Il en est de l'intelligence économique comme de toute intelligence : la différence, c'est qu'on y évolue sur un terrain dont il convient de connaître les lois, la sémantique. C'est pareil quand on maîtrise une langue : plus on est à l'aise dans la grammaire et le vocabulaire, plus on devient inventif dans sa façon de l'utiliser.
Connaître la grammaire et le vocabulaire de l'économie, c'est avoir une idée claire et juste des mécanismes généraux qui régissent la vie économique, mais aussi des contraintes particulières ainsi que des encouragements et des privilèges auxquels on a droit dans un espace donné, qui peut être en l'occurrence l'espace tunisien, mais également telle ou telle région qui fait l'objet de mesures spéciales en termes d'incitations à l'investissement.
La connaissance de la «langue» est une condition nécessaire mais non suffisante : il faut ensuite avoir le sens de l'opportunité. Et cela commence bien sûr dès le tout début de la conception du projet, s'il s'agit d'un premier départ, ou dès le moment où l'on aperçoit le bon virage à donner à son projet, si ce dernier a déjà une histoire derrière lui.
Ce sens de l'opportunité dépend de la capacité à bien décoder le contexte. Comme au jeu d'échecs, il y a des situations où il convient de temporiser en guettant l'erreur de l'adversaire et d'autres où il faut traduire rapidement un gain en termes d'avantage de position, sans jamais cesser de faire attention aux pièges dans lesquels on peut tomber par un effet de précipitation.
Bien sûr, un tel sens de l'opportunité est en grande partie affaire d'expérience. Donc de persévérance. Donc d'aptitude à se relever des revers subis en «positivant», comme on dit, c'est-à-dire en retenant la leçon de l'échec et en surmontant le découragement. On aurait tort de négliger cette étape : elle est essentielle. Beaucoup de carrières dans le monde des affaires ont été écourtées parce que le protagoniste n'a pas su faire la bonne analyse des raisons qui ont provoqué sa mésaventure, ou qu'il s'est laissé dicter par son entourage une certaine lecture des événements, ce qui l'a rapidement mis dans une situation où il lui devenait de plus en plus difficile de reprendre l'initiative, du moins de le faire sur des bases saines.
Alterner prudence et audace
C'est l'expérience acquise qui, au fil du temps, permet au promoteur de bien distinguer entre avantages majeurs et avantages mineurs d'une proposition, et d'accorder en fonction la mobilisation de son attention et de ses moyens. Tel appel d'offres discret, tel contact d'affaire anodin peut en effet cacher un gros contrat, tandis qu'une offre tapageuse et prétendument intéressante s'avère, à l'examen, de peu d'importance. Rien ne remplace ici le coup d'oeil de l'entrepreneur aguerri, son flair, sa connaissance physique du terrain, pour ainsi dire.
Mais il faudrait peut-être ajouter, avant de finir, que cette inventivité développée à la faveur d'une connaissance de la «langue» et de la constitution d'un capital d'expériences ne saurait donner de grands fruits si, au départ, il n'y a pas des germes prometteurs, de bonnes dispositions mentales. Et cela consiste surtout en une capacité à alterner prudence et audace avec une certaine virtuosité, sans se laisser impressionner par les difficultés, mais sans jamais négliger ou sous-estimer non plus les obstacles.

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