Avec à leur tête un commissaire divisionnaire de police, les responsables d'Elections Cameroon (Elecam) dans la Région de l'Est, ont été installés le 8 juin sur fond de scepticisme sur la crédibilité de cette structure.
Quoique Bertoua compte d'autres salles mieux indiquées pour ce type de cérémonie, c'est dans l'exiguïté de la salle des conférences de la Caisse nationale de prévoyance sociale, Agence régionale de l'Est, qu'a eu lieu l'installation de la quarantaine de responsables d'Elecam pour l'Est, entourés des membres de leurs familles et en présence de nombreux invités. Ce qui pourrait confirmer le peu d'expérience organisationnelle que l'on prête aux personnes chargées d'animer cette structure dans la Région.
Toujours est-il que c'est dans cette fournaise que M. Samba Dieudonné, le Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Bertoua, a le premier pris la parole, pour souhaiter la bienvenue à la délégation conduite par M. Mohaman Sani Tanimou, le directeur général d'Elecam. En sa qualité d'ancien sous-préfet, il a souhaité « beaucoup de courage aux heureux élus du jour » car, dit-il, « l'organisation d'une élection n'est pas chose facile ».
Et M. Samba Dieudonné ne croyait pas si bien dire car, au-delà des missions à eux assignées et réitérées au cours de cette cérémonie par M. Mohaman Sani Tanimou, force est de reconnaître qu'à l'image de leurs collègues des instances dirigeantes de la structure désormais chargée d'organiser les élections au Cameroun, la plupart des responsables locaux auront du mal à se défaire de leur étiquette d'anciens responsables du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, parti au pouvoir), certains ayant même joué des rôles importants dans le maintien de l'Est dans l'escarcelle du parti au pouvoir lors des élections passées tandis que d'autres faisaient partie des responsables locaux de l'Organisation nationale des élections (Onel) qui a précédé Elecam. .
Les premiers doutes pèsent déjà sur la neutralité du tout nouveau délégué régional d'Elecam, le commissaire divisionnaire de police, Bandibeno Gabriel, dont la nomination a surpris plus d'un, du fait de sa longue appartenance à un corps qui défend les intérêts de l'Etat représenté par le Rdpc. Au point où, le lendemain de la signature de ce texte, notre confrère « Le Messager », sous la plume de Jacques Doo Bell, écrivait : « cette présence du commissaire de police Bandibeno Gabriel donne froid au dos, lui qui était au centre d'une grossière cabale contre Blaise Pascal Talla, le promoteur de Jeune Afrique Economie dans la mouvance du dernier congrès ordinaire de l'Unc (Union nationale camerounaise, ex parti au pouvoir) à Bafoussam en 1980. Ce n'est qu'un petit détail historique. Mais un détail de taille ».
A ce scepticisme qui entoure sa nomination et à l'objectivité dont devraient être empreintes ses activités futures, M. Bandibeno Gabriel soutient que le fait que son nom figure dans la décision n° 000090/Elecam/Dge du 10 novembre 2009, portant nomination de certains délégués régionaux dans les démembrements territoriaux d'Elections Cameroon (Elecam) se justifie par sa lutte pour la promotion des droits de l'homme et de sa désormais reconversion en chrétien « Eglise réveillée » dont il est l'un des pasteurs. L'ancien responsable de la discipline à la Délégation générale à la Sûreté nationale, aura d'ailleurs obtenu un prix pour son combat dans le domaine de la lutte pour la dignité humaine.
Un regard en profondeur ressort que la nomination des responsables locaux d'Elecam a soit de fortes accointances avec des barons du Rdpc, certains avec des maires ou des députés de ce parti dont on notait la présence massive à cet évènement, soit une forte odeur de refuge pour anciens grands fonctionnaires à la retraite ou encore sert de tremplin à de jeunes diplômés longtemps au chômage. Et le délégué régional ne l'a pas nié, lui qui au cours d'un entretien avec le reporter de « Repères », avouait qu'« il fallait trouver du travail aux jeunes ». Traduction, « Elecam est plus perçu comme un débouché et une vache à lait, qu'un organe qui devrait dégager transparence, neutralité et objectivité ».
A ce sujet, il se murmure que la plupart des locaux loués par Elecam dans les communes sont les propriétés des maires ou de leurs parents si ce n'est carrément pas celles des personnels d'Elecam qui tombent là sous le coup du délit d'initié comme à Doumé où l'antenne communale se retrouve dans le domicile du chef d'agence départementale. Il se murmurait d'ailleurs au cours de cette cérémonie, pour appuyer ces soupçons de fraude en préparation, que des chefs d'antennes communales auraient été priées de rencontrer leurs maires pour recevoir d'eux des participations pour la réception qu'ils devaient organiser.
Conséquence, on s'attend à ce que l'Est soit toujours « tenu par le Rdpc » surtout que « l'objectivité ne se mesure que face à plusieurs choix. Or, ici chez nous, remarque, hilare, un responsable politique, il n'y a qu'un seul choix à faire. » Difficile donc pour ces personnels de « ne recevoir d'injonction d'où qu'elle vienne » et d'« oublier les récentes appartenances aux partis politiques » quand on voyait la dévotion avec laquelle la plupart saluaient les autorités administratives présentes à cette cérémonie.
Tout se complique au niveau communal où, en conformité avec les récents aménagements de la loi créant Elecam, les élections seront organisées par des équipes mixtes dans lesquelles se trouveront encore des sous-préfets. Même si le directeur général d'Elecam a rassuré les chefs d'antennes communales sur l'éventualité pour eux de présider ces équipes, on se demande bien comment un ancien chômeur pourrait s'opposer au sous-préfet qu'il vénérait il n'y a pas longtemps.
De là à penser qu'Elecam n'a pas sa place ici, certains n'hésitent pas à le faire, alors que d'autres pensent qu'il faut donner sa chance à cette cuvée, d'entrer dans l'histoire par « l'organisation parfaite et sans faille des futures consultations électorales ». Une chose qui sera difficile car en confiant l'institution à ce genre de personnages, l'administration favorable au Rdpc pourrait conserver une grande marge de manoeuvre sur les décisions qu'Elecam sera appelé à prendre.
Pourtant, la mise en place d'un organe électoral indépendant a longtemps animé le débat politique au Cameroun. L'opposition, à tort ou à raison, a souvent dénoncé la partialité de l'administration, surtout l'action des sous-préfets, accusés de manipulations sur les listes électorales et de falsification des procès verbaux consignant les dépouillements des élections. En instituant Elecam, l'Etat du Cameroun voulait répondre aux préoccupations d'une opposition qui, appuyée par la communauté internationale, revendiquait une plus grande impartialité dans la gestion des élections.
Si théoriquement l'institution a des compétences élargies dans le domaine, on relève tout de même que dans les faits, elle est jeune et inexpérimentée, et surtout, elle est appelée à gérer, pour son baptême de feu, une élection présidentielle. Ajouté à cela, le rapport étroit entre les membres d'Elecam et le parti au pouvoir, cela en fait un peu trop, selon certains observateurs qui parlent de « soupçons de préparation de fraude » et d'« attentes déçues ».
Mais, à Elecam, on dit qu'« on doit juger le maçon au pied du mur » même si ce mur tarde à être construit. Et l'on comprend que c'est parce qu'Elecam ne maîtrise pas le calendrier électoral du pays.
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