. En début mars, selon un responsable d'un syndicat, une vingtaine d'accidents ont été répertoriés depuis janvier. Quid des accidents non répertoriés. Un pavillon « bend-skin » a même été ouvert à l'hôpital Laquintinie, tant les accidents par deux roues devenaient innombrables. « La moto ? Je ne l'emprunte jamais. Je préfère perdre mon temps en route à attendre un taxi, au lieu de monter sur une moto », estime une fonctionnaire « vaccinée » par les accidents.

Pourtant, ils sont nombreux qui ont fait des deux roues, leur moyen privilégié de transport à Douala, ville des affaires, où tout va très vite. Les motos sont devenues synonymes de danger. Parce que les conducteurs, rarement avec le casque, en ont depuis fait leur gagne-pain, au mépris des règles élémentaires de conduite. Les syndicats font ce qu'ils peuvent pour leur apprendre le code basique de la route ; l'Etat, avec le décret organisant l'activité de moto-taxi a cru bien faire, en prenant des lois bonnes. Reste l'application, qui s'avère manifestement plus dure qu'on y croyait. A Douala, on se heurte encore, pour son application, à la délimitation des espaces que doivent emprunter les motos. Reconnaissons que le confinement à la périphérie, comme annoncé par le Minatd ne sera pas facile. Entre-temps, alors que l'on tergiverse, la moto continue de tuer et de blesser à tout bout de champ.


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