Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Insécurité et déstabilisation - Avril noir au pays

Kinshasa — Mbandaka, Beni, Butembo des villes qui ont été marquées par des tueries, des viols et des pillages au courant de ce mois d'avril. Avril noir en RDC dans la mesure où ces violences d'une extrême gravité se sont déroulées juste au moment où la MONUC est en train de plier bagage et que son retrait problématique est désormais à l'ordre du jour. Signal fort du retour à la violence ? Incapacité du gouvernement d'assumer ses responsabilités ? Autant d'interrogations pour que la question liée à l'insécurité soit examinée avec diligence, sans tergiversation afin de tendre vers une solution durable.

Durant les journées des 4 et 5 avril 2010, Mbandaka, chef-lieu de la province de l'Equateur, a été occupé pendant quelques heures par des insurgés Enyele. Quelques heures de violence extrême tant il est vrai qu'il y a eu mort d'hommes doublée de pillages. Mais fait plus grave, l'autorité de l'Etat a été ébranlée, l'ordre public troublé. Que l'insécurité n'était plus désormais l'apanage de seules provinces orientales.

Une situation qui a nécessité le déplacement en personne du président de la République et la tenue de la réunion du Conseil supérieur de la Défense. Bien plus, une question orale avec débat a été adressée au Premier ministre pour en savoir plus sur la politique de la Défense et de la sécurité.

Dans la nuit du samedi 24 et dimanche 25 avril, le Centre d'instruction des FARDC de Nyaleke, à 10 km de Beni dans la province du Nord-Kivu, symbole du pouvoir militaire, a été attaqué par des hommes armés. Cinq personnes ont été tuées, plusieurs blessés graves et des maisons incendiées. L'attaque aurait été perpétrée par des éléments rebelles ougandais autres que la LRA, les Mai-Mai et des démobilisés congolais. En d'autres termes, une action armée bien concertée.

Dans un rapport accablant élaboré par le Centre d'études juridiques appliquées, CEJA, la terreur règne en maître dans la ville de Butembo et ses environs. Le mois d'avril a été le plus cruel avec plusieurs assassinats par des hommes armés en uniforme. A titre d'exemple, ce rapport cite l'assassinat de Sylvestre Kalysavira, tué par des hommes armés à Butembo. Il en est de même de Georges Kambale Kathima tué à 27 km de Butembo, à Maboya, sur la route Beni-Butembo.

Le même rapport fait également mention de l'apparition des coupeurs de routes sur le tronçon routier Goma-Butembo-Maboya-Beni. Les gens ont de plus en plus peur d'emprunter ce tronçon plongé dans une insécurité totale. Plus grave, l'on assiste à un pillage systématique des bêtes dans le territoire de Lubero.

Au Sud-Kivu, les éléments du FRF sous les ordres d'un certain Idi Amin ont repris du poil de la bête. Installés dans les Hauts Plateaux d'Uvira, ils s'illustrent ces derniers temps par les enlèvements de personnes et des affrontements qui les opposent à des Maï-Maï. Une situation de plus en plus explosive dès lors que l'on reparle du recrutement des enfants soldats.

INQUIETUDE ET RESPONSABILITE DU GOUVERNEMENT

Dans les recommandations du Centre d'études juridiques appliqués, CEJA, elles portent sur des dispositions utiles à prendre devant cette insécurité grandissante. Insécurité attribuée généralement aux hommes armés en tenue militaire.

Qui sont-ils ? Sont-ce les militaires incontrôlés des FARDC ou des hommes armés qui portent l'uniforme de l'armée régulière ? Si tel est le cas, comment se la sont-ils procurées ?

Ces recommandations invitent le gouvernement central à payer régulièrement et à temps la solde des militaires afin de les empêcher à s'en prendre aux populations civiles. Mais au-delà, initier des actions judiciaires à l'endroit des militaires qui se rendraient coupables des violations des droits de l'homme. Ces recommandations invitent le gouvernement provincial à mener des enquêtes sur terrain afin de se rendre compte du phénomène des coupeurs de routes et l'éradiquer.

Comme on le voit, le mal est profond et la responsabilité du gouvernement est engagée. Car la population est de plus en plus inquiète alors que des efforts importants ont été accomplis pour restaurer la paix sur toute l'étendue du pays.

DES ACTIONS PROGRAMMEES ?

L'inquiétude est plus grande lorsque l'on constate que ce regain de violence se manifeste juste au moment où le retrait de la MONUC est à l'ordre du jour. D'ailleurs, le désengagement a commencé dans la partie orientale, en Ituri, particulièrement. Or, Ituri a été sérieusement secouée par les milices et même la MONUC n'a pas réussi à les neutraliser.

Certains observateurs considèrent que ces actes de violence seraient programmés. Question de prouver au gouvernement que la paix et la sécurité ne sont pas encore rétablies et que le départ de la MONUC engendrerait une situation chaotique. Ils s'inscriraient même dans ce vaste complot de déstabilisation de la RDC.

Une façon donc de contraindre le gouvernement à négocier de « façon responsable » le retrait de la MONUC.

Il revient à dire que cette situation mérite une réflexion profonde de la part du Gouvernement et qu'une réaction rapide serait la mieux venue. En effet, Mbandaka, Beni, Butembo ne sont plus des faits divers. Tout se passe comme si l'on est en train de rallumer ici et là les feux de brousse pour embraser une nouvelle fois le pays. Une situation aux conséquences dramatiques jusqu' à affecter l'unité du peuple et l'intégrité territoriale.


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