La caravane de l'intégration africaine poursuit son bonhomme de chemin. Malgré ses nombreuses difficultés, elle a atteint Conakry, capitale de la République de Guinée à son 18e jour le samedi 29 mai dernier à 22 heures. Auparavant elle a sillonné la Gambie et la Guinée Bissau.
Reportage- Conakry accueille la caravane de l'intégration dans un air de campagne électorale. C'est à partir de Boké que la caravane a commencé à se frotter à cet atmosphère de la campagne électorale pour la présidentielle du 27 juin prochain. Le samedi 29 mai 2010, la caravane est témoin de l'arrivée du candidat Cellou Dalein Diallo dans la localité. Plusieurs centaines de motocyclistes arrivent en un convoi, s'adonnant à de folles et dangereuses accrobaties, dans un tintamare de klaxons. Le spectacle est époustouflant.
De jeunes garçons et filles, à trois ou à quatre sur une seule moto, prennent le risque de danser, au moment où roulent les engins de la "mort". C'est la folie, la fièvre électorale qui prend un peuple épris de liberté et de démocratie. Les curieux accourent de tous les coins de la ville pour se positionner le long de la route et observer le passage du convoi du candidat de l'Union des Forces Démocratiques de Guinée (Ufdg). Un petit moment pour oublier le drame de la veille.
Le premier accident de la caravane
En effet, le vendredi 28 mai 2010 au soir, la caravane avait enregistré son premier accident. Le minibus immatriculé X-5838-MD préposé au transport des cuisiniers s'est renversé à la descente d'une montagne dans un virage à un kilomètre avant le pont du village de Kampama Thiangui, à près de 40 kilomètres de Boké. L'accident s'est produit un peu avant 19 heures 30 minutes avec un bilan de trois blessés : Diémé, le chef cuisinier s'est retrouvé avec une côte fissuré, Faye, un jeune cuisinier s'en tire avec un traumatisme à la jambe, alors que Bouba Ali Sèye soufre du même mal au cou. La caravane arrive à Hamdallahi, à 5 km de Boké, à 21 heures 04 minutes, et était obligée d'attendre car le reste du convoi ne suivait pas à cause de l'accident. Les autres caravaniers à bord d'autres véhicules qui roulaient derrière ont secouru les victimes qui sont transportées d'urgence à l'hôpital de Boké. Le chauffeur du véhicule, Samba Samaké, n'a même pas une égratignure.
L'escalade des montagnes engagé
Plusieurs kilomètres après Koumbia, le convoi de la caravane avait engagé une folle montée, l'esclade d'une montagne de plus de 1000 mètres d'altitude. Assis derrière Diabaté notre chauffeur, jetant un coup d'oeil à gauche par la fenêtre pour contempler la beauté de ce paysage resté à l'Etat de nature, j'ai aperçu en contrebas, à près d'un kilomètre de nous, les camions de la caravane qui engageaient à leur tour la folle montée vers le sommet de la montagne, sous un nuage de poussières. A la suite de la descente de cette montagne, plusieurs kilomètres plus loin, c'est le même exercice. Il fallait atteindre le sommet d'une autre montagne, en montant en spirale, ou en "S". Ensuite descendre, rouler et monter. Encore, et encore. Mais un peu après 20 heures 30 minutes, notre chauffeur a commencé à s'inquiéter. Il avait senti qu'il y avait quelque chose, et avait déjà commencé à envoyer des signaux, à faire des appels de phares en direction du chauffeur du bus devant nous. Malheureusement, celui-ci n'a pas suivi. Il avait devant lui deux 4 x 4 et une L 200 qu'il poursuivait dans la chaleur de la nuit.
Piste cahoteux, nids de poules annoncent la couleur
Quand la caravane a pris la route à 12 heures 05 minutes à Gabou le jeudi 27 mai en Guinée Bissau pour se rendre à la frontière avec la République de Guinée, le trajet pénible de 67 km de piste parsemée de nids de poules annonçait déjà la couleur. Le parcours est dans le même état de Kandika à Koundara, de Sambaïlo à Sarréboïdo, un village entouré par une ceinture de montagnes. Le Mont Badiar à Marou, dans la préfecture de Koundara s'impose par sa beauté. Il culmine à plus de 300 m d'altitude avec une architecture exceptionnelle. Les dalles superposées de pierres qui le composent démontrent la majestuosité du Seigneur Dieu, Créateur des mondes.
Trois faits majeurs sautent à l'oeil de l'étranger. Cinquante deux ans après l'indépendance, la République de Guinée n'a pas réussi à maîtriser son réseau routier. Koundara, un gros village de plus de 300 000 âmes est éclairé par un groupe électrogène de 19 à 00 heures. Il n'y a pas d'électricité le jour. En plus, il n'y a pas de connection internet, ni de couverture téléphonique (Gsm). Après Kiffaya et Bensané, la caravane arrive dans la circonscription de Coinsitel au virage Séguélé (plus connu sous l'appellation virage Danger) où s'est fraîchement affessé un camion chargé de bidons. Sa position dangereuse fait de lui un barrage pour les véhicules. Après le passage des petits véhicules, les trois camions de la caravane étaient obligés de passer par une voie de contournement cahoteuse montrée par l'apprenti du camion accidenté.
