Le Potentiel (Kinshasa)

22 Mars 2010

Congo-Kinshasa: 22 - 23 mars 2007 - Kinshasa avait basculé dans l'horreur

Kinshasa — Les 22 et 23 mars 2007, des combats meurtriers, entraînant mort d'hommes et des dégâts matériels importants, ont opposé à Kinshasa les éléments de la garde rapprochée de l'ancien vice-président de la République Jean-Pierre Bemba à ceux de l'armée régulière, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Nous reprenons ci-dessous le «papier» du journal Le Potentiel sous la plume de son directeur de publication, Freddy Monsa Iyaka Duku, ainsi que les faits tels que restitués par le site Web Losako.

Les 22 et 23 mars 2007, Kinshasa avait basculé dans l'horreur. Le bilan n'est pas encore exhaustif. Mais ce qui demeure vrai, c'est qu'il y a eu des centaines de morts en plus des dégâts matériels très importants. Mais une chose est aussi vraie, les 22 et 23 mars 2007, ces deux jours ont failli faire basculer la République démocratique du Congo dans l'incertitude. Il y a eu un arrêt, momentané, bien sûr, du processus politique. Ces événements ont imprimé un autre tournant à ce processus politique. Il faut désormais regarder l'avenir avec un autre regard, beaucoup plus critique, pour autant que plus rien ne sera comme avant. Evidemment, la question que l'on doit se poser maintenant est celle de savoir quelle est la voie à suivre. La continuité vers la démocratie ou un nouveau glissement vers le monolithisme ?

Les événements tragiques des 22 et 23 mars 2007 auront effectivement des effets d'entraînement sur la poursuite du processus politique en République démocratique du Congo. Autant que l'on doit déplorer des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants, autant il faut s'interroger sur la suite des événements dans notre pays avec un regard beaucoup plus critique. Car une chose est vraie, et jusqu' à preuve du contraire, les choses ne seront plus comme avant les 22 mars 2007. Trêve d'illusion.

En effet, la République démocratique du Congo vient de s'engager dans un autre tournant encore insondable. Certes, le président de la République continue à rassurer l'opinion tant nationale qu'internationale que des efforts seront maintenus pour aller de l'avant afin de préserver les acquis de la paix, de la sécurité dans la perspective de la refondation de la République. Mais, devant cette lutte d'influence des «Colombes et des Faucons» à laquelle est soumise désormais le pouvoir central, l'on est en droit de se poser un certain nombre d'interrogations. Comment va se comporter cette majorité écrasante dès lors que cette victoire militaire risque de susciter en elle des attitudes radicales ? Que dire de cette opposition constitutionnelle qui doit désormais se reconstituer si jamais le président national du Mouvement de libération du Congo (MLC) et chef de file de l'Union pour la démocratie prenait le chemin d'exil ?

TOUT LE MONDE RETIENT SON SOUFFLE

Il y a lieu de s'interroger et de s'inquiéter. En effet, la poursuite du processus démocratique dépend dorénavant de la lutte d'influence que mènent les «Colombes et les Faucons» dans le camp présidentiel. Si les premiers arrivent à convaincre le président de la République à garantir un espace politique pluraliste reposant sur un débat contradictoire sur fond de liberté d'expression, la poursuite du processus démocratie se porterait à merveille. Dans ce cas, on peut espérer introduire des initiatives de dialogue porteuses d'espoirs afin de détendre l'atmosphère et s'attendre à des nouvelles propositions politiques, dans le cadre institutionnel s'entend, pour tendre vers des résultats positifs.

Mais dès lors que ce sont les «Faucons» qui l'emporteraient, à l'image de ce dernier succès militaire, l'on assistera à un durcissement de comportement dans le camp du pouvoir contre l'opposition. Il y aurait, par conséquent, moins d'ouverture et l'espace politique serait réduit à plus d'intolérance et presque pas de débat contradictoire. L'option serait que la majorité ayant le pouvoir, elle doit gouverner selon sa vision. Dans ces circonstances, la démocratie sera piégée. La gestion politique prendrait alors en ces instants une tournure qui ne favoriserait nullement l'instauration d'un Etat de droit. Qu'adviendra-t-il ? Chacun retient toujours son souffle.

INQUIETUDE

Les institutions internationales, Onu et Union européenne, viennent d'appeler les parties congolaises au dialogue, à la tolérance et surtout au respect des institutions de la République issues des élections. Dialogue pour autant que seule le compromis politique conduit à une paix durable ainsi qu'à la stabilité des institutions. Et dès lors que l'on s'est engagé dans un Etat de droit, autant la majorité gouverne dans le respect strict des principes démocratiques sur fond de la liberté d'expression, autant l'opposition devra jouer son rôle de contre-pouvoir sans oppression mais au sein des assemblées des institutions nationales.

DE LA COOPERATION STRUCTURELLE

Les graves incidents des 22 et 23 mars 2007 ont laissé un goût amer dans le cadre des relations bilatérales et multilatérales entre la RDC et les partenaires extérieurs. L'élan qui s'était dégagé aux lendemains des élections s'est quelque peu refroidi. Comme si l'on observait déjà un arrêt dans le domaine de la coopération structurelle. De nombreuses missions diplomatiques qui devraient avoir lieu en République démocratique du Congo ont été ajournées. De même, l'exécution de certains projets. Tel le cas de la Grèce qui a réaffecté les ressources qui devraient être mises à la disposition de la RDC à la réfection de sa chancellerie endommagée par des obus militaires.

