Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Alors que l'anarchie gagne le secteur minier congolais - Cours du cuivre - Hausse à moyen et à long terme

Kinshasa — La RDC ne profitera pas de l'envolée des cours de cuivre sur le marché mondial à cause de l'anarchie qui semble avoir gagné le secteur minier. Pourtant, les experts du secteur, s'inspirant des tendances observées à Shanghai et à Londres, prédisent un tassement de l'offre du fait de la forte demande chinoise. Dans un communiqué diffusé depuis Lubumbashi, l'Asadho invite par conséquent les autorités à s'impliquer pour sauver un secteur en péril.

Le métal rouge revient sur le devant de la scène, lit-on sur le site spécialisé L'édito des matières premières. Ce qui devait faire une aubaine pour l'industrie congolaise de cuivre. Malheureusement, il risque de ne pas en être le cas à cause de nombreux dysfonctionnements qui paralyse l'industrie de cuivre en RDCongo. L'on pensait que la revisitation des contrats miniers, lancé en 2007 allait résoudre le problème. Au contraire, elle en a créé d'autres. Jamais le secteur minier congolais ne s'est aussi mal porté.

Plus de loin de chez nous, en mai, pour la première fois depuis le début de l'année, les stocks de cuivre ont baissé au Shanghai Metal Exchange (SHME), passant de 189.441 tonnes à 157.698 tonnes, soit une baisse de 20%, rapporte la source. Dans le même temps, au London Metal Exchange (LME), les stocks ont reculé de 4% : de 499.300 tonnes, ils sont descendus à 476.725 tonnes, enregistrant ainsi leur troisième recul consécutif depuis mars.

Quant aux prix, après deux mois de glissade ininterrompue, ils se sont mis à remonter aussi bien à Shanghai qu'à Londres, confirme la même source.

METAL PHARE

Tout cela tend à prouver que, en Chine et dans les pays européens, la demande de cuivre est en augmentation. Troisième métal le plus utilisé au monde, le cuivre se trouve à peu près partout : dans le bâtiment (35% de la consommation), les produits électroniques (32%), les équipements industriels (12%), les équipements de transport (11%) et les biens de consommation (10%).

Aussi les économistes en ont-ils fait l'un des principaux indicateurs avancés pour détecter l'orientation de la conjoncture.

Les tendances récemment observées à Shanghai et à Londres laissent-elles présager un début de reprise économique, après la phase aiguë de la crise souveraine ? Ou s'agit-il tout simplement d'un rebond technique ?

D'abord, la baisse des stocks et la remontée des cours à Londres résultent essentiellement de la reprise des exportations européennes, grâce à la dépréciation de l'euro face au dollar. Or, dans un contexte de croissance atone sur le vieux continent, nous ne sommes pas certains que l'amélioration de son activité exportatrice puisse se poursuivre.

Ensuite, les statistiques qui parviennent de l'Empire du Milieu, premier consommateur mondial de cuivre, montrent qu'en 2010 la demande de cuivre y est attendue en hausse de seulement 7%, à 6 millions de tonnes, contre une augmentation de 17% en 2009.

Quant aux importations chinoises, elles ont reculé de 9% en mai par rapport à avril. Un tel fléchissement peut avoir deux explications. D'une part, l'incidence des mesures de resserrement du crédit qui visent à empêcher un développement anarchique des programmes immobiliers. D'autre part, l'effet saisonner du cycle de consommation de cuivre, propre à la Chine.

SAISONNALITE

Pour rappel, les Chinois s'approvisionnent massivement à la sortie de l'hiver, jusqu'à la fin du printemps - c'est ce qui explique la baisse des stocks et le rebond des cours à Shanghai, relève-t-on. Puis ils consomment les stocks ainsi constitués durant le reste de l'année, qui correspond traditionnellement à une période de faible consommation de métal rouge.

