Kinshasa — A quelques semaines de la visite des membres du Conseil de sécurité de l'Onu en RDC, John Holmes, secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires des Nations unies et coordonnateur des secours d'urgence a été reçu hier par le chef de l'Etat, Joseph Kabila et le Premier Ministre Adolphe Muzito. Et cela, après qu'il eut achevé dimanche une tournée dans trois provinces du pays les plus touchées par la violence et où lesquelles les questions humanitaires se posent dans un contexte marqué par une insécurité croissante.
La troisième visite en RDC de John Holmes, secrétaire général adjoint des Nations unies qui avait pour but de se rendre compte de l'évolution de la situation humanitaire ainsi que la sécurisation des acteurs humanitaires, des civils et discuter avec les autorités congolaises à ce sujet.
Cette croisade humanitaire l'a conduit à Mwenga et Bukavu, au Sud-Kivu ; à Dungu, Niangara et Kisangani, dans la Province Orientale ainsi qu'à Gemena, Dongo et Mbandaka dans l'Equateur. Dans le sillage de John Holmes, on a noté la présence du représentant spécial adjoint du secrétaire général de l'Onu en RDC, chargé des questions humanitaires, Fidèle Sarassoro, Max Hadorm, représentant de Ocha en RDC, Abdou Dieng, représentant du PAM/RDC ainsi qu'une délégation de la presse internationale et locale.
LA PEUR DES RETOURNES DE MWENGA
Mwenga était la première localité à être visitée. Une cité où l'administrateur a déserté son poste voilà plusieurs mois. Accueil chaleureux des retournés dont 1.770 personnes s'apprêtaient à recevoir des vivres du PAM qui a initié plusieurs projets à travers le pays dont celui de fournir des repas chauds dans les cantines scolaires afin d'assister les vulnérables. John Holmes a partagé un repas avec les élèves de l'Ecole primaire Alfadjiri de Mwenga. Mais les retournés de Mwenga ont développé des frustrations, la peur et les inquiétudes face à la présence des FDLR dans les localités avoisinantes qui se livrent à des tracasseries de tout genres pendant que des Maï-Maï sont assimilés à des bandits qui pillent, violent. Quelques éléments incontrôlés des FARDC, par manque de solde, tracassent la population dont les retournés.
Dans une déclaration faite à la presse peu après sa visite à Mwenga où il a assisté à la distribution par le PAM et une ONG norvégienne, des vivres dans la cour de l'Ecole primaire Alfadjiri, à plus de 1.700 retournés qui ont regagné leurs, le secrétaire général adjoint au Affaires humanitaires de l'Onu a souligné l'ampleur des besoins et l'absence de protection de la population qui continuent à être sujet de préoccupation des Nations unies et de la communauté internationale.
Avant de quitter Mwenga pour Bukavu, le secrétaire général adjoint de l'Onu aux Affaires humanitaires a discuté avec les ONG humanitaires locales et la Société civile sur les pistes de solutions face à des questions pratiques qui se posent sur place ; notamment le refus de la population d'un retrait précipité de la Monuc sans avoir des garanties de la part des FARDC pour sécuriser et protéger la population civile.
Quelques heures plus tard à Bukavu, au cours d'un point de presse, il est revenu sur la même préoccupation pour relever que le « gouvernement avait fait des efforts en matière de promotion de la stabilité et de la coopération avec la communauté internationale afin de répondre aux besoins humanitaires et aux préoccupations portant sur la protection ». Cependant, la situation humanitaire reste stable malgré les tracasseries, la criminalité, le banditisme des groupes armés Maï-Maï, FDLR, parfois des FARDC qui ont provoqué le déplacement de 600.000 personnes dans le Sud-Kivu, principalement à Fizi, Mwenga, Shabunda. Il se pose de graves problèmes d'accès aux déplacés.
Il s'est félicité par ailleurs du retour de quelque 1.700 personnes à Mwenga lesquels éprouvent d'énormes problèmes de réinsertion sociale d'autant que les groupes résiduels des FDLR écument régulièrement des localités environnantes en entretenant le commerce illicite de minerais dont le coltan. Pour John Holmes, « Outre les approches militaires, il faut des solutions politiques et diplomatiques pour régler la question des FDLR dans le territoire de Mwenga afin de permettre aux acteurs humanitaires de vaquer à leurs activités ». Dans la soirée, John Holmes a discuté de toutes ces questions avec le vice-gouverneur Kibala.
