Inter Press Service (Johannesburg)

Congo-Kinshasa: Le gouvernement rejette un rapport d'ONG qui accable les militaires congolais

«Une cinquantaine de civils congolais ont été massacrés sans sommation par les Forces armées congolaises (FARDC) en avril 2010», affirme un rapport de l'Association africaine de défense des droits de l'Homme (ASADHO), basée à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

Le rapport qui cite les noms des victimes, affirme que ces massacres ont été commis par les FARDC combattant contre une rébellion locale qui s'est emparée, début avril de l'aéroport de Mbandaka, la principale ville de la province de l'Equateur, dans le nord-ouest de la RDC.

Au cours d'une conférence de presse donnée le 22 avril, Lambert Omalanga Mende, ministre congolais de la Communication et des Médias, a déclaré que «ce rapport est truffé de beaucoup d'inexactitudes» et qu'il «s'avère qu'aucun chercheur de l'ASADHO ne s'est rendu en Equateur pour vérifier les allégations contenues dans ledit rapport».

Mende affirme que «ni le gouverneur (de la province) Jean-Claude Baende et son gouvernement, le maire de Mbandaka et ses édiles, ni le général Ekutsu et son état-major de la 3ème région militaire, ni le général Gédéon et ses collaborateurs de la police, ni les magistrats ne se souviennent avoir rencontré des enquêteurs de l'ASADHO», une organisation non gouvernementale congolaise.

Le ministre ajoute que ceci «permet d'évaluer la crédibilité de l'affirmation en page 4 de son rapport, selon laquelle ses enquêteurs auraient ...'rencontré les autorités politico-administratives, judiciaires, militaires et policières'...»

De son côté, sans donner de détails sur les chercheurs partis en Equateur, Georges Kapiamba, vice-président de l'ASADHO a déclaré à IPS que «l'enquête a bel et bien été faite par une équipe des professionnels sur place en Equateur», ajoutant qu'il était «nécessaire de mettre en place une commission mixte et indépendante pour faire toute la lumière sur les circonstances de ces massacres».

Mais pour Mende, «il n'y a pas besoin d'établir une commission ad hoc puisque qu'il y a un conseil de guerre - juridiction militaire opérationnelle - déployé sur place pour faire la lumière sur ces allégations si besoin en est».

Pourtant, une confidence obtenue d'une autorité proche du gouvernorat de la province indique sous anonymat à IPS que «le rapport de l'ASADHO est tout à fait vrai dans son ensemble puisqu'il y a effectivement eu des massacres, même s'il peut apparaître comme exagérant sur le nombre des victimes; ce qui n'enlève rien au fait que des FARDC ont exécuté des civils innocents».

Pour appuyer cette confidence, Pierre Bofunda, un ancien militaire converti en défenseur des droits de l'Homme, a dit à IPS que «par exemple, le lundi 19 avril, un étudiant et une jeune femme enceinte ont été exécutés à leur domicile dans le quartier de 'Bolenge pêcheur', à environ 10 km de la ville de Mbandaka».

Bofunda affirme que même à ce jour, «l'insécurité qui règne dans la province demeure encore le fait des FADC qui s'attaquent à la population durant la nuit en ravissant monnaie, téléphones portables et tous biens de valeur trouvés sur leurs victimes».

«D'ailleurs, le gouverneur de province qui a assisté à l'audience ouverte à l'issue de ce double assassinat du 19 avril, a organisé, le jour suivant, une grande campagne contre l'insécurité régnante dans la province en invitant la population à sortir en masse et à faire du tintamarre lorsqu'un voisin est attaqué ou lorsqu'elle est alertée d'un cas», a ajouté Bofunda.

Doutant de la bonne volonté des autorités congolaises, Sophie Ekanga, une enseignante de Mbandaka, s'indigne qu'une «fois encore les autorités congolaises soient en passe de rendre banale la valeur de la vie humaine», en se demandant : «Qu'ont-elles à perdre si elles capitalisaient le contenu de ce rapport pour amorcer des enquêtes en bonne et due forme et en y associant leurs auteurs?»

Quant à la lumière à faire sur ces massacres allégués par l'ASADHO, les sources onusiennes doutent «de la capacité du système judiciaire congolais à mener une enquête professionnelle et exhaustive», ne serait-ce que parce que «le nombre des magistrats est insuffisant et la plupart d'entre eux sont démotivés par le fait qu'ils sont mal payés».

Pour Cyprien Abangapakwa, magistrat à la retraite, «la justice congolaise, connue pour ses grandes faiblesses, n'est pas indiquée pour faire cette lumière. Ses membres peuvent néanmoins prendre part à une commission d'enquête. Quatorze magistrats mal équipés, mal payés, mal logés, éparpillés dans toute la ville de Mbandaka, sont incapables de conduire une enquête efficace».

«Le parquet de grande instance, le parquet général, le tribunal de grande instance et la Cour d'appel comptent respectivement quatre, quatre, trois et trois magistrats», indique-t-il à IPS.


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