Africa Info (Douala)
Sophie Dikobè, Ai Douala
14 Juillet 2010
Ai-Cameroun — La pollution par les déchets plastiques n'épargne aucun recoin de Douala, la capitale économique du Cameroun. Face à cette agression, populations et ONG trouvent les moyens d'assainir l'environnement tout en tirant de cette lutte, un certain revenu.
Depuis plus d'une trentaine d'années, le plastique est devenu le contenant de la majorité des produits de Consommation au Cameroun. C'est pourquoi l'on observe un déferlement de plastiques usagés provenant très souvent des ménages et des commerces, qui jonchent le sol, dans toutes les villes du triangle national. Pourtant l'on sait que le plastique n'est pas biodégradable. Il peut mettre plus de 400 ans sous terre, selon les environnementalistes, pour perdre de sa nocivité.
Ceci, est d'autant plus dangereux pour la ville de Douala, capitale économique du Cameroun, située sur les rives du fleuve Wouri qui se jette directement dans l'Océan Atlantique, que les plastiques usagés qui traînent dans les rues ont un seul cheminement : la rue, les caniveaux, les drains et fin de course dans le Wouri. Non sans avoir auparavant obstrué caniveaux et drains, causant ainsi de terribles inondations, causes de noyades d'enfants et d'adultes, pour ne pas citer la destruction des biens, les perturbations et nombreuses interruptions de trafic dans la ville. Il convient de relever que ces sacs plastiques, à base polyéthylène, sont une véritable bombe à retardement, avec effets nocifs incommensurables à long terme sur la santé des humains et des animaux. Effets généralement ignorés des populations et des utilisateurs très souvent peu ou pas du tout informés.
Provenance et pérennisation
Les sacs plastiques, peu produits au Cameroun même qui ne compte que deux usines de production d'objets en plastique et une usine de production de tuyaux en Pvc, les déchets plastiques qui y empoisonnent l'existence, proviennent en grande majorité de la Chine ou du Nigeria voisin. La Chine à travers la grande masse de ses exportations vers le Cameroun, le Nigeria, à travers les ventes tout aussi massives des ses emballages en plastique et de ses produits du même type dans ce pays devenu un véritable dépotoir en Afrique centrale.
Sur place, à Douala par exemple, deux grandes usines de production des eaux minérales ou minéralisées, contribuent à l'aggravation de cette pollution par le plastique. Bien aidées en cela par de multiples autres petites unités de production et de commercialisation de l'eau ensachée qui ont pignon sur rue dans de nombreuses villes du pays. Présence justifiée par les coupures et les pénuries intempestives d'eau potable, comme celle qui sévit en ce moment dans la Région de l'Adamaoua, pourtant réputée pour être le château d'eau de l'ensemble du territoire.
C'est ainsi que, bouteilles, sachets, bidons, bacs, tous en plastique, utilisés tant pour l'approvisionnement en eau que pour sa conservation, sont devenus des récipients nécessaires mais vecteurs d'un mal à l'échelle mondiale. L'absence quasi-totale d'unités de recyclables des plastiques usagés constitue alors un casse-tête chinois pour les environnementalistes. Ménages des quartiers huppés et des quartiers défavorisés de la ville de Douala par exemple, déversant dans les poubelles, les bacs épars, les terrains vagues et tous les recoins d'une ville au service embryonnaire de ramassage des ordures, toute cette mort à retardement.
Un Combat désespéré
La gravité de cet état de choses a poussé les associations, qui luttent pour la protection de l'environnement et de la nature à mener dans les quartiers démunis de la ville de Douala, des campagnes de collecte des récipients et sacs en plastique auprès des ménages. « Notre combat en ce qui concerne la récupération des déchets plastiques, est de rendre la cité urbaine propre. Nous voulons, également contribuer à la promotion du recyclage des déchets plastiques et des emballages de la même matière », s'exprime, Henri Dzukou, chef d'antenne du Cipre (centre International de Promotion de la Récupération) à Douala, l'une des Ong de protection de l'environnement et du développement durable.
Les campagnes, de formation sont organisées par les Ong dans les différents quartiers de la ville de Douala, en vue de vulgariser auprès des femmes, principale cible, les méthodes et les techniques, de trie et d'identifications des sacs plastiques en polyéthylène pouvant être récupérés en vue de leur transformation ou de leur réutilisation. Ces déchets sont ensuite revendus aux Ong, contre une modeste somme d'argent, permettant aux ménagères d'avoir un petit revenu. Pendant ces campagnes qui ont lieu plusieurs fois l'an, environ 02 tonnes de déchets plastiques, tous genres confondus, sont revendus par les femmes à 500 F CFA les 20 Kg, soit 25 FCFA le kilo de déchets plastiques.
Ces déchets plastiques sont reconditionnés par couleur et par genre, par les Ong qui les achètent auprès des ménagères, et les revendent aux industries de tuyauterie, disposant de broyeuses, à cent cinquante (150 000) mille FCFA, la tonne. L'argent récolté lors de ces reventes sert à entretenir les employés de la chaîne de trie. Il permet également l'achat des vaccins, comme ceux du tétanos, de la méningite et de la tuberculose, indispensables pour tous ceux qui manipulent les déchets plastiques.
Un apport Social
En même temps que les femmes impliquées dans les campagnes de ramassage des déchets plastiques obtiennent un revenu par leur vente, elles apprennent quel type de plastique peut avoir une seconde vie et une formation en tissage du plastique leur est donnée. Pendant la formation, elles apprennent à fabriquer des sacs à main, des portes clés, qu'elles commercialisent par la suite. Très souvent, les ménagères qui s'attèlent à cette tâche de tissage vendent un sac tissé, en fonction de la grandeur entre deux mille (2000) et cinq mille (5000) F CFA. Ce qui représente un revenu peu négligeable pour un ménage moyen. «Le plastique bien gérer peut nous éviter d'être englouti par les déchets plastiques mais aussi, ça permet d'alléger les charges dans les ménages», a déclaré Florence Ngantca, une ménagère, après avoir reçu la formation et fait du tissage son métier.
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