Aussi, pour 2010, des spécialistes du secteur ne prédisent pas une envolée des prix, ni une baisse excessive sur le marché du cuivre. Ils pensent que les cours devraient évoluer en dents de scie, dans un contexte dominé par une croissance chinoise que Pékin veut contenir à 8%, de crainte d'une forte inflation, par la faiblesse momentanée de la monnaie unique, qui dope les exportations européennes, mais aussi par la peur de nouvelles crises au sein de la zone euro...

En revanche, deux facteurs plaident pour un rebond durable des cours du cuivre après 2010 et à long terme. D'un côté, l'expansion économique de la Chine qui, reposant sur l'urbanisation et l'industrialisation, rend le pays très gourmand en cuivre. De l'autre, plusieurs experts tablent sur un déficit de l'offre de 185.000 tonnes d'ici à la fin de l'année et évoquent un retournement de tendance qui pourrait être durable.

Pour sa part, l'institut de recherche CRU estime que, d'ici à 2025, la production des mines existantes diminuera en moyenne de 1,7% par an mais que, au cours de la même période, la demande devrait croître de 3,4% par an. Ces prévisions font abstraction de la RDC qui pèse cependant 10% des réserves mondiales prouvées du métal rouge.

ATERMOIEMENTS EN RDC

Alors que le marché mondial se recompose, en RDC, l'industrie cuprifère se trouve presque embrigadée par d'obscurs intérêts. Dans ces conditions, toute forme de décollage du secteur devient incertaine. Les rares opérateurs miniers présents dans le secteur se sont perdus dans les méandres administratifs. Le cas le plus éloquent est celui mettant en cause l'entreprise minière KMT dans l'exploitation des rejets du cuivre à Kolwezi. 2010 était censé être l'année de la phase de production.

Mais, le gouvernement en avait décidé autrement. Depuis le projet se meurt. En janvier 2010, le gouvernement a privilégié un autre partenaire, Highwind Properties pour l'exploitation de ses rejets, avec la création de Metalkol, en remplacement de KMT. Cependant, la bataille pour la mise en valeur des rejets promet d'être longue - le litige se trouvant désormais sur la table de la chambre internationale d'arbitrage de Paris.

Déçues et scandalisées par l'attitude du gouvernement, des organisations de la Société civile du Katanga s'en sont mêlés, principalement l'Association africaine de défense des droits de l'homme (Asadho), section du Katanga.

Dans un communiqué datant du 7 juillet 2010, l'Asadho s'est dit « préoccupée par l'ampleur que prend le contentieux opposant le gouvernement congolais à la multinationale canadienne First Quantum Minerals (FQM).

Eu égard aux nombreuses irrégularités, selon elle, qui ont entouré la création de Metalkol, l'Asadho/Katanga demande notamment au chef de l'Etat « de ne pas ratifier le contrat Metalkol du fait des reproches (Ndlr : l'opacité dans la procédure de sa création) ; de mener des enquêtes internes pour déceler, virer et mettre à la disposition de la justice tous ses collaborateurs qui lui soumettent, pour signature, des conventions minières léonines ou obtenues sur trafic d'influence; et de veiller réellement à l'assainissement du secteur minier congolais ».

En même temps, elle invite l'Assemblée nationale à « diligenter une enquête pour établir les responsabilités dans la signature de ce énième contrat léonin et opaque en recommandant des poursuites judiciaires contre leurs auteurs matériels et intellectuels », espérant voir le gouvernement « mettre en place une véritable politique de réforme de la justice afin d'assurer la sécurité juridique des investissements en RDC. A toutes les entreprises minières qui estiment que « leurs droits sont injustement bafoués par la RDC, dont FQM », l'Asadho les conseille de « se saisir des chambres d'arbitrage international à cause du manque d'indépendance, constaté jusque-là, de la justice congolaise ».

Dans ce secteur minier troublé, il sera difficile pour la RDC de profiter réellement de la bonne conjoncture du cuivre sur le marché mondial.


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