Dans un coin de Malabo, dans une zone où sont installés des petits commerces, une jeune Camerounaise braise du poisson et du poulet. Des Camerounais de passage y ont pris leurs habitudes. Ils y ont rencontré des Sénégalais, des Maliens, des Ghanéens et, bien sûr, des Equato-guinéens.
Dans un autre quartier de la ville équato-guinéenne, une autre Camerounaise tient un restaurant. Des mets camerounais, façon village comme on dit, y sont servis à des ressortissants africains.
Il y a comme ça des points de rencontre qui rapprochent les hommes et les femmes. La table est de ceux-là. Dans un restaurant, de quelque style qu'il soit - tourne-dos, classique voire chic - on finit toujours par échanger avec les autres un regard, un bonjour même du bout des lèvres, un sourire et, pourquoi pas, des mots.
Souvent, très souvent même, des liens naissent, se tissent, se renforcent. On découvre « l'autre ». Celui-là qui n'était pas moi finit par être « un monsieur » ou « une dame » ; parfois devient une connaissance, un copain ou un ami. Une anecdote croustillante circule dans les cercles de la presse. Un aîné avait réussi à déceler, loin en Amérique, rien qu'à la façon de boire du vin rouge, quelqu'un de son aire géographique. Vérification faite, il avait vu juste. C'était son « frère » de l'Afrique centrale. L'histoire raconte qu'ils eurent de la peine à se séparer tellement ils eurent des choses à échanger.
L'histoire de l'humanité est marquée par de grands événements, les uns heureux d'autres tristes. Mais l'histoire est aussi faite de rencontres d'hommes et de femmes ordinaires. L'histoire est faite de ces petits rien que des hommes et des femmes échangent, chacun s'ouvrant à l'autre, l'écoutant, lui parlant. Loin des contraintes protocolaires. Loin du formalisme des institutions.
L'intégration en Afrique, en général, et en Afrique centrale, en particulier, est irréversiblement en marche. Depuis des décennies, elle avance à petits pas. L'architecture institutionnelle se renforce chaque jour. Les rapports politiques entre les pays membres de la CEMAC sont de moins en moins pollués. Reste à vaincre, à tous les niveaux, cette réserve voire cette méfiance vis-à-vis de « l'autre ». Reste à vaincre cette peur du saut dans l'inconnu.
Par leurs rencontres régulières au sommet, les chefs d'Etats de la CEMAC donnent l'impulsion. Ils ouvrent la voie que construit la Commission, avec l'ensemble de ses fonctionnaires. Mais tout cela n'est qu'un squelette. Il manquait de la chair, quelque chose qui donne corps à la CEMAC. Le parlement communautaire peut être cet organe qui apporte la touche humaine, qui insuffle une âme.
Désormais, les députés communautaires deviennent des relais. Relais entre les institutions et les citoyens pour que naisse, vive et se transmette une âme de la CEMAC. Mais relais surtout entre les populations des différents pays. Des populations qui, victimes des carcans institutionnels, voyagent peu du Tchad au Congo, du Cameroun en Guinée Equatoriale ou de la RCA au Gabon. Des populations qui, pourtant, ont tant de choses à partager dès lors que, parfois voire souvent, les mêmes peuples se trouvent de part et d'autre des frontières. Des populations que le destin a donc unies et qui aspirent au mieux vivre auquel la nature les prédispose si heureusement.
Le Cameroun, riche de son agriculture, le Gabon de son bois, le Tchad et la Guinée Equatoriale de leur pétrole, le Congo de sa musique, la RCA de ses diamants - pour ne prendre que ces images - gagneraient à coup sûr plus rapidement le pari du développement si leurs populations pouvaient enfin se donner la main.
Un grand destin attend les populations de la CEMAC. Aux parlementaires d'être la levure qui fait gonfler cette abondante pâte pétrie par les chefs d'Etat. Et du pain, il y en aura en abondance pour tous dans cette sous-région. Mais le temps presse.

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