L'on assiste là à un tournant dans le cadre de la coopération structurelle qui oblige les partenaires extérieurs à tester désormais la capacité des autorités congolaises à rétablir réellement un Etat de droit au Congo. L'élan a été quelque peu brisé, les contraignant à adopter une attitude prudente, attentiste, car, disent-ils, on ne sait jamais

Décidemment, c'est un moment vraiment crucial de l'après-élection en RDC. Le tournant du 22-23 mars 2007 devra nécessairement conduire au renforcement des capacités politiques des dirigeants congolais. Mais il n'y a qu'une alternative : sauver la démocratie ou basculer dans le monolithisme.

LES FAITS

Le 13 février 2007, le sénateur Jean-Pierre Bemba reçoit une correspondance du chef d'état-major interarmés dans laquelle ce dernier, de manière unilatérale et comminatoire, informe le sénateur Bemba qu'en application du décret signé par le chef de l'Etat en date du 21 novembre 2006, son dispositif de sécurité sera relevé et remplacé par douze policiers. Cette lettre a été suivie d'un battage médiatique de différents officiers supérieurs des Forces armées de la République démocratiques du Congo (FARDC) lançant un ultimatum, par communiqué radiotélévisé, au sénateur Bemba absent du pays pour besoin de soins médicaux.

Le 28 février 2007, dans une lettre adressée au chef d'état-major interarmés, le sénateur Jean-Pierre Bemba lui répond en lui expliquant que la question de son dispositif de sécurité relève d'un accord signé entre le chef de l'Etat et lui-même en date du 29 octobre par leurs représentants et contresigné, à titre de caution de l'Organisation des Nations unies par le représentant spécial du secrétaire général de l'Onu, l'ambassadeur William Lacy Swing.

Quant au décret précité, il réglait les droits et avantages dus indistinctement aux anciens président et vice-présidents de la République. L'accord signé le 29 octobre 2006 ne concernait que le cas spécifique du sénateur Jean-Pierre Bemba, candidat déclaré non élu au second tour de l'élection présidentielle. Par conséquent, cette question sensible devrait être résolue par des discussions politiques et techniques pour définir les modalités d'exécution de cet accord.

Le 8 mars 2007, mise en place d'un dispositif d'encerclement des résidences du sénateur Jean-Pierre Bemba par un bataillon des brigades intégrées des FARDC. Le 14 mars 2007, ayant constaté la montée dangereuse de la tension à Kinshasa relative à cette question d'ultimatum, le groupe parlementaire MLC à l'assemblée nationale, dans sa déclaration, appellera à l'ouverture d'un dialogue pour la résolution de cette question sensible par la voie de discussions politiques. Malgré cet appel aux discussions, à la même date, le ministre de la Défense fera une déclaration sur les antennes de la télévision nationale en affirmant qu'il n'y a pas eu d'ultimatum mais qu'en définitive il y aura recours à la force.

Le 17 mars 2007, en l'absence du représentant spécial du secrétaire général de l'Onu, le sénateur Jean-Pierre Bemba s'entretient au téléphone avec M. Melkerios, et sollicite le concours de la Mission des Nations unies au Congo (Monuc) pour la levée du dispositif d'encerclement de ses résidences par les FARDC.

Le 18 mars 2007, Jean-Pierre Bemba accorde une interview en lingala (l'une des quatre langues nationales) pour déplorer l'attitude belliciste de certains officiers supérieurs des FARDC et de certains membres du gouvernement sur cette question sensible de son dispositif de sécurité. Il appelle à une résolution de la question par des discussions politiques. Il stigmatise la corruption et le musellement de l'opposition qui consacre le blocage de la démocratie. (Quatre jours après, les chaînes appartenant au sénateur Jean-Pierre Bemba verront leur signal interrompu sur instruction du ministre de l'Information).

Le 18 mars 2007, à 18 heures, quatre ambassadeurs (Allemagne, Portugal, Union Européenne et France) sont reçus par Jean-Pierre Bemba à sa résidence privée. Le chef de l'opposition sollicite leur concours pour intervenir auprès des autorités gouvernementales afin que le dispositif d'encerclement de ses résidences soit levé afin d'éviter tout risque de dérapage.

Le 20 mars 2007, le sénateur Jean-Pierre Bemba s'entretient avec l'ambassadeur William L. Swing au sujet des modalités d'application de l'accord du 29 octobre 2006 signé par les représentants des deux candidats au second tour de l'élection présidentielle. Les réunions sur le format d'un dispositif de sécurité approprié et les modalités d'exécution de cet accord devraient débuter le 22 mars. A cette date, vers 9 heures, un bataillon supplémentaire des FARDC vient renforcer le dispositif d'encerclement autour des résidences du sénateur Jean-Pierre Bemba. Ce qui a conduit aux événements malheureux qui ont débuté cette journée.

Le 22 mars 2007, le sénateur Jean-Pierre Bemba s'entretient au téléphone avec l'ancien vice-président Azarias Ruberwa à 11 heures pour lui demander s'il était au courant des manoeuvres militaires renforçant le dispositif d'encerclement autour de leur zone résidentielle commune. Azarias Ruberwa lui annoncera qu'il se trouvait au moment même en compagnie du chef d'état-major de la force terrestre pour discuter à ce sujet. Les deux anciens vice-présidents se conviendront de se retrouver le lendemain matin pour échanger sur la question de vive voix. A peine raccroché, à 11 heures 10, des détonations au départ du Palais de la Nation se feront entendre et donneront le départ des combats.

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