Aminata.com (Conakry)

Guinée: Carnet de route - Kankan, une ville qui manque de tout !

Si un ressortissant de Kankan-nabaya ou un maninka mory te parle de sa ville ou de sa région natale, tu as envie de te transformer en oiseau pour visiter cette ville que d'aucuns qualifient à tort ou à travers la deuxième ville de la Guinée. Mais une fois dans cette ville, la réalité est toute autre. Car Kankan qu'on appelle Nabaya en langue nationale Maninka, qui signifie pays d'accueil, offre tous les aspects sauf ceux d'une ville merveilleuse où il fait bon vivre. Kankan est en manque de tout sauf la canicule, la poussière et les moustiques.

C'est d'ailleurs l'une des rares villes de la Guinée qui n'a pas une plaque qui indique qu'on est arrivée. C'est-à-dire où on peut lire "ville de Kankan ou bienvenue à Kankan". Elle reflète toutes les caractéristiques du sous développement. Pas d'eau encore moins de l'électricité. Même le manger y est très rare. Sauf le "lafidi". D'après certain étudiants de l'Université de Kankan, les aliments qu'on peut y trouver se résument au haricot et de l'athièké et quel athiéké? C'est à ce titre, être orienté à Kankan pour faire les études supérieures est synonyme de malédiction. Les seules choses que le kankanais peut être fier de sa ville, c'est la chaleur et la poussière et les moustiques qui se passent de tout commentaire.

Nonobstant que le fleuve Milo, un des affluents du Niger traverse la ville et provoque souvent des inondations pendant la saison pluvieuse, les robinets de Kankan sont secs. L'eau qui est l'une des denrées les plus rares dans cette ville ne vient que trois heures pour trois jours. Heureusement pour les visiteurs, il y a des hôtels qui ont des forages qui permettent l'obtention d'eau potable.

Le centre-ville de Kankan est jalonné par des vieilles bâtisses héritées de la colonisation qui sont aujourd'hui en lambeaux et des cases rondes en paille qui n'offrent qu'un visage d'une ville dévastée par des décennies de guerre civile ou de pauvreté. Le seul moyen de déplacement est le moto-taxi.

Si à Conakry et dans certaines villes c'est l'électricité de Guinée qui gère le courant mercenaire qui marche en courant à Kankan, on l'ignore. Pour la raison bien simple qu'on y trouve même pas de poteaux électriques sauf ceux-là légués par le colon blanc. Donc avant 1958 l'année de l'accession du pays à l'indépendance nationale.

A Kankan, il n'y a pas de l'eau fraîche, on peut en chercher d'Ouest en Est, du Nord au Sud sans voir un sachet "d'eau glacée" à plus forte raison un morceau de glace. Le sachet d'eau Coyah même à l'état naturel y coûte 500 GNF.

Les seuls lieux de spectacle sont la Maison de jeunes et celle construite par l'ancien Premier Ministre Kabinet Komara que les kankanais appellent "Komarala loisir". Et comme un malheur ne vient jamais seul, en plus du nuage de poussière naturelle qui s'abat dans cette région surtout en cette période de saison sèche, une entreprise locale dénommée GUITER (entendez guinéenne de terrassement) qui avait obtenu le contrat de bitumage de certaines artères de la ville offert par le CNDD à travers l'ex Chef de la junte, le Capitaine Moussa Dadis Camara, a ouvert des chantiers de routes dans tous les quartiers sans en achever au moins un.

Dans toute la ville de Kankan, il n'y a que deux Cyber-cafés. Mais qu'on ne peut utiliser à bon escient parce que le débit est trop faible et les coupures sont intempestives des vieux groupes électrogènes. Seuls les familles nanties en possession d'un groupe électrogène ont le privilège de suivre RTG. Heureusement que la Radio Milo Fm, Horizon FM et des Radios étrangères comme la RFI et la BBC y émettent. Et des opérateurs de la téléphonie mobile comme Areeba s'y déploie pour rendre toujours des services de communication plus performants. Sinon Kankan serait isolé et coupé du reste du monde.

En définitive, la Capitale de la Haute Guinée qu'est Kankan, n'est autre qu'une ville fantôme ou tout simplement un gros village. Et comme le ridicule ne tue pas, Kankan est qualifié de cité d'accueil à travers l'expression locale "Nabaya". Mais si on ne parle pas Maninka, on est pas la bienvenue à Kankan parce que l'on sera pas vu d'un bon oeil par les autochtones . Donc il serait d'apprendre la langue du terroir avant d'y être. Sinon méfiance.


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