La Tribune (Algiers)

Afrique du Sud: Un Mondial à deux vitesses

Ceux qui reviennent du pays de l'Arc-en-ciel sont aujourd'hui convaincus de la pauvreté et de la misère vécue par les Sud-Africains, notamment les Noirs, même si l'apartheid a été aboli. Un autre apartheid a vu le jour. Celui de la discrimination, des droits bafoués, du chômage, de la pauvreté et de la panade, de la prostitution devenue endémique.

Lorsqu'ils ont appris que leur pays avait été tiré au sort pour l'organisation de la plus grande manifestation sportive mondiale, ils étaient aux anges. Plus de 300 000 étrangers allaient séjourner dans les différentes villes où se dérouleraient les matchs et ce, pendant tout un mois. Une aubaine pour le tourisme, les commerces et autres services, mais aussi pour la population qui pensait qu'elle allait en tirer profit.

Le gouvernement sud-africain a dépensé 5 milliards de dollars pour l'organisation de la World Cup (construction de stades et mise en marche du train le plus rapide du monde). Cela sous les yeux de travailleurs qui ne s'expliquaient pas la poursuite des disparités et de la dégradation de leurs conditions de travail, le gouvernement arguant ne pas avoir assez d'argent dans les caisses. Mais il fallait compter sans les traditions de luttes sociales dans ce pays. En effet, le syndicalisme y est très développé aussi bien dans le nord que dans le sud du pays. Les centrales syndicales sont les plus importantes et développées en Afrique. C'est la raison pour laquelle les stadiers qui ont observé la grève ont pu arracher quelques améliorations, tout en exigeant l'élaboration d'une convention collective. Idem pour les agents de sécurité qui n'ont cessé de manifester devant les stades, réclamant une augmentation de salaires, voyant toute la richesse qui se déversait, non à leur profit ni à celui des commerces sud-africains mais plutôt et exclusivement sur la FIFA.

Par ailleurs, le reste de la population continue de tenter de survivre avec les moyens du bord comme la criminalité, la prostitution et autres. Avec un euro par jour, il est évident que même une grande manifestation comme la Coupe du monde n'aura pas d'impact. Le gouvernement devrait en principe attendre un retour d'investissements, mais il n'en est rien. Pourtant, tous les pays se livrent bataille pour l'organisation de la World Cup. En fait, l'effet attendu est plus politique qu'économique, les gouvernements profiteront de ce que le football ressoude les populations, leur permettant d'avoir un répit en matière de revendications sociales.


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