LA LRA AUX ENVIRONS DE NIANGARA
A Dungu et Niangara, dans Haut-Uélé, ainsi qu'à Kisangani, chef-lieu de la Province Orientale qu'il a visitée, le secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires, M. John Holmes, est revenu sur les raisons de son croisade humanitaire dans ces trois régions sinistrées du pays : lutter contre les conséquences humanitaires des crises qui ont poussé des milliers de Congolais à quitter leurs terroirs et s'attaquer également à leurs causes sous-jacentes afin que le processus de transition vers le développement et le relèvement puissent réellement avoir lieu . Il y a plus de 300.000 déplacés dans cette province et principalement dans le Haut-Uélé du fait des attaques récurrentes de la LRA dont la dernière remonte en décembre 2009, faisant plus de 174 morts à Manzila et à Mabanga ya Ntalo. Selon plusieurs témoignages des déplacés de Niangara que John Holmes a rencontrés dans le camp des déplacés de cette cité comme étant le centre de l'Afrique, ces sinistrés ont quitté leurs villages à la suite des incursions de ce groupe armé étranger. « Nous sommes victimes d'exactions, de violences et de divers tracasseries de la part de la LRA, en dépit de la présence des FARDC appuyées par un contingent marocain et de la Police nationale et nous avons besoin d'être rassurés, protégés et assistés, », a déclaré une victime d'exactions de la LRA que la délégation onusienne a rencontrée à l'hôpital général de Niangara dirigé par MSF-Belgique. Une femme dont les lèvres ont été coupées par les miliciens LRA et qui reçoit des soins intensifs dans cette formation médicale a été encouragée.
Les assertions des déplacés de guerre ont été appuyées par la Société civile locale : 174 personnes abattues par la milice LRA à Manzila et d'autres à Mabanga en décembre 2009. La crainte d'une éventuelle attaque ainsi que la présence de la LRA dont les groupes résiduels opèrent même dans la périphérie de Niangara, cité enclavée, préoccupent la population qui sollicite le renforcement des effectifs des FARDC, le paiement régulier de leur solde, le retrait non précipité de la force de la Monuc pour sécuriser les humanitaires et la population civile qui s'interrogent si «Joseph Kony est plus fort que l'Onu et l'Etat ?»
PLAIDOYER AUPRES DES BAILLEURS DE FONDS
Au cours d'un point de presse à Kisangani où John Holmes a rencontré, en aparté, le gouverneur Autsaï, le secrétaire général adjoint de l'Onu John Holmes a reconnu le « succès militaire des FARDC appuyées par la Monuc » lequel a permis d'anéantir la LRA qui opère désormais par des actions de sape notamment les tracasseries, les enlèvements et les violences.
Pour lui, la question de la LRA, comme celle des FDLR qui entravent les initiatives et interventions humanitaires en insécurisant les acteurs humanitaires et les déplacés ou retournés, doit être résolue non seulement sur le plan militaire mais également au plan politique et diplomatique en instaurant un dialogue entre les Etats de la région et intercommunautaires. Il a promis de faire un plaidoyer auprès des bailleurs de fonds de la communauté internationale et espère que l'aide humanitaire en RDC qui en dépend se poursuivre en dépit de «l'effet Haïti» secoué par les calamités naturelles et de la crise financière qui secoue le monde occidental. Toutefois, les partenaires de la communauté internationale ont réussi de libérer les deux tiers de fonds programmés par le Plan d'action humanitaire en RDC pour l'année en cours.
RETOUR DE 15 % DES DEPLACES A DONGO
Enfin, l'étape de Mbandaka à l'Equateur qui était atteint par la délégation en passant par Gemena et Dongo lui a permis d'évaluer la situation sur le plan interne et externe. 15 % de déplacés qui retournent timidement à Dongo en territoire de Kungu ont besoin d'aide et de sécurité après les attaques des Enyele en octobre 2009. Plusieurs réfugiés préfèrent rester à Likouala en République du Congo en attendant qu'une solution sécuritaire et alimentaire soit trouvées en leur faveur. Il leur faut des abris, la réhabilitation de leurs centres de santé, des écoles. Les déplacés de Dongo qui ont exprimé leur crainte pour « un retrait précipité » des casques bleus, ont fait savoir à M. John Holmes que « la présence de la Monuc est essentielle pour les humanitaires et la population locale ». Après les incursions des Enyele, la Société civile locale estime qu'au cas où la « Monuc se retirait dans l'immédiat de la région, la population traversera la rivière Ubangi pour se réfugier au Congo ».
Toutes ces préoccupations ont été exprimées par John Holmes devant la presse de Mbandaka après qu'il a été reçu le gouverneur Jean-Claude Baende.Edifié par les préoccupations des humanitaires et des victimes, il a quitté hier la RDC pour New York.

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