Kinshasa — Beaucoup de chercheurs reconnaissent que le Nil continue d'être au coeur d'un conflit sur le partage de ses eaux. D'autant que l'Egypte, qui se prévaut de la paternité du fleuve porte-bonheur, n'a pas vu d'un bon oeil l'accord-cadre signé début mai par quelques pays du bassin du Nil.
En effet, l'Ethiopie, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie ont signé un accord-cadre de coopération sur l'utilisation de l'eau du Nil. Le Caire a pris cela pour un camouflet dans la mesure où ce nouveau vent vise à changer ses quotas d'eau en tant que puissance dominante du bassin du Nil.
Il s'adjugeait jusque-là de 48 km' contre 4 km3 pour le Soudan. Obtenus aux termes de l'Accord signé en 1926 avec Londres et qui fut remplacé par le traité de 1959 accordant à l'Égypte 55,5 milliards m' (75,7 % du débit du Nil) et au Soudan 18,5 milliards m' (24,3%).
Les 5 signataires ne voudraient plus que le Nil ne soit que l'affaire des seuls Egypte et Soudan dont les divergences et les convergences sur la question datent de longtemps.
Accrochage au principe de « droits historiques» sur l'essentiel des eaux du Nil, l'Egypte a lancé une diplomatie intensive avec les pays du bassin du Nil de sorte à préserver ses revendications. Le week-end, le président Moubarak a conféré son homologue congolais Joseph Kabila et le Premier ministre kényan Raïla Odinga. Selon Joseph Kabila, cité par la presse égyptienne, Kinshasa n'endommagerait pas les intérêts égyptiens pour l'eau du Nil. Toutefois, il estime que tous les accords relatifs au bassin du Nil doivent être approuvés à l'unanimité et doivent se conformer aux intérêts mutuels des pays en amont et en aval sans nuire aux parties concernées.
Il reste vrai que les pays en amont, dont ceux des Grands Lacs, voudraient profiter davantage d'eau pour des projets de développement. Au grand désarroi de l'Égypte. Ces derniers envisagent d'irriguer à moyen terme près de 2,9 millions d'ha et 4,5 millions d'ici 10 à 15 ans. Cela à partir de surfaces insignifiantes en 1980 et encore peu étendues en 1997.
Frédéric LASSERRE, Professeur adjoint au département de géographie, Université Laval, Québec, est d'avis qu'une entente négociée entre les 10 pays du bassin versant, et régissant les usages de l'ensemble des eaux du Nil, n'est pas pour demain.
« La prochaine guerre dans la région [serait] sur les eaux du Nil ». Cette déclaration faite en 1987 par Boutros Boutros Ghali, alors ministre égyptien des Affaires étrangères, devenu plus tard secrétaire général de l'ONU, est une prophétie qui risque de prendre corps en ce siècle marqué par la mondialisation. Cette guerre ne concerne pas que l'Afrique mais également tous les continents dont les besoins croissants en eau ne sont plus un mystère. Il paraphrasait presque le président Sadate qui, un an plus tôt affirmait que « le seul facteur qui pourrait déclencher la guerre ».

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