Kinshasa — La commission de l'ONU, qui a planché entre décembre 2009 et avril 2010 sur le différend frontalier entre Luanda et Kinshasa, aurait délibéré sans disposer de toutes les informations nécessaires sur les éléments de défense de la RDC. Selon Africa Energy Intelligence, qui cite des sources internes de l'ONU, la commission aurait soumis une proposition de tracé qui accorderait la totalité du bloc 15 et une partie du bloc 2 à Kinshasa. Mais, à Kinshasa, l'on semble gérer ce dossier avec parcimonie pour ne pas irriter le géant voisin angolais. Dans cet imbroglio, le Sénat s'est invité dans le débat. Dans une motion introduite par le sénateur Siluvangi, le Sénat cherche à décrypter ce qui se cache derrière le silence de Kinshasa.
La délimitation du plateau continental entre l'Angola et le Congo-Kinshasa fera, rapporte Africa Energy Intelligence, prochainement l'objet d'une question orale au Sénat, adressée au Premier ministre, Adolphe Muzito. Son auteur, le sénateur Raphaël Siluvangi Lumba, voudrait comprendre pourquoi la RDC n'a pas encore répliqué à la note angolaise du 31 juillet 2009, adressée au secrétaire général de l'ONU.
Ce document rejetait la délimitation de l'espace maritime fixée par Kinshasa dans son information préliminaire du 11 mai 2009. En outre, le sénateur souhaiterait savoir si un arrangement temporaire sur l'exploitation actuelle des ressources pétrolières situées dans l'espace disputé entre les deux Etats est intervenu ou fait l'objet de négociations, conformément aux dispositions de la convention sur le droit de la mer de l'ONU.
DIVERGENCES AU GOUVERNEMENT
Les questions des sénateurs risquent de révéler les divisions internes du gouvernement sur cette question. Car le ministère des Affaires étrangères a bien rédigé, en décembre 2009, une réponse aux arguments angolais. Cette note, qui fixe la frontière maritime entre les deux pays au nord du bloc 15 (opéré par ExxonMobil), a été transmise au début de l'année au représentant congolais à l'ONU, Atoki Ileka, afin qu'il la communique au secrétaire général Ban Ki-moon. Ce qui ne fut jamais fait, indique la source. Placée sous la double tutelle des Affaires étrangères et de la Présidence de la République, la représentation de Kinshasa à New York reçoit des instructions contradictoires sur le dossier de la frontière maritime. Contrairement au ministre des Affaires étrangères, note Africa Energy Intelligence, le président Joseph Kabila est en effet soucieux de ne pas provoquer l'Angola.
La commission de l'ONU, qui a planché entre décembre 2009 et avril 2010 sur le différend frontalier entre Luanda et Kinshasa, a donc dû délibérer sans disposer de toutes les informations nécessaires de la partie congolaise. Selon des sources internes de l'ONU, contactées par Africa Energy Intelligence, la commission aurait soumis une proposition de tracé qui accorderait la totalité du bloc 15 et une partie du bloc 2 à Kinshasa.
Africa Energy dit avoir appris auprès de plusieurs parlementaires que l'Angola pousse pour que le différend fasse l'objet d'un arbitrage à l'amiable, alors que le ministre des Affaires étrangères, Alexis Thambwe, - avocat de profession - comme le sénateur Siluvangi, pense que la RDC a intérêt à obtenir un jugement de la Cour internationale de justice de La Haye. L'article 77 de la même convention stipule par ailleurs que si un Etat côtier n'exploite pas son plateau continental, nul ne peut entreprendre de telles activités sans son consentement.
DIFFICILE CONCILIATION DES INTERETS
Le 24 mars 2010, l'Assemblée nationale de l'Angola, réunie en sa 10è session ordinaire, a approuvé à l'unanimité la résolution autorisant le gouvernement angolais à négocier avec le gouvernement de la République démocratique du Congo l'établissement d'un accord de délimitation des frontières maritimes nord. Toutefois, l'Assemblée nationale de l'Angola recommande que « les bases de négociation doivent respecter strictement les accords signés entre le Portugal et la Belgique». Ces accords déterminent les points de départ pour la délimitation des frontières maritimes. Voilà que rebondisse le dossier «Frontières maritimes » entre la RDC et l'Angola.
En effet, en mai 2009, la RDC a déposé une requête auprès des Nations unies pour l'extension de son plateau continental dans le cadre de la délimitation des frontières maritimes conformément aux droits à la mer. Ainsi, dans le droit exprimé par le gouvernement congolais, l'espace maritime actuel de la RDC devrait être porté de 40 km au large de la côte à 200 km, soit une étendue de 4.000 Km'. Une surface qui couvre la zone pétrolière où l'Angola puise 500.000 barils par jour pendant que la RDC ne produit que 20.000 barils/jour. L'objectif de la RDC est d'entrer dans ses droits et de prendre possession d'une partie de gisements pétroliers de deux blocs exploités par des multinationales pour le compte de l'Angola. Il s'agit de ESSO, ENI et STATROIL. Démarche à laquelle l'Angola s'oppose. D'où le recours à l'arbitrage international.
Entre la RDC et l'Angola, on n'est pas encore au stade de conflit. Mais, le litige est bien pendant. Deux options sont alors envisagées. Négocier à l'amiable avec l'Angola pour établir la zone des 200x20 km ou aller vers la Cour internationale à La Haye pour rétablir la RDC dans ses droits. A Kinshasa, l'option finale ne semble pas définie.

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