Wal Fadjri (Dakar)

Afrique: Abdoulaye wade zappé par le Canada

Etre présent aux grands rendez-vous internationaux a été toujours un symbolisme majeur et démesuré du président Abdoulaye Wade. Malgré l'excellence des relations entre le Sénégal et le Canada et la récente visite à Dakar de la Gouverneure générale du Canada, la diplomatie sénégalaise n'a pas été forte pour pousser les autorités canadiennes à inviter Wade au sommet du G20 à Toronto, prévu les 26 et 27 juin prochains.

Le président Wade a été zappé par les dirigeants conservateurs canadiens. Profitant des sommets internationaux pour s'ériger en défenseur infatigable de l'Afrique, le président sénégalais n'aura pas cette fois cette opportunité de participer au sommet du G20 du Canada. Et pourtant le chef de l'Etat s'est souvent distingué lors des sommets comme ceux du G20, ou Davos ou encore aux Nations unies pour la cause africaine. Si le bilan de son engagement reste à être déterminé, il reste étonnant, selon certains spécialistes, l'absence de Wade qui fait partie de rares dirigeants africains à développer un leadersphip continental bien suivi par les grands dirigeants du monde.

Seulement, on estime que le choix de faire quitter l'ancien ambassadeur sénégalais, Issakha Mbacké, le Canada en une année de G8 et de G20 est considéré comme une très mauvaise vision du ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères, Me Madické Niang. En agissant ainsi, ce dernier ne pouvait disposer d'un pion essentiel pour faire du lobbying intense à l'endroit des conservateurs pour inviter Wade au Canada. Le moment du parachutage de l'ancien ministre de la Culture, Baba Wone, comme ambassadeur du Sénégal au Canada a été très mal choisi du fait qu'il intervient à une période d'enjeux internationaux importants dont le Canada est la tête de pont. Faire partir Issakha Mbacké est la meilleure manière de fermer la porte du G20 du Canada à Wade.

Le Sénégal absent, l'Afrique sera défendue, aux côtés de l'Afrique du Sud comme membre à part entière des pays émergents du G20, par le Malawi et l'Ethiopie. Ces deux derniers pays ont été officiellement invités par le Premier ministre canadien, Stephan Harper, à participer à un sommet qui se tiendra immédiatement après celui du G8 prévu les 25 et 26 juin. Si officiellement Ottawa n'a pas donné de précisions majeures sur le choix de ces deux pays africains, les milieux diplomatiques avancent plusieurs arguments. Pour l'Ethiopie, l'invitation du Premier ministre, Mélès Zénawi, s'explique par le fait que ce dernier occupe depuis 2007 le titre de président du Nouveau partenariat pour le développement économique de l'Afrique (Nepad). L'Ethiopie fait partie aussi des sept pays africains ciblés par la concentration de l'aide au développement du Canada à travers l'Agence canadienne de développement international (Acdi) initiée ces dernières années.

Pour le Malawi, aucune particularité dans ses relations avec le Canada ne pourrait justifier un tel choix. Il reste que le Malawi, qui connaît de très graves problèmes économiques causés surtout par une grosse dette publique, une pauvreté énorme et une corruption étatique généralisée, symbolise aux yeux d'experts internationaux la volonté du Canada de se donner une nouvelle image de son engagement en direction des pays pauvres d'Afrique.

Le choix de ces deux pays africains pourrait-il permettre à l'Afrique de se faire entendre lors du sommet du G20. Surtout, il s'agira de contraindre les pays donateurs du G8 à respecter leurs engagements pris lors des précédentes rencontres. Jusqu'ici peu de pays industrialisés ont respecté leurs promesses tenues lors du dernier sommet 2009 en Italie d'augmenter l'aide publique au développement en faveur de l'Afrique et d'accroître avec d'autres donateurs de 25 milliards de dollars par an cette aide sur la période 2004-2010. Le G8 avait également annoncé le renforcement de son partenariat pour améliorer l'accès à l'eau sur le continent africain. Des engagements avaient été aussi pris dans le domaine de la sécurité alimentaire. Les membres du G8 et plusieurs pays émergents étaient parvenus à un accord de 20 milliards de dollars sur trois ans, pour aider ceux qui ont faim à se nourrir et aussi pour la mise en place des bonnes politiques permettant de produire de la nourriture.

ATTENTES DE SOMMET DE TORONTO : Rétablir la situation de l'emploi dans le monde

Le thème des deux sommets, organisé par le Canada, est 'Reprise et renaissance'. Les pays du G20, qui regroupent l'Afrique du Sud, l'Allemagne, l'Arabie saoudite, l'Argentine, l'Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, les Etats-Unis d'Amérique, la France, l'Inde, l'Indonésie, l'Italie, le Japon, le Mexique, la République de Corée, le Royaume-Uni, la Russie, l'Union européenne et la Turquie, représentent 90 % de la production mondiale, 80 % du commerce mondial et les deux tiers de la population de la planète. Ce sont d'importants pays industriels et émergents présents dans toutes les régions du monde ; ce qui donne au G20 une grande légitimité et ce groupe influence en ce qui concerne la gestion de l'économie et du système financier mondial.

Le Premier ministre canadien d'indiquer qu'à 'Toronto, nous devrons respecter les engagements que nous avons pris d'assurer la reprise de l'économie mondiale et de rétablir la situation de l'emploi dans le monde. Représentant les grandes économies, le G20 a aussi la responsabilité de faire entrer le monde dans une nouvelle ère de coopération économique, une ère qui ouvrira la voie à une croissance plus forte, mieux équilibrée et plus durable'.

En dehors des invités spéciaux comme le Malawi et l'Ethiopie, le Premier ministre canadien, Stephan Harper, a aussi invité les gouvernements des Pays-Bas, de l'Espagne et du Vietnam. Les dirigeants de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, du Conseil de stabilité financière, de l'Organisation de coopération et de développement économique, de l'Organisation internationale du travail, de l'Organisation mondiale du commerce et des Nations unies participeront au sommet.


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