Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Vsion et symboles

Dix ans déjà ! Trop peu dans la vie d'un homme et, à plus forte raison, dans celle d'un peuple. Il y a exactement dix ans que survenait, au Sénégal, l'Alternance politique qui a porté Maître Abdoulaye Wade à la présidence de la République, au terme de vingt-six ans de lutte politique dans l'opposition. La ténacité et la forte croyance d'un homme en un idéal politique venaient ainsi d'être consacrées, portées par l'élan d'un peuple épris de changement et souhaitant ardemment que ses rêves et ses aspirations économiques et sociales soient mieux pris en compte et traduits en qualité de vie, au quotidien.

Ainsi, le SOPI, qui a rythmé vingt-six ans de lutte politique, venait d'être magnifié dans une élection qui, à l'orée du nouveau millénaire, a été la preuve éclatante que, sous les tropiques, en Afrique particulièrement, un nouveau modèle de démocratie pouvait prospérait. Les clichés du président Wade raccompagnant son prédécesseur, Abdou Diouf, hôte particulier de ce jour de mai 2000, ont d'ailleurs parcouru les rédactions du monde entier. Dix ans déjà !

Arrivé au pouvoir, le président Wade n'a pas mis du temps à prendre le tempo du peuple. L'un des premiers actes qu'il a posés a été la création de l'Agence nationale de Promotion des Investissements et des Grands Travaux (APIX). Avec le recul que permet le temps, ce n'était point un choix fortuit. Le président Wade venait de dégager ce que sera sa vision du développement : une politique économique d'obédience keynésienne, portée par des grands travaux publics, mais fortement tempérée par une approche socialiste.

Si, dix ans après la survenue de l'Alternance politique, le visage du Sénégal et particulièrement de Dakar, sa capitale, a radicalement changé, c'est dans le domaine des grands travaux impulsés par le gouvernement qu'il faut rechercher les fondements de ces mutations urbanistiques. Des investissements colossaux que beaucoup auraient jugé irréalisables tant leur coût financier était important et les délais de réalisations utopiques. A l'épreuve du temps, le pari a été gagné.

Sur la demande sociale fortement exprimée par les populations, toutes les énergies ont été déployées pour satisfaire les attentes d'un peuple ivre d'espoir. Pour une nation pauvre, dont le sous-sol ne recèle pas de trésors miniers immenses et avec qui la nature a été peu généreuse, notamment dans le domaine de la pluviométrie, l'imagination de ses filles et fils a été déterminante, portée par un Chef dont les ambitions n'ont cessé d'être déclinées, en dépit de la faiblesse des moyens. La détermination à porter ce pays à un mieux-être, sitôt fêtée l'aube d'une démocratie qui consacre le verdict des urnes, est un trésor inestimable. C'est le sens d'un contrat de gouvernance que le président de la République est décidé à honorer.

Au plan social, les réalisations ont été soutenues en ville et dans les campagnes, particulièrement dans les infrastructures scolaires et sanitaires : lycées et collèges modernes, centres et postes de santé ainsi que des hôpitaux, etc., ont essaimé pendant ces dix dernières années. Dans la même dynamique, les travaux d'infrastructures ont concerné l'ensemble des régions du pays, avec une fleur faite à Dakar la capitale, certainement parce qu'elle constitue, avec ses trois millions d'habitants et la concentration sur son sol des principales activités économiques, le point focal et de convergence du nouveau dynamisme insufflé à l'économie nationale. Globalement la carte des progrès enregistrés dans la mise en place de ces ouvrages fait de la place à l'intérieur du pays pour accompagner le processus de l'émergence mais aussi pour ouvrir des voies d'échanges avec les autres pays africains.

Au plan agricole, cette vision et ce volontarisme portés par le Chef de l'Etat ont donné naissance à la Grande Offensive pour la Nourriture et l'Abondance (GOANA), précédée, quelques années plus tôt, par des actions d'envergure pour le monde rural. Dans presque tous les secteurs, cet élan s'est manifesté et poursuivi, porté par une hausse continue du budget national et du budget consolidé d'investissements. Seulement, en 2007, les chocs exogènes, à travers les crises pétrolière et alimentaire, ont mis l'économie sénégalaise à rude épreuve, qui a eu aussi à faire à d'autres crises internes sous-jacentes, celle de la dette intérieure et des dépenses extrabudgétaires. Mais, pour une économie dont les fondamentaux sont solides, le point de rupture n'a jamais été atteint. Les cinquante réformes mises en oeuvre et le respect des critères de convergences au sein de l'UEMOA ont valu au Sénégal un engagement financier conséquent des partenaires techniques et financiers. Et le séisme économique qu'auraient provoqué les multiples crises des trois dernières années n'a pas eu lieu.

La diplomatie économique sénégalaise a été le prolongement d'une diplomatie traditionnelle qui a fait rayonner l'aura d'une jeune nation pleine d'ambitions. Au tout début de l'Alternance, ce fut par le biais de la magie du ballon rond, notamment lors des phases finales de la coupe du Monde, que ce pays sahélien s'est brillamment illustré, à travers une épopée sportive désormais inscrite dans les annales sportives. Un peuple vit de rêves et l'équipe des Henry, El Hadj Diouf, Fadiga, Salif Diao, etc., a porté la joie et le rêve dans le coeur de tout un peuple. Un élan patriotique dont la beauté n'a d'égale que le devoir de porter haut les couleurs de ce pays, dans tous les domaines.

Ce 10 mars 2010, le rêve va donc continuer, pour la consolidation d'une nation unie dans la diversité et le dialogue, savamment nourrie par un bouillonnement politique bien alimenté depuis l'époque coloniale. Le choc des opinions ne prend jamais le ton d'une fracture préjudiciable à la République et à la Nation. C'est l'expression de la richesse des Etats solides dans leur raison d'être. Le Sénégal, à l'avènement de l'Alternance, était une vision portée par un pacte de gestion des affaires publiques. Ce projet est un chantier qui se décline dans des réalisations infrastructurelles immenses, comme un autre symbole de ce nécessaire mouvement vers l'émergence. L'autoroute à péage est dans la dernière phase de sa réalisation, tandis qu'à Diass, à cinquante kilomètres de Dakar, les travaux du futur aéroport sont menés à un rythme satisfaisant. Ce matin, une célébration sera faite, celle des dix premières années de la première alternance politique au Sénégal. Elle intervient en une année symbolique, celle de la célébration du cinquantenaire de l'accession de notre pays à l'indépendance. Coïncidence symbolique des dates ? Nul ne saurait le dire ! Limitons-nous à relever la relation fusionnelle entre deux rapports sacerdotaux à la République : le désir d'indépendance et le défi du développement.


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