Kinshasa — Lettre ouverte au Frère Guide Mouammar Al Kadhafi :
Plaidoyer pour les Etats- Unis d'Afrique (3e Partie)
La nécessité historique de construire les Etats-Unis d'Afrique s'appuie d'abord et avant sur des raisons objectives qui sont celles de la sécurité collective du continent, de sa renaissance scientifique et de son intégration économique, industrielle, et infrastructurelle.
La construction des Etats-Unis d'Afrique s'appuie aussi sur les considérations conjoncturelles : une Afrique fragmentée en 53 petits Etats nains est inaudible, même si ses prétentions sont légitimes :cas du Conseil de sécurité, de la gestion mondiale du climat, de la gouvernance mondiale tant à l'OMC, au FMI, à l'Union Européenne
Mais si les dirigeants politiques africains sont encore sceptiques quant à la nécessité impérieuse d'une fédéralisation du continent, ils doivent alors ouvrir grandement les yeux sur l'Afrique d'aujourd'hui et voir ce qu'elle est en cette Année de l'Afrique : cinquante ans après les indépendances, l'Afrique est, plus qu'hier, un simple ustensile dans les mains malignes de l'Occident qui renforce de logiques implacables de domination avec des moyens de destruction massive que sont l'argent(dette et aide),le droit international, la faim, la corruption, la violence matérielle et symbolique ,la corruption
L'AFRIQUE FRAGMENTEE DANS LA MONDIALISATION : UN USTENSILE DE L'HISTOIRE
Avec le cynisme pernicieux qui le caractérise dans son rapport à autrui depuis six siècles, l'Occident qui tue nos enfants africains embarqués dans la sordide aventure d'immigration, l'Occident qui nous impose des dettes iniques et injustes, l'Occident qui soutient de petites dictatures africaines affamantes,-l'Occident a déclaré l'année 2010,-Année de l'Afrique. Notre cinquantenaire, nous dit-on ! « L'Année de l'Afrique ». D'abord parce que la majorité des pays africains ont accédé à la souveraineté nationale et internationale en 1960. Ainsi, tout au long de l'année, près d'une vingtaine des pays du continent, dont quinze francophones, célèbrent leur demi-siècle d'indépendance. Des millions d'Africains fêtent en 2010 le demi-siècle de leur drapeau, de leur hymne, de leur nation. Le cinquantenaire africain est aussi une exigence de bilan ! Qu'en est-il ?
L'Afrique, notre continent, notre espace vital, aujourd'hui plus qu'hier, se donne à voir comme un enjeu mondial, objet et non sujet de l'Histoire, c'est-à-dire qu'elle est indispensable à la croissance des autres parties du monde et non à elle-même. Elle subit l'histoire.
Réservoir de matières premières unique en son genre, le continent joue un rôle majeur dans l'économie de la planète. Il suscite la convoitise des pays de l'hémisphère Nord comme les Etats-Unis d'Amérique, l'Union Européenne, la Russie qui en ont fait un « Champs d'exploitation néocoloniale ».Le continent suscite aussi la convoitise des pays aux économies en expansion, comme la Chine, l'Inde, le Brésil et l'appétit de multinationales qui, malgré la crise, y réalisent de juteux bénéfices. De même, la lutte contre le terrorisme et la nécessité de sécuriser les approvisionnements énergétiques le placent sur la carte géostratégique des grandes puissances. C'est bien le paradoxe d'une Afrique qui attise les convoitises et attire les regards sans exprimer ses vues.
En cinquante années d'indépendance, l'Afrique est ainsi devenue un élément indispensable du jeu mondial de l'après-guerre froide, après avoir été l'objet de la Traite Négrière Transatlantique, de l'esclavage, de la colonisation et de l'aménagement néocolonial qui porte la Mondialisation.
MONDIALISATION ET RENFORCEMENT DE LOGIQUES DE DOMINATION
Ainsi, cinquante ans après la vague d'indépendances de 1960, les rapports du continent noir avec le reste du monde demeurent marqués par d'implacables logiques de domination et de déstructuration. Comment l'Occident ,après avoir chosifié l'Africain vendu comme marchandise pendant quatre siècles d'une déportation féroce ponctionnant l'Afrique de plus de 200 millions de ses fils et filles avec pour conséquence l'arrêt du développement sur le continent; comment l'Occident ,après avoir exploité sauvagement le sol et le sous-sol de l'Afrique, l'impuissancisant à jamais en balkanisant sa géographie physique; comment l'Occident pérennise t-il l'exploitation féroce de notre continent sous la mondialisation ?
1. L'AIDE ET LA DETTE FATALE
Les Etats occidentaux ( dits Etats bailleurs de fonds, dont essentiellement les USA, l'Union Européenne), les institutions financières internationales (IFI) ainsi que les sociétés transcontinentales (les 500 sociétés...), organiquement liés dans la guerre économique qu'ils pratiquent contre l'Afrique pour renforcer notre exploitation et notre assujettissement, utilisent quatre armes redoutables pour nous maintenir dans la dépendance :l'argent( aide et dette aide financière, refus d'annuler une dette aussi asphyxiante qu'inique), le droit (définition des normes juridiques au travers de traités et d'institutions comme l'organisation mondiale du commerce, OMC, la Cour internationale pénale, CPI, etc.), la faim ( rareté entretenue),la violence matérielle (guerre, attentats) et symbolique (les grands médias occidentaux entretiennent l'afro pessimisme pour nous maintenir dans un état de subjugation), la corruption.
