Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: De la Monuc à la Monusco

analyse

Kinshasa — Les enjeux cachés d'une mutation

Voilà la Monuc qui part, remplacée depuis le 1er juillet 2010 par la Monusco avec pour objectif, outre l'observation, le devoir d'aider à la stabilisation de la République démocratique du Congo. Pas tout à fait l'ensemble de la RDC, car son champ d'opération n'inclut en priorité que la partie Est du pays, théâtre d'affrontements récurrents. Derrière la métamorphose de la mission des Nations Unies, il y a bien une raison. Le Conseil de sécurité l'a si bien étalée dans sa résolution du 28 mai 2010. Mais, une radioscopie des tensions qui paralysent l'Est de la RDC oblige à s'interroger sur les enjeux cachés, mais non révélés, de cette mutation de la présence des troupes onusiennes en RDC.

Depuis le 1er juillet 2010, la Mission des Nations Unies au Congo (Monuc) a changé de casquette. Elle évolue désormais sous l'étiquette de la Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation de la République démocratique du Congo (Monusco). Ainsi en a décidé le Conseil de sécurité des Nations Unies dans sa résolution 1925 du 28 mai 2010. Une belle trouvaille certainement !

La résolution spécifie clairement les objectifs assignés à la Monusco, tout en délimitant la durée des opérations. Ainsi, par sa résolution, le Conseil de sécurité « décide que la Monusco sera déployée jusqu'au 30 juin 2011 et l'autorise, à compter jusqu'à cette date, en sus des composantes civile, judiciaire et pénitentiaire appropriées, un effectif maximal de 19.815 soldats, 760 observateurs militaires, 3691 fonctionnaires de police et 1.050 membres d'unités de police constituées ». Avec ces effectifs, héritage de la Monuc, la Monusco s'est vue autoriser, « tout en concentrant ses forces militaires dans l'Est du pays, à maintenir une force de réserve capable de se redéployer rapidement ailleurs dans le pays ».

PRIORITE A L'EST

C'est dire, concernant le champ d'opération, que la Monusco est censée se concentrer en priorité dans la partie Est, supposée être le foyer de toutes les tensions de déstabilisation de la RDC. Dans tous les cas, il ne faut pas être devin pour le comprendre.

Pour y parvenir donc, l'effectif mobilisé par la Monusco est impressionnant. C'est, tout compte fait, plus de 20.000 personnes, civiles et militaires, mises au rang pour réaliser ce que, apparemment, la Monuc n'a pas pu réaliser en ses dizaines d'années de présence sur le sol congolais. Pourtant, ce n'est ni l'argent - le budget annuel de la Monuc étant évalué à plus d'un milliard - et encore moins les hommes ou la logistique qui ont manqué à la structure des Nations Unies.

Mais, alors pressé par le gouvernement congolais qui a exigé le retrait pur et simple des troupes des Nations unies, le Conseil de sécurité n'a trouvé mieux que de reconfigurer le mandat de la Monuc d'abord en changeant de dénomination au niveau de la structure et, ensuite, en lui donnant un autre contenu. Sans toutefois se départir des objectifs initiaux attribués à la Monuc. Il y a bien de quoi se poser des questions sur cette mutation, dont les tenants et les aboutissants semblent presque échapper au politique congolais.

L'on se rappelle l'expérience - malheureuse, d'ailleurs - tentée il y a quelques mois par le gouvernement en mettant en place un Plan de stabilisation et de reconstruction de la partie Est de la RDC (Starec). Financé par le gouvernement britannique, le Starec s'est visiblement soldé par un fiasco. Sans doute, parce que le gouvernement congolais n'a pas pu maîtriser les motivations cachées du projet britannique.

Aussi pour contourner la difficulté et faire oublier l'échec, les experts occidentaux qui travaillent pour la stabilisation, selon eux, de l'Est de la RDC, ont concocté une nouvelle trouvaille. Là aussi, on n'est pas loin de s'amuser à vendre du vent à la partie congolaise.

