Décidément, ce 14-Juillet 2010 restera gravé dans bien de mémoires en Afrique. Encore davantage dans sa partie francophone au sud du Sahara. En effet, pour la première fois, des troupes militaires, au nombre de treize, représentant les armées des pays des chefs d'Etat africains invités, paradèrent sur les prestigieux Champs-Élysées. Mieux, c'est à ces lointains héritiers de tirailleurs sénégalais qu'est revenu l'honneur d'ouvrir le défilé militaire. Une première.
Une marque d'estime, s'il en est, quoique que diversement appréciée sur le continent noir, que l'ancienne Métropole a bien voulu exprimer à l'endroit de ses ex-colonies africaines à l'occasion du cinquantenaire des indépendances.
Et cerise sur le gâteau de ce cinquantième anniversaire de l'accession des « indigènes » à la souveraineté : la promesse de « décristallisation » de la pension des anciens combattants.
« C'est pour témoigner de notre reconnaissance indéfectible envers les anciens combattants originaires de vos pays que nous souhaitons les voir bénéficier désormais des mêmes prestations de retraite que leurs frères d'armes français. Il y a des dettes qui ne s'éteignent jamais. Jamais ».
Parole du grand chef blanc, Nicolas Sarkozy, lors du dîner offert, mardi 13 juillet, à ses treize commensaux. Comme gage de sa « sincérité », l'hôte élyséen a annoncé qu'un projet de loi serait déposé devant le Parlement « à la rentrée prochaine ».
Mieux vaut tard que jamais, même si promesse de grand n'est pas héritage. On se rappelle en effet qu'en novembre 2006, sous le règne de Chirac « l'Africain », la même Assemblée nationale avait entériné le relèvement des pensions sans que cela ne soit, jusque-là, suivi d'effet. Combien seront-ils à bénéficier de cette aménité présidentielle ?
Quelque trois mille personnes, soit dix mille anciens soldats ayant servi sous le drapeau français et vingt mille veuves de « chair à canon ». Insignifiant. Oui, insignifiant, au regard du nombre de tous ces conscrits coloniaux morts, parfois dans le dénuement total, sous l'empire de cette loi aussi scélérate que raciste de 1959 portant gel des pensions des vétérans des ex-colonies françaises d'Afrique et d'Asie.
Certes, la mesure, si elle venait à être appliquée, pèsera sur le budget hexagonal qui n'est pas en ces temps de crise, au mieux de sa splendeur. Mais, la meilleure façon de faire amende honorable sur cette iniquité dont ont été victimes ces oubliés de la victoire sur le nazisme, c'est de faire rétroagir la future loi sur le dégel des pensions de retraite. Au moins ça pour éteindre la dette financière.
Quant à la dette de sang, elle, elle ne s'éteindra jamais. Jamais !

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