La folie des frontières
Auparavant, en quittant Kaolack le mercredi 18 mai dernier pour rejoindre Ziguinchor par la transgambienne, les caravaniers ne savaient pas qu'ils allaient passer l'une des journées les plus longues de cette aventure en rentrant en Gambie par le poste frontalier de Keur Ayib. Arrivés à 10 heures 35 minutes, ils passent plus d'une heure entre Keur Ayip et Farafenni. Le directoire de la caravane était même obligé de payer près de 100 000 FCfa pour la traversée pour les véhicules et les passagers. Il fallait impérativement passer par un pont bascule, faire peser les véhicules, et payer de facto le montant fixé.
Pire, toutes les places de tous les véhicules ont été payées. Le comble a eu lieu à Yeli Tenda à la traversée du bac. La caravane y a presque passé toute la journée. Ce n'est qu'après 17 heures que les derniers véhicules du convoi ont été embarqués pour traverser le fleuve Gambie. Un membre du directoire de la caravane écoeuré s'indigne après plusieurs heures passées sous le soleil accablant. "Ceci est inadmissible. C'est un retard. Comment peut-on au 21e siècle procéder de la sorte ? Pourquoi la Gambie refuse-t-elle le pont sur le fleuve ? Il suffirait tout simplement d'imposer un péage aux véhicules qui passent et le problème est réglé", déclare-t-il.
Point de traversée du fleuve Gambie, un haut de corruption
Plusieurs dizaines de camions sont rangées sur le bord de la piste qui mène au ferry. Les nerfs sont tendus. Chaque chauffeur veut passer le premier. La chaleur est insupportable. Elle est à la longue suffocante. Ce point de passage est un haut lieu de corruption. Un responsable d'un âge avancé, au teint noir, habillé d'un ensemble en kaki, préposé au passage des véhicules, exige du Colonel "Embarquez" une rétribution pour faire passer les véhicules du convoi qui n'avaient pas la priorité.
Arrivés à Soma, le convoi est encore retenu par la Douane et la Police d'immigration. Voilà des situations qui bloquent l'intégration africaine et les politiques le savent bien. Ce qui est une entrave à la libre circulation des personnes et des biens. Après Soma, au poste frontalier entre la Gambie et le Sénégal, la Police arrête encore la caravane en cherchant un autre moyen de l'incriminer. N'eût été le courage du Maréchal des Logis Chef Samba de la Gendarmerie venu accueillir la caravane pour la conduire sous escorte à Ziguinchor, elle aurait encore souffert le martyr. La Gendarmerie sécurise la caravane
La Gendarmerie sénégalaise a bien pris en main la caravane pour la conduire à Ziguinchor en toute sécurité. Deux L 200, une devant avec des gendarmes bien armés et munis d'une lance-rocket, une autre sur laquelle se trouvait la redoutable 12 mm 7 fermait le convoi. Tout au long du parcours, il y avait des barrages militaires, des cantonnements, des positions destinées à sécuriser les villages, les véhicules et les passagers qui voyagent dans la zone. Au crépuscule, un silence de cathédrale hante la forêt. Un peu après 21 heures, le convoi arrive à Bignona, puis à Tobor où plusieurs vieilles femmes se sont retrouve au pied du pont, couchées ou assises à même le sol, chantant dans leur langue.
En traversant le pont Emile Badiane, Ziguinchor se présente aux caravaniers qui aperçoivent à leur droite son port ancien et l'usine de la Suneor. On retrouve d'autres vieilles dames à la descente du pont Emile Badiane. C'est un rituel culturel local, nous a-t-on expliqué à notre arrivée quelques minutes plutard à la Gouvernance. Après deux nuits passées à Ziguinchor, la caravane met le cap sur la Gambie le vendredi 21 mai 2010 sous escorte de la Gendarmerie qui l'accompagne jusqu'à Séléti. Après avoir rempli les formalités frontlières à la Police et à la Douane, la caravane regagne Giboroh où l'attendent les autorités gambiennes. Al Hajji Momodou Joof, Adjoint au Directeur général de la Radiodiffusion Télévision gambienne (Grts), accompagné de l'adjoint au Secrétaire général du ministère de la communication, du représentant du Gouverneur de Brikama, et des autorités policières et douanières, a chaleureusement accueilli la caravane escortée par la Police jusqu'à Sarge's Hôtel (ex Tafbel) situé à Kololi.