Pour ne pas en endosser seules la responsabilité, en cas de naufrage, les Nations Unies ont été associées dans ce qui a l'air d'un drôle de jeu. C'est de là qu'est donc parti le plan de recadrage de la Monuc en la faisant pivoter autour d'un objectif de stabilisation plutôt que d'observation.

Or, qu'a-t-on retenu jusque-là de la présence permanente de la Monuc en RDC ? Pour l'essentiel, rien que de ratés et de tâtonnements là où son intervention était indispensable pour faire évoluer les choses sur le terrain.

En 2003, au sortir du dialogue intercongolais en Afrique du Sud, les parties signataires de l'accord de Sun City ont unanimement convenu de s'appuyer sur la Monuc pour une paix durable en RDC - et pas seulement à l'Est. Il s'agissait alors de faire intervenir davantage la Monuc dans la réorganisation de l'armée congolaise, les Forces armées de la RDC (FARDC). Compte tenu de la faiblesse de l'armée congolaise et de la lourdeur qui la caractérise pour répondre efficacement aux besoins de paix, la Monuc devait servir de courroie de transmission pour une réforme en profondeur des FARDC.

Malheureusement, la Monuc s'est perdue en conjectures jusqu'à passer outre le rôle qu'elle devait jouer pour la constitution d'une armée, réellement nationale, gage de réussite de tout projet de stabilisation de la RDC.

CHANGEMENT DE TACTIQUE

Aujourd'hui, les Nations Unies ont changé de tactique, en reconfigurant à sa manière le mandat de la Monuc. La Monusco a donc reçu la charge de faire oublier les débâcles de la Monuc, ses erreurs et ses égarements sur le terrain des opérations. Pour les plus sceptiques, le recadrage du Conseil de sécurité des Nations Unies ne serait que ce grand arbre qui cache une forêt où se dessine le plan de balkanisation de la RDC.

Pourquoi alors, si tel n'était pas le cas, affirment-ils, la Monusco devait seulement s'intéresser à l'Est ? Quelle est cette attraction qui ferait de l'Est une zone convoitée par la communauté internationale ? En effet, l'Est est la seule partie de la RDC où se retrouvent curieusement trois consulats occidentaux, à savoir la Belgique, la France et les Etats-Unis. L'Est, c'est aussi, cette zone où se déploient activement le Programme des Nations Unies pour le développement et diverses ONG internationales, faisant très peu cas du reste du pays.

Alors, certains pensent que le décor est en train d'être planté pour faire échapper cette partie du contrôle de Kinshasa afin que, au bout de parcours, l'on matérialise le projet de balkanisation de la RDC. Et, cerise sur le gâteau, c'est la Monusco qui arrive pour concrétiser un plan de stabilisation de la RDC par la partie Est. Or, les troubles répétitifs de l'Est ont une origine. Des études, certaines diligentées par les Nations Unies, ont prouvé que derrière ces tensions, il y a de grands miniers et financiers qui en tirent les ficelles.

Alors, s'il y a un plan quelconque de stabilisation, pourquoi ne pas commencer par démanteler les réseaux maffieux qui opèrent à l'Est. Face à ces vérités connues du commun des mortels, que peut-on attendre réellement de la Monusco ?

Tout compte fait, l'arrivée de la Monusco n'est que la face révélée d'un iceberg qui n'a pour seul socle que la création d'un autre Etat à l'Est.

C'est juste le mode opératoire qui a changé. Mais, les motivations restent les mêmes. C'est notamment celles de faire de l'Est un « no man's land » où la communauté peut passer à l'expérimentation de ces différentes stratégies de démantèlement de la RDC.

Le meilleur plan de stabilisation de la RDC - et c'est ce qui a été décidé depuis Sun City - est la mise en place d'une armée forte, intégrée et capable de répondre à toute exigence de paix sur l'ensemble de la RDC. La solution passe par la mise en place d'une armée congolaise forte, dissuasive, création des Congolais, libre de toute forme de pression extérieure. Toute autre stratégie ne serait qu'une perte de temps. Après son passage à la tête de la diplomatie américaine en RDC, quelle sera la potion magique de Roger Meece, nouveau patron de la Monuc, dans sa forme rénovée, sous la bannière de Monusco ?

Pas sorcier pour le décrypter !


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