- Josias Akataama a passé le mois de mars à regarder la lune décroître au ciel, et les eaux de crue monter.
Ce n'est qu'en observant la nouvelle lune que les hommes, les femmes et les enfants de Kandiani sauraient quand ils pourraient quitter le village détrempé pour des terres plus élevées.
Akataama est lozi et son village se situe dans la vallée du Zambèze à l'ouest de la Zambie, dans une zone appelée la Plaine des inondations de Barotse. Les villageois sont fiers de leur proximité avec Lealui, le village royal du Litunga, le roi des Lozis. Et c'est pour cette raison que personne n'a jamais songé à abandonner son village, malgré son inondation annuelle.
On pense généralement aux inondations en termes de détresse et de dénuement, mais pour les Lozis, les inondations constituent une source de bonheur. Pour les Lozis, une bonne saison des pluies est celle qui couvre toute la plaine des inondations.
"On éprouve du plaisir à voir la plaine commencer par être inondée au début de janvier. L'eau y entrera à partir du fleuve comme un serpent géant et vous savez que Kuomboka est en train de venir également", a dit Akataama.
Comme la plupart des hommes dans les villages de la plaine, Akataama s'est porté volontaire pour pagayer afin de déplacer le Litunga du village inondé de Lealui vers son deuxième palais dans la ville montagneuse de Limulunga. Mais peu de personnes seront admises dans la péniche royale, le Nalikwanda, ou ses plus petits bateaux.
Vers la fin de février, toute la plaine des inondations a commencé par ressembler à un vaste lac, menaçant de dissoudre les villages sur les terres plus basses. Toutefois, Akataama a de la chance. Le village de Kandiana a été construit sur un monticule artificiel appelé 'suuba', afin de le garder au-dessus des eaux de crue.
Mais cette année, au début de mars, les eaux du Zambèze étaient à la hauteur du genou dans tout le village. Et au même moment, étaient venus des serpents à la recherche d'un abri et de la chaleur; des colonies de fourmis brun foncé localement appelées 'sului' et la menace constante des crocodiles et des hippopotames.
Le 17 mars, Litia Walubita, le Ngambela par intérim, ou Premier ministre, du Litunga, a finalement fait une déclaration informant tout le monde que la cérémonie de Kuomboka de cette année aurait lieu le 17 avril.
Le Ngambela est le porte-parole traditionnel du Litunga à la cérémonie de Kuomboka et dans les affaires traditionnelles. "C'est un tabou que le Litunga fasse des déclarations publiques ou se mêle de près aux affaires politiques", a expliqué Walubita.
Il est également interdit, chez les Lozis, à tout villageois de quitter la vallée inondée pour une terre plus élevée avant le roi. C'est seulement après le roi que les villageois peuvent quitter leurs villages inondés, charger leurs biens dans des pirogues et ramer derrière la flottille du roi vers un terrain plus élevé aux abords de la plaine des inondations.
Ils reviendront à la plaine des inondations vers juillet pour recommencer tout le cycle.
"Sans les inondations annuelles, il n'y aurait pas eu une vraie agriculture ici. Les inondations nous permettent de cultiver le riz sans utiliser des engrais chimiques", déclare Silumesii Akabondo, un agriculteur du village de Nandopu.
L'exode annuel des Lozis, selon les historiens, remonte à environ 1500 lorsqu'une partie de l'empire Luba-Lunda, aujourd'hui République démocratique du Congo, s'est détachée et a migré vers le sud pour ce qui est aujourd'hui appelé la Plaine des inondations de Barotse.
Akabondo a pris sa retraite de la Mine de cuivre de Nchanga, à Copperbelt, il y a dix ans, et il a commencé par cultiver petitement du riz dans son village natal. Ça lui a marché et il a agrandi sa ferme.
En 2009, les Services de développement et de gestion agricoles (ADMS), une organisation non gouvernementale travaillant sur la réduction de la pauvreté dans les zones rurales, a initié Akabondo à la culture du blé et pour la première fois, il s'est rendu compte de tous les avantages de la plaine des inondations.
"Nous plantons le riz en novembre et le récoltons en mai quand il mûrit", a expliqué Akabondo. "Puis, immédiatement, nous plantons encore le blé d'hiver qui se nourrira de l'humidité des inondations et mûrira en août. Cela nous a donné la chance d'être payés deux fois à partir de la même terre".
ADMS donne aux agriculteurs non seulement du blé, mais aussi des semences pour des légumes comme les tomates, les épinards et les carottes, qu'ils plantent en avril et en mai. La distribution des semences est soutenue par des fonds des donateurs, notamment l'Union européenne, l'Agence de coopération internationale du Japon et l'Agence américaine de développement international (USAID).
Akabondo soutient que la fertilité de la vallée est incomparable. En plus de l'agriculture, les fleuves de la plaine contiennent de nombreux poissons qui viennent dans la région pour se reproduire et se nourrir de l'herbe tendre appelée 'mutaka' et qui restent dans le fleuve Zambèze après la disparition des eaux de crue.
"Kuomboka est une cérémonie traditionnelle rendue nécessaire par la survie économique", affirme Oliver Saasa, le président du comité d'organisation de la cérémonie de Kuomboka 2010. Au fil du temps, elle a évolué pour devenir une cérémonie attirant des visiteurs de toutes les parties du globe.
Charles Mushitu, le secrétaire général du Comité international de la Croix-Rouge en Zambie, explique que quand bien même la plupart des Lozis choisissent de vivre sur la plaine des inondations, il y a aussi des cas de familles déplacées par les inondations en dehors de la zone habituelle des inondations. La Croix-Rouge et l'Unité de gestion et d'atténuation des catastrophes de la Zambie soutiennent plusieurs familles - qui ont été déplacées par les inondations au début de cette année - dans les districts de Senanga et de Lukulu de la province.

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