Kinshasa — Les ennemis de la paix en RDC n'ont pas encore décroché. Grâce à leurs complices internes, malléables et corvéables à souhait, ils démontrent qu'ils ont plusieurs tours dans leurs manches. La dernière trouvaille est cette accusation des groupes armés du Kivu contre le gouvernement pour non respect des accords de Goma. Partant, ont-ils décidé de créer l' «Alliance pour la sauvegarde des accords de paix de Goma». Ils ont promis de recourir par tous les moyens, même le recours aux armes, pour se faire entendre. Insouciance de la part du Gouvernement qui minimise la menace, comme toujours. Pas étonnant que le syndrome de la guerre soit présent en RDC. Particulièrement au Kivu.
Différents mouvements armés du Nord et du Sud-Kivu accusent le gouvernement de ne pas respecter sa parole et ne fait rien pour appliquer les accords de Goma, signés en mars 2009.Pour faire entendre leur mécontentement, des représentants de 17 groupes armés, dont le CNDPet plusieurs groupes Maï-Maï, viennent de se réunir au sein de «l'Alliance pour la sauvegarde des accords de paix de Goma».
Ce retournement de situation auquel nous habituent les groupes armés du Kivu est toujours annonciateur de la reprise de guerre. Ces retournements d'alliance, les unions et désunions entre mouvements armés n'ont rien d'exceptionnel.
De RCD au CNDP en passant par les Maï Mai,j on en a entendu de tous les sons. Mais à chaque fois, les tireurs de ficelles profitaient de cette diversion pour poser d'autres conditions avant de relancer les hostilités. Le schéma pourrait être le même cette fois avec cette alliance, au départ contre nature, des groupes armés du Kivu. Tenez.
Tous s'accordent au moins sur un point: les accords de Goma signés en mars 2009 ne sont pas appliqués et c'est à Kinshasa qu'il faut chercher les responsables des promesses non tenues. Telle est la substance de leur accusation contre le gouvernement , ainsi que l'a confirmé
Didier Bitaki, le chef des Maï Maï Kifuafua, et le porte-parole de cette nouvelle alliance pour la sauvegarde des accords de paix de Goma. Il explique les raisons pour lesquelles les représentants de 17 mouvements armés se sont réunis et quelles sont leurs revendications.
«Les différends qui nous opposaient auparavant n'avaient plus de sens. C'est parce que nous avons découvert les catalyseurs, c'est-à-dire le gouvernement de Kinshasa. Lorsque l'on dit que l'intégration politique est un élément important pour que ces accords trouvent une issue favorable, il y a aussi l'intégration dans l'armée, qui serait une condition pour qu'il y ait la paix. Il y a le projet de développement. Il y a la reconnaissance des provinces de l'Est, ce sont des provinces sinistrées, cela n'a jamais été déclaré. ( )Voilà pourquoi nous disons que le gouvernement doit sentir qu'il est responsable de tout ce qui peut arriver, tout peut être possible ».
Didier Bitaki n'exclut pas l'utilisation de la force pour se faire entendre. Menacer le gouvernement d'une nouvelle guerre pour préserver une paix qui est encore loin d'être acquise ou plus prosaïquement pour obtenir des postes ministériels, cela fait partie du paradoxe congolais.
Contacté par RFI, le gouvernement congolais estime qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter avec la formation de cette alliance. Selon le ministre de la communication, il ne s'agit là que d'un résidu de quelques mécontents invisibles sur le terrain car l'accord de Goma fonctionne bien.
Attaque de la ville de Mbandaka
Faut-il accompagner le gouvernement dans cette attitude de minimiser les choses? La réponse est négative. Et pour cause? La mémoire collective ne se trompe pas qu' au début c'était le RCD, devenu plus tard une « nébuleuse» avec plusieurs RCD et la guerre s'amplifiait davantage chaque jour qui passait, cause principale de la destruction des infrastructures socio - politiques des provinces du Kivu. Bien plus; ils n'en finissaient pas avec des réclamations politiques afin d'entrer dans des institutions.
Il se fait que ces groupes armés du Kivu se sont réunis pendant que les « insurgés Enyele» occupaient sans coup férir la ville de Mbandaka. Ce genre de coïncidences en politique impose matières à réflexion. L'on a tendance à maintenir en otage le peuple congolais, à ignorer superbement les institutions issues des élections pour ramener des problèmes découlant de l'Armée, de la Police, de la Territoriale, d'entrer dans les institutions au niveau des personnes ou d'un groupe de personnes.
Il est donc évident de constater le blocage dès que l' on aborde les questions d'ordre technique pour exécuter certains accords. Aujourd'hui, la réforme de l'armée accuse un grand retard pour des raisons politiques et politiciennes.
Car, la reconnaissance des grades, leur transposition au sein d'une armée classique doivent obéir à des critères pour disposer d'une armée performante et dissuasive. Car, un général auto-proclamé dans la rébellion, dans un petit coin de la brousse d'une superficie de 1 km2 n' a pas de place au sein d' une armée régulière et classique. Sauf bien sûr s'il consent à se soumettre à toutes les épreuves. Voilà pourquoi le brassage et le mixage n' ont jamais réussi dans aucun pays du monde. Même pour la paix, la RDC ne pourra faire exception. Cela est du ressort du miracle.
Si le Gouvernement est accusé, c'est que pendant les négociations, cet aspect du problème n' a pas été pris en compte. Pour preuve, les institutions nationales ne se sont jamais appropriées cette démarche.
Vent électoral dans les Grands Lacs
La création de cette alliance n'inspire nullement quiétude. Elle intervient juste au moment où des élections doivent avoir lieu au Burundi, Rwanda et en RDC. Mais aussi au Soudan où le vote est intervenu dimanche denier. Il s'agit ici des élections de l'espoir et du désespoir.
Espoir parce qu'elles pourraient permettre aux pays de la région d'effectuer un bond en avant en matière de paix, de sécurité et surtout de développement. Désespoir parce que tout conflit armé dans un pays de la région a des répercussions sur les autres. Or quand on sait que l' Europe et les Etats-Unis s'affrontent dans cette région pour le contrôle des minerais, et que la percée de la Chine en Afrique est très mal perçue dans le bloc occidental, les groupes armés de la région demeurent effectivement des forces négatives. Des «pions» des forces occultes pour entretenir le syndrome de la guerre en République démocratique du Congo.

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