Visite à Kanilai
Ce ne sont pas les expressions culturelles qui auront manqué pour entretenir la caravane de l'intégration. Son Excellence Sheik Professor Doctor Yayah Ajj Jammeh, (sa nouvelle appellation) a bien joué sa partition en invitant les caravaniers à son village natal pour assister au lancement de la 5e édition du festival culturel international de Kanilai le samedi 22 mai dernier. Partie de Kololi à 13 heures sous escorte policière, la caravane arrive à 14 heures 50 minutes à Kanilai ce petit village traditionnel qui est en train d'être modernisé par le Sheik Président. Kanilai refuse déjà du monde à notre arrivée. Partout dans les rues du village c'est la grande affluence. Les militaires quadrillent le village et se confondent aux festivaliers.
Les caravaniers sont conduits à l'hôtel Sindola (propriété du Sheik Président) avant d'aller au mini stadium où doit s'effectuer le lancement officiel du festival. Dans le complexe, c'est la tohue bohue. Le vacarme des clameurs et des différents rythmes de musique traditionnelle s'opposent aux sons de la musique moderne distillée à partir d'une estrade qui fait face à la tribune officielle. Deux autres tribunes faisant face à face des deux côtés de la tribune officielle sont pleines à craquer. Dans l'une d'elle, le groupe Diamoral du Fogny dans le département d'Oussouye donne du rythme. Au même moment, les Diolas font détoner des coups de canon, innondant ainsi la foule par une fumée blanchâtre emportée par le vent.
La délégation de la République de Guinée impressionne par la performance de ses trois danseurs habillés en "Thiaya" (grands pantalons bouffants), pratiquant la danse des airs. Ensemble, ils se retournent périlleusement par derrière, au rythme du tam-tam. Ils tiennent les caravaniers en haleine jusqu'à l'arrivée à 17 heures 50 minutes de la vice présidente Isatou Njie-Saidy qui prend place à la tribune officielle. Quelques minutes plus tard, Koffi Agbobo, star nigériane du film arrive sous escorte militaire accompagné d'une forte délégation. De petite taille, moins d'un mètre, il est habillé en chemise noire, d'un jean le tout surmonté d'une casquette de la même couleur.
Sheik Professor Doctor Yayah Ajj Jammeh s'embourbe
A 18 heures 20 minutes, Sheik Professor Doctor Yayah Ajj Jammeh arrive à bord d'une Jeep 4 X 4 qu'il conduit lui-même. Il s'embourbe à hauteur de l'estrade face à la tribune officielle pendant près de trois minutes. Ses gardes rapprochées le suivant au trot se tiennent en respect. Après coup, le Sheik chapelet en main fait le tour du mini stadium avant de s'installer à son tour à la tribune officielle où les officiels se ruent vers lui pour lui serrer la main. Il y a même un parmi eux qui a glissé dans sa précipitation. Le culte de l'homme est bien entretenu. Tout de blanc vêtu, au style de Sékou Touré, avec un grand boubou et chéchia blancs, Jammeh tient sa canne légendaire. Le maître de cérémonie annonce qu'il y a 85 troupes culturelles africaines à la 5e édition du festival de Kanilai pour dire que c'est un évènement pour l'intégration africaine. Le festival regroupe des ressortissants de la Gambie, du Sénégal, de la Mauritanie, de la Guinée Bissau, de la République de Guinée, de la Sierra Leone, du Mali, du Nigéria et du Vénézuela.
Les barrières culturelles, un obstacle à la paix
Dans son adresse aux festivaliers, Sheik Professor Doctor Jammeh souligne que "les problèmes du monde sont caractérisés par les barrières culturelles qui constituent un blocage à la paix". Selon lui, "l'objectif du festival de Kanilai est de cultiver la paix, de promouvoir la justice et l'équité, dans le but de léguer un monde paisible aux futures générations". A la suite de son discours, les différentes délégations ont défilé sur la pelouse du mini stadium pour ensuite faire une introduction de leurs spectacles culturels. Malheureusement, les caravaniers comme convenu n'ont pas pu rencontrer Sheik Professor Doctor Al Hajji Yayah Ajj Jammeh qui les a tout de même cités dans son discours d'ouverture du festival.
Le lundi 24 mai à 9 heures 30 minutes la caravane a repris la route en direction de Guinée Bissau. La Police gambienne la raccompagne jusqu'à Giboroh. En arrivant à Séléti, les caravaniers sont surpris de ne pas trouver une escorte de la Gendarmerie sur place pour les sécuriser encore jusqu'à la frontière avec la Guinée Bissau. La caravane bute sur un barrage
Pour cette raison précise la caravane a eu du mal à rouler convenablement. Un peu avant Baïla, des douaniers arrêtent la caravane et demandent un papier officiel, un ordre de mission par exemple qui explique l'objectif de ce convoi de plus de dix véhicules. Il fallait encore négocier, discuter, parler, décliner l'objectif de cette mission pour passer. Les ennuis ne faisaient alors que commencer. La caravane risquait de s'arrêter à tous les barrages militaires...

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