Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Consommation - Le sucre sort du maquis

Même si les stocks sont limités, ce produit est à nouveau visible dans les magasins et les étals des boutiques de la capitale.

Marché Mvog-Mbi ce mercredi 17 mars 2010. Dans les magasins, l'on peut voir des paquets de sucre sur les étagères. De même que le sucre en poudre en sachets d'un kg chacun. Ce n'était pas le cas tout au long du mois dernier, où cette denrée avait disparu de la circulation, provoquant à la fois le courroux des commerçants, mais surtout des consommateurs obligés de subir la loi de la spéculation. Depuis quelques jours, le sourire est revenu aux lèvres des commerçants et des consommateurs. La crainte d'être obligé de vivre sans sucre est dissipée. "Au moins, on en trouve désormais. Je réfléchissais déjà comment m'investir dans un autre secteur. Sinon comment allais-je faire sans sucre ?" s'interroge une vendeuse de beignets et de bouillie, visiblement satisfaite.

Toutefois, les livraisons en terme de quantité de cette denrée par les grossistes n'atteint pas encore celle d'avant la pénurie qui a duré pratiquement deux mois. "Il y a du sucre mais pas comme avant", se contente de dire une grossiste. Ce qui se vérifie dans les autres magasins du marché de Mvog-Mbi. "J'ai quand même deux sacs de sucre en poudre que je vends en détail et plusieurs paquets en carreaux. C'est déjà quelque chose. Car j'ai fait deux mois sans le moindre carreau", confie une autre vendeuse. Si les prix ne sont plus ceux de la pénurie, ils restent tout de même élevés. Le kg du sucre en poudre coûte 700 Fcfa au lieu de 600 Fcfa. Quant au sucre en carreaux, la même quantité oscille entre 700 Fcfa et 750 Fcfa, qu'il s'agisse du sucre de Sosucam, Sumocam ou Nosuca.

Les commerçants qui ont désormais moins de soucis, souhaitent que ces producteurs privilégient davantage les consommateurs camerounais. "J'ai appris que le sac de 50 kg de Sucre en poudre coûte plus de 40 000 Fcfa au Gabon. Pourtant ici nous le vendons à 28 000 fcfa et à 32 000 Fcfa pendant la pénurie. Je pense que c'est ce qui justifie l'actuelle livraison limitée. Ils doivent d'abord penser à nous, quitte à augmenter leur production", suggère un vendeur. En effet, dès le déclenchement de la pénurie il y a deux mois, les grossistes et Sosucam s'étaient mutuellement rejetés la responsabilité de la pénurie, chacun des acteurs accusant l'autre de siphonner la production locale pour la vendre dans les pays voisins.

A lors que le leader du marché camerounais soutenait mordicus que sa production est constante (entre 650 et 700 tonnes par jour depuis le lancement de la campagne), et que ses livraisons en ce début d'année 2010 ont même dépassé ses résultats antérieurs, le produit était cependant invisible sur le marché.

Il s'avérera par la suite, selon les statistiques du ministère du Commerce, que la Sosucam ne sortait pas de ses usines plus de 100 tonnes de sucre par jour, alors que la demande journalière de ses grossistes est estimée à 300 tonnes chaque jour pour l'approvisionnement du marché. Cette découverte a certainement pesée de tout son poids dans la décision prise la semaine dernière par le gouvernement camerounais de faire importer 35.000 tonnes de sucre sur le Cameroun.

Des opérations devenues récurrentes depuis quelques années, à cause du déséquilibre entre l'offre et la demande, même si la Sosucam a toujours soutenue qu'elle est capable de combler la demande locale de sucre. Avec une production annuelle qui culmine à 140.000 tonnes pour une demande nationale estimée à 300.000 tonnes, la Sosucam a par exemple reconnu le mois dernier dans un communiqué de presse, que les sollicitations à son encontre avaient gonflé de plus de 10% dès le début de cette année en raison de la cherté du sucre sur le marché mondial, situation qui a contraint les consommateurs locaux (notamment les industries brassicoles et chocolateries) habitués à leurs propres importations à se retourner vers le producteur local qu'est la Sosucam. D'où ses difficultés actuelles d'approvisionnement du marché.


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