Le "dossier coton" est devenu un test décisif pour la "dimension de développement" des négociations commerciales languissantes du Cycle de Doha, a reconnu le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy.
Cet aveu est intervenu à travers un fax transmis aux envoyés du commerce avant la réunion sur le mécanisme de consultation sur le coton, le 7 juin au siège de l'OMC à Genève. Son message a encouragé les envoyés à oeuvrer à la réussite du Cycle de Doha.
Le "dossier coton" se réfère aux subventions à effet de distorsion sur les échanges accordées à la culture du coton par les pays riches, en particulier les États-Unis, qui créent des dommages au commerce du coton des pays ouest-africains producteurs de coton: le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad (les pays du C4 ou le C4).
Le dossier comprend également l'aide au développement pour les pauvres producteurs de coton de ces pays.
La rencontre du 7 juin, tenue à huis clos, a été apparemment convoquée pour que certains pays transmettent le message selon lequel l'aide au développement du coton avance rapidement; mais les Etats africains ont encore insisté sur le fait que des solutions sont nécessaires pour résoudre les problèmes qui minent le commerce du coton.
"Bien que nous apprécions la fourniture d'une assistance technique et d'un renforcement des capacités des pays développés et des pays en développement, les subventions continues aux producteurs et aux exportateurs de coton des pays riches sont à l'origine des dommages irréparables aux agriculteurs africains", a déclaré à IPS Matern Yakobo Christian Lumbanga de la Tanzanie.
Bien qu'on ait accordé une priorité à la question du coton, soulevée par les pays africains à la rencontre des ministres organisée par l'OMC à Cancun en 2003, cette dernière a presque disparu du champ des négociations de Doha - à l'exception de quelques progrès du côté de l'aide au développement du coton.
L'accord-cadre de l'OMC de juillet 2004 et la déclaration des ministres de Hong Kong de 2005 ont chargé les membres de l'OMC d'examiner le commerce du coton "de manière ambitieuse, rapide et spécifique dans les négociations sur l'agriculture par rapport à toutes les politiques qui faussent les échanges dans les trois piliers que constituent l'accès au marché, le soutien interne et la concurrence à l'exportation".
La mission a exigé que les pays développés éliminent toutes les formes de subventions à l'exportation en 2006, fournissent un accès sans droits de douane ni limitation quantitative aux exportations de coton venant des pays les moins avancés (PMA), et s'engagent à des réductions considérables de leurs subventions internes qui faussent les échanges.
"Jusqu'à ce jour, nous sommes encore loin d'atteindre ces objectifs fixés. L'allure actuelle des négociations rend les gens pessimistes au sujet de la clôture imminente du Cycle de Doha", a déclaré le ministre burkinabé du Commerce Léonce Koné dans son allocution aux autres membres de l'OMC à la rencontre du 7 juin.
"Comment pouvons-nous répondre aux préoccupations des millions de nos producteurs de coton et arrêter leur hémorragie financière due aux subventions (des pays riches)?", demanda-t-il.
Malgré la campagne menée ensemble par les C4, on est arrivé à une impasse en raison de la position adoptée par le principal acteur des subventions dans le monde, les Etats-Unis. Washington n'a pas encore donné une proposition alternative à celle suggérée par l'ancien président des négociations sur l'agriculture de Doha, Crawford Falconer de la Nouvelle Zélande.
Dans le dernier projet de texte, Falconer a proposé une formule pour réduire les subventions commerciales internes au coton qui faussent les échanges. Selon cette formule, les Etats-Unis devraient réduire de plus de 75 pour cent leurs subventions au coton, estimées à environ deux milliards de dollars au profit de quelque 2500 agriculteurs.
Les États-Unis ont promis qu'ils présenteraient une proposition alternative pour indiquer jusqu'où doit s'étendre le niveau d'engagement pour la réduction des subventions au coton. A l'exception des États-Unis, presque tous les autres membres de l'OMC sont provisoirement d'accord avec la proposition de Falconer.
Par la suite, Falconer a tenu une série de réunions avec les États-Unis, l'Union européenne, le Brésil et le C4 pour parvenir à un accord. Mais ses consultations n'ont pas débouché sur des résultats significatifs.
David Walker, l'actuel président des négociations sur l'agriculture et remplaçant originaire de la Nouvelle Zélande de Falconer, a démarré son mandat l'année passée avec le coton comme question prioritaire. Il a informé les membres qu'il a reçu une proposition du C4 et a indiqué qu'elle n'était pas acceptable pour certains pays qu'il n'a pas nommés.
"La principale pierre d'achoppement pour résoudre la question du coton, ce sont les Etats-Unis qui ne sont ni prêts à accepter des propositions de compromis ni à déposer leur offre alternative", a déclaré un envoyé du commerce d'un pays en développement qui a requis l'anonymat en raison de la nature sensible de la question.
IPS a appris, de sources dignes de foi, que pendant la réunion du 7 juin, Walker a sincèrement reconnu qu'il n'y a eu aucun progrès sur la question du coton et que ses consultations n'ont débouché sur aucun changement. Il a exprimé sa déception sur l'impasse qui continue.
En privé, des négociateurs du commerce qui sont au courant des négociations sur l'agriculture de Doha ont maintenu que la question de coton à été mise en veilleuse par rapport à d'autres questions.
Les pays africains sont conscients qu'il n'y aura pas de solution au dilemme du coton tant que les États-Unis s'en tiendront à leur position rigide, soutenue par leur puissant lobby agricole de coton au niveau national.
Bien qu'ils soient partie prenante à l'accord cadre de 2004 et à la déclaration des ministres de Hong Kong de 2005, les Etats-Unis ont maintenu que la solution au coton dépend du progrès dans tous les domaines des négociations sur l'agriculture de Doha. Cette position veut dire que les Etats-Unis ont tourné leur dos à la mission sur le coton de Doha, déclarent certains diplomates en matière commerciale.
Mais le C4 a un supporter en la personne du Dr Supachai Panitchpakdi, secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED): "Le coton est la seule question la plus importante pour les pays les moins avancés en Afrique", a-t-il déclaré à IPS. Pour lui, "la demande des pays africains pour un accord immédiat sur le coton dans le Cycle de Doha est raisonnable parce que c'est une question vitale".

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