De ce fait, malgré le trésor que constituent les ressources de son sol, l'Afrique ,deuxième puissance mondiale par la superficie, deuxième puissance démographique du monde, peine à affirmer ses intérêts propres et ceux de son milliard de population.
Faisant le bilan de l'aide à l'Afrique, ces cinq dernières décennies, la directrice stratégique de Goldman Sachs, aujourd'hui membre du conseil d'administration de Barclay Bank, l'Africaine d'origine zambienne Dambisa Moyo écrit : « L'assistance a été et continue d'être, pour la plus grande partie du monde en développement, un total désastre sur le plan politique, économique et humanitaire. »En bref elle est, comme Karl Kraus le disait du freudisme, « la maladie dont elle prétend être le traitement » (1).Selon Moyo, entre 1970 et 1998, quand le flux de l'aide à l'Afrique était à son maximum, le taux de la pauvreté des populations s'est accru de façon stupéfiante : il est passé de 11 à 66 %.Pourquoi ? Adressée directement aux gouvernements, l'aide est facile à subtiliser, elle encourage la corruption à grande échelle et fragilise le pouvoir, objet des plus vives convoitises. Plus grave encore, l'aide sape l'épargne, les investissements locaux, la mise en place d'un vrai système bancaire et l'esprit d'entreprise.
Cette aide, aussi fatale qu'inutile est vite devenue aussi une autre fatalité qui pèse lourdement sur notre destin : c'est la fameuse dette inique, aussi asphyxiante que criminelle. C'est une des armes de destruction massive utilisée par les maîtres du monde pour asservir les peuples, leur force de travail, leurs matières premières, leurs rêves.
La dette extérieure agit comme un garrot. L'essentiel des devises qu'un pays africain gagne par ses exportations sert au paiement des tranches d'amortissement et des intérêts de la dette. Les banques créancières du Nord agissent comme des sangsues. Le pays débiteur est frappé d'anémie. La dette empêche tout investissement social conséquent dans l'irrigation, l'infrastructure routière, scolaire, sanitaire, a fortiori dans quelque industrie que ce soit. Pour les pays africains, classés parmi les plus pauvres, aucun développement durable n'est possible.
La gestion de la dette met aussi en lumière un autre phénomène : les flux de capitaux Sud-Nord sont excédentaires par rapport aux flux Nord-Sud. Les pays pauvres versent annuellement aux classes dirigeantes des pays riches beaucoup plus d'argent qu'ils n'en reçoivent d'elles, sous forme d'investissements, de crédits de coopération, d'aide humanitaire ou d'aide au développement.
En 2006, l'aide publique au développement fournie par les pays industriels du Nord aux 122 pays du tiers-monde s'élevait à 58 milliards de dollars. Durant la même année, ces derniers ont transféré aux cosmocrates des banques du Nord 501 milliards de dollars au titre du service de la dette. Celle-ci est l'expression même de la violence structurelle qui habite l'actuel ordre du monde. Point n'est besoin de mitrailleuses, de napalm, de blindés pour asservir et soumettre les peuples .La dette, aujourd'hui, fait l'affaire : toutes les dettes extérieures des pays du tiers-monde induisent le sous-développement économique, la réduction des populations au servage et la destruction des êtres humains par la faim.
2.LA FAIM ENTRETENUE PAR LES BRAS TECHNOCRATIQUES DE LA MONDIALISATION QUE SONT LE FMI ET LA BANQUE MONDIALE
La faim signifie souffrance aiguë du corps, affaiblissement des capacités motrices et mentales, exclusion de la vie active, marginalisation sociale, angoisse du lendemain, perte d'autonomie économique. Elle débouche sur la mort.
La faim est le produit direct de la dette, dans la mesure où c'est elle qui prive nos pays pauvres de leur capacité d'investir les fonds nécessaires pour le développement des infrastructures agricoles, sociales, de transport et de services.
Les sociétés transcontinentales privées, détentrices des technologies, des capitaux, des laboratoires les plus puissants que l'humanité ait connus, sont la colonne vertébrale de cet ordre injuste et mortifère. Les 500 plus puissantes sociétés transcontinentales privées qui contrôlent plus de 52 % du produit mondial brut, c'est-à-dire de toutes les richesses (capitaux, services, marchandises, brevets, etc.) créées en une année sur la planète, ont mis cette planète en coupe réglée. Elles attaquent le pouvoir normatif des Etats, contestent la souveraineté populaire, subvertissent la démocratie, ravagent la nature, détruisent les hommes et leurs libertés. La naturalisation de l'économie, la « main invisible » du marché leur tiennent lieu de cosmogonie