Les débats ne sont pas épuisés entre fans de Samuel Eto'o et Didier Drogba qui demandent tous une "modernisation" des critères et de la période d'attribution.
Les plus impatients dans les médias en ont eu pour leurs frais, tellement la nouvelle semblait évidente : bien avant la cérémonie officielle prévue jeudi le 11 mars dernier à Accra, plusieurs site Internet avaient déjà annoncé Samuel Eto'o Fils vainqueur de la plus prestigieuse des distinctions et de nombreux journaux, y compris le très sérieux "Gazetta Dello Sport" en Italie, reprenaient cette information, citant des sources proches de la Caf. Puis, tard jeudi soir, la nouvelle officielle est tombée, visible sur le site de la Caf quelques instants plus tard : "L'Ivoirien Didier Drogba a été couronné Meilleur Joueur CAF 2009 lors de la cérémonie de remise des Glo-CAF Awards jeudi soir au Banquet Hall State House à Accra. Le capitaine des Eléphants, une première fois sacré en 2006 est sorti vainqueur du match à trois qui l'opposait au Camerounais Samuel Eto'o Fils et au Ghanéen Michaël Essien. Ainsi en ont décidé, par leur vote, les sélectionneurs des équipes nationales des pays membres de la CAF."
Pourquoi tout ce remue-ménage et cette distinction en a-t-elle pris un coup ? Sites Internet, universités, lycées, bars et bureaux n'ont manifestement pas eu, en tout cas, un autre sujet de discussions, chacun y allant de sa sensibilité et de ses arguments, selon sa proximité avec telle ou telle star. Plusieurs questions sont souvent abordées. D'abord : la présence des joueurs sur le site des remises de trophées a-t-elle eu une influence ? La question a taraudé les esprits, en souvenir d'un incident produit lors de l'attribution du trophée en 2008, pour le ballon d'or africain de l'année 2007. En décernant le trophée à Frédéric Kanoute, les responsables de la Caf avaient alors expliqué que c'est parce que Didier Drogba, plébiscité par le jury, avait refusé de faire le déplacement pour recevoir personnellement le trophée.
Critères
Pour cette édition, la Caf s'est voulue claire en indiquant dès mercredi le 10, à l'issue d'une réunion de son comité exécutif : "Le Comité exécutif, ayant enregistré la volonté des candidats à assister au Gala des Awards, a décidé de ne pas tenir compte du règlement qui stipule que le récipiendaire doit être présent physiquement le jour de la remise des prix et a décidé que le vainqueur recevrait effectivement sa récompense". De toutes les façons, aucune des trois stars short listées n'a pu se libérer pour Accra en raison principalement des contraintes de calendrier, à l'approche des matches retour de la Champions league. Ensuite : quels sont les critères appliqués pour cette désignation et ont-ils été respectés ? Les critères de la Caf semblent clairs : "Le trophée est décerné à tout joueur d'origine africaine évoluant dans le continent ou hors du continent s'étant distingué au cours de l'année de référence selon les critères suivants : performances du joueur au niveau national et international, permanence de ses prestations, résultats sportifs, charisme et influence, popularité".
Une grande partie de la polémique vient d'ici : l'année de référence est bien l'année 2009, où Eto'o semble avoir tout gagné : décisif dans le retour et la qualification des Lions pour la coupe du monde, acteur majeur du triplé historique du Barça (championnat, coupe du Roi et champions league où il fut d'ailleurs un buteur décisif), il semblait le mieux placé. Mais l'on peut faire confiance aux membres du jury, qui sont les sélectionneurs nationaux, dans leur capacité d'appréciation d'une année qui ne doit pas se confondre avec la saison. En l'occurrence, Eto'o a flambé sur la saison 2008/2009 avec Barça, mais Didier Drogba a achevé l'année 2009 (c'est-à-dire déjà la saison sportive 2009/2010) comme un ouragan, marquant but sur but avec Chelsea et focalisant positivement l'attention des médias au moment où Eto'o, après les péripéties de son transfert, tardait à retrouver marques et sensations avec l'Inter de Milan, son nouveau club. D'autres ajoutent, sur le charisme et l'influence, que Samuel Eto'o Fils a manqué de cran et de maîtrise de soi à la fin de la saison 2008/2009, se faisant coiffer au poteau du meilleur buteur du championnat espagnol par Diego Forlan alors qu'il avait une demi douzaine de buts d'avance à cinq journées de la fin.
Problème
Sans doute l'organisation de cette cérémonie à la fin du premier trimestre 2010, pour sacrer le meilleur joueur 2009 pose-t-elle problème, parce qu'il sera difficile de ne pas se laisser influencer par des performances récentes, en l'occurrence celles de 2010, manifestement favorables à Didier Drogba. Le reproche a souvent été fait à la Caf, sans qu'il n'y ait eu jusqu'à présent une réaction de correction. Une spécificité passablement anachronique au moment où la Fifa, la structure mère ou encore France Football, l'initiateur du trophée de référence Ballon d'or France football, organise leurs distinctions et leurs cérémonies en fin d'année, pour boucler précisément l'année civile. Il ne faut cependant pas jeter la pierre à la Caf sur cette édition 2010. Même si plusieurs observateurs pensent que Samuel Eto'o aurait fait un meilleur ballon d'or africain pour l'année 2009, personne ne contestera le fait que Didier Drogba est un beau champion.
Au demeurant, l'histoire des récompenses de cette nature est loin d'être un long fleuve tranquille. Même celles de France Football ne sont pas souvent à l'abri des critiques. L'Italien Canavaro, primé en 2006 après le sacre de la sélection nationale à la coupe du monde organisée en Allemagne fut même considéré comme un scandale. Pourtant, la vie a repris son cours et d'autres trophées ont été décernés après. Comme pour Didier Drogba et Samuel Eto'o, dont le face à face à distance ne risque pas de s'être arrêté à Accra. Tous décevants à la Can angolaise en début d'année, tous attendus à la prochaine coupe du monde, ils ont eu un autre duel mardi dernier. Pour ce match retour des 8e de finales de la champions league, Samuel Eto'o a eu le dessus

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