Dans Les Tremblements lointains de Manuel Poutte, le désir d'émigrer des jeunes africains sert de prétexte pour analyser leurs relations avec les croyances traditionnelles.
Partir en Europe est le rêve de beaucoup de jeunes sénégalais. Dans son film, Les Tremblements lointains, le Belge Manuel Poutte montre jusqu'où ils sont prêts à aller pour concrétiser ce rêve. Mandiougou, 26 ans, dread locks, chétif attend le moment opportun pour assouvir sa soif de partir. Sa copine française, rentrée après des vacances, lui a promis un billet. Pour occuper ses journées, le jeune homme, piroguier à Foundiougne, fait traverser les touristes. Il a quitté Sérékunda, en Gambie, pour s'installer dans cette localité des îles du Saloum. Mandiougou est un illettré. Il sollicite les services de Marie, une infirmière française, pour lui lire la lettre envoyée par sa copine. L'infirmière, amoureuse du jeune homme, déforme volontairement le contenu de la missive, et fait croire à Mandiougou que son amie ne peut plus le faire venir en France.
Dépité, Mandiougou accuse le vendeur de miroir d'être à l'origine de ses déboires. Il est du même village que lui et estime qu'il lui a jeté un mauvais sort en l'envoyant des reflets maléfiques. Il fait des sacrifices pour se purifier afin d'apaiser la colère des génies. Pour le jeune homme, ce qui lui arrive n'est que la conséquence de sa fuite du village en tant qu'initié. Un ami du père de Marie, lui propose un marché pour faciliter son voyage : 'Rapporte-moi des statuts de vos croyances et je vous donne le visa pour la France', propose Boris à Madiougou. Le jeune homme s'embarque dans cette aventure
Le film est bien résumé par son titre. Le long métrage, Les tremblements lointains, montre comment des étrangers peuvent pousser des Africains à remettre en cause leurs croyances pour des intérêts individuels. La démarche du réalisateur Belge Manuel Poutte est novatrice. Le désir de partir n'est qu'une idée dans le film. La réalisation est traversée par la relation établie entre les Africains et leurs croyances. Il ne ressasse pas les clichés faciles sur l'émigration clandestine : les pirogues de fortune remplies de jeunes prêts pour un voyage à risques. Le décor naturel du village de Foundiougne, dans les îles du Saloum au Sénégal, les mangroves participent à la beauté du film. La fiction a été aussi rehaussée par le jeu des acteurs.
Les Tremblements lointains a été projeté au festival du cinéma européen à Dakar (du 3 au 13 mars 2010). Avant cette date, la fiction de Manuel Poutte a fait le festival de Montréal au Canada (édition 2009), sélection officielle au festival d'Angoulème en France (2008).
Les Tremblements lointains, fiction du Belge Manuel Poutte, 90 minutes, 2008.

Comments Post a comment