Kinshasa — La présence internationale au Congo est astreignante et se caractérise par sa constance dans le temps et sa grande ambiguïté. Elle s'explique très prosaïquement par la convoitise des richesses naturelles du Congo. Lequel est un pays pauvre pour ses habitants : aujourd'hui, on peut encore souffrir de malnutrition à Kinshasa, capitale de la RDC. Mais c'est un pays doté d'un sous-sol extrêmement riche en minerais et éléments rares (coltan, cuivre, cassitérite, cobalt, or, uranium, etc). Il n'y a pas de fatalité à la pauvreté du Congo, il n'a simplement jamais été en mesure de contrôler et d'exploiter, à son profit, ses immenses ressources naturelles.
L'exploitation du Congo, son pillage, a commencé avec la colonisation belge, de 1885 à 1960. Une colonisation lamentable qui laissa le Congo, en 1960, dépourvu de toute infrastructure viable.
Avec l'indépendance du Congo, le 30 juin 1960, l'arrivée au pouvoir du leader nationaliste Patrice Lumumba a été immédiatement perçue par les Occidentaux comme une menace pesant sur leurs intérêts économiques et géostratégiques. On connaît la suite et la fin : les Belges firent assassiner Lumumba le 17 janvier 1961 avec l'aval des États-Unis et la complicité de l'ONU.
Premier théâtre africain de l'affrontement idéologique Est-Ouest, c'est avec l'assassinat de son premier ministre que le Congo entra dans l'ère des relations internationales et dans le camp occidental. S'ensuivit une longue période d'asservissement avec Mobutu, jusqu'en 1997. Après l'effondrement de l'URSS, les États-Unis, devenus le « gendarme du monde » revinrent sur la scène congolaise en 1996 et « lâchèrent » Mobutu, vestige de la guerre froide, et qui, pour Washington, avait perdu sa crédibilité internationale pour n'avoir pu empêcher ni le génocide rwandais de 1994 ni l'embrasement de toute la région. C'est le président ougandais Museveni qui hérita du leadership régional et Kagamé, nouvel homme fort du Rwanda, qui devint le partenaire privilégié des États-Unis.
Après le 11 septembre 2001, tout à leur combat contre Al-Qaïda et à leur guerre en Irak, les États-Unis ont paru se désintéresser de la crise congolaise, sans jamais cesser d'apporter leur soutien au Rwanda, l'ombre du génocide conférant à ce pays une sorte d'impunité. À l'issue de la crise des Grands Lacs et des conflits congolais le Rwanda a acquis une stature de puissance régionale quasi-hégémonique et exerce dans l'Est du Congo un poids décisif. Petit pays dépourvu de ressources naturelles, à forte densité de population sur un territoire exigu, le Rwanda considère le Kivu, province congolaise limitrophe, comme une zone naturelle d'expansion économique. Il s'y livre au pillage systématique des ressources, notamment du coltan, ravitaillant ainsi son économie, entretenant et armant des milices comme celle de Nkunda, un tutsi congolais faisant office, au Kivu, de bouclier du régime rwandais à prédominance tutsie et agissant comme intermédiaire dans le transfert des ressources pillées dont, comme en témoignent 3 rapports d'experts de l'Onu, les bénéficiaires in fine sont des pays occidentaux, parmi lesquels la Belgique, la France et le Royaume-Uni. Cette sous-traitance assure l'impunité au Rwanda et lui permet de bénéficier d'immenses ressources financières mises à sa disposition par les bailleurs de fonds occidentaux au premier rang desquels figure l'Union européenne.
Si le Rwanda peut se permettre d'affirmer ouvertement son intention de balkaniser le Congo et de placer un allié stratégique au pouvoir en RDC, - Nkunda ne vient-il pas de transformer sa milice armée en « « mouvement de libération du Congo » et d'appeler à la chute du pouvoir en place à Kinshasa ? - c'est que la « communauté internationale », c'est-à-dire les pays occidentaux, y consent, par résignation, par impuissance, par indifférence ou par calcul, ajoutant à l'ambiguïté de sa présence au Congo.
Ambiguë, la première intervention de l'Onu au Congo, en 1960-1961, l'était déjà. Ambiguë l'est aussi la réaction du Conseil de sécurité de l'Onu pendant les conflits congolais, de 1996 à 2002, quasi-inexistante, ou en tous cas très légaliste, toujours postérieure aux évènements, jusqu'à la signature de l'accord de paix « global et inclusif » de Pretoria, le 17 décembre 2002 entre toutes les factions politico-ethnico-militaires congolaises et le gouvernement congolais de transition.
UNE DEMOCRATIE REPRESENTATIVE A L'OCCIDENTALE
Aujourd'hui forte de près de 18000 casques bleus et dotée d'un budget annuel de 1,3 milliards de dollars, la Mission d'Observation de l'Onu pour le Congo (Monuc) a démontré son inefficacité sur le plan militaire, incapable de réduire à l'impuissance la bande armée - 2 à 4 000 soudards - de Nkunda qui à rouvert les hostilités au Kivu, avec l'appui de l'armée du Rwanda depuis le 28 août 2008 et ce, au mépris de l'accord de paix signé à Goma le 23 janvier 2008.
S'étant chargé, en concurrence avec l'Union européenne et ses missions EUFOR RD CONGO et EUPOL RD CONGO, de la réforme du secteur de sécurité qui concerne l'armée et la police congolaises, la MONUC est loin d'avoir rempli sa mission, les FARDC étant toujours bien trop faibles en nombre, impréparées au combat et ne faisant pas le poids face à Nkunda. La communauté internationale n'a, en fait, réussi qu'à faire de la RDC une démocratie représentative à l'occidentale en consacrant 500 millions de dollars aux différentes phases du processus électoral congolais, couronné de succès avec l'élection en octobre 2006 du président Joseph Kabila. Même sur ce plan, l'ambiguïté demeure : comment pérenniser cette démocratie balbutiante ? Qui assumera la charge et le coût des élections suivantes qui se profilent à l'horizon 2011 ?
En tolérant le protectorat rwandais de fait au Kivu, quel sens donner à l'acharnement de la communauté internationale à vouloir faire du Congo une démocratie à l'occidentale sans permettre à l'Etat congolais d'exercer son autorité régalienne sur l'ensemble du territoire sinon, peut-être, pour tenter de moraliser une pratique continue de contrats commerciaux non-éthiques, dépouillant le Congo au profit des firmes multinationales occidentales (canadiennes, américaines, belges, israéliennes essentiellement) ? La réforme du code minier imposée par la Banque mondiale en 2002 et le dépeçage de la société minière nationale Gécamines puis le bradage de ses actifs miniers en sont les exemples les plus notoires.
Aujourd'hui, avec la percée de la Chine en Afrique, la RDC est redevenue un terrain de compétition entre des puissances aux intérêts divergents. C'est peut-être le bon moment pour la RDC de choisir, enfin, son destin. La Chine respecte la souveraineté des Etats africains, elle est exempte de toute posture néo-colonialiste et ne s'embarrasse pas de discours irritants sur la « bonne gouvernance » telle que la Belgique s'est permise d'en tenir très récemment vis-à-vis du Congo ou la France, en janvier 2008 par la voix de l'ancien secrétaire d'État français à la coopération, à l'égard de ses anciennes colonies. Pragmatiques, la Chine et la RDC mettent en place, depuis novembre 2007, une autre logique de coopération économique qui obligera les Occidentaux à repenser leur politique désastreuse à l'égard du Congo. Sans pour autant s'inféoder à la Chine et à se laisser transformer en libre-service minier, c'est au Congo qu'il appartient de savoir tirer le bénéfice de la concurrence entre la Chine et l'Occident affaibli par la crise actuelle du capitalisme financier et dont la présence et l'action au Congo, depuis le 19ème siècle, ont démontré le cynisme. C'est la condition pour le Congo d'entrer, enfin souverain, dans l'histoire des relations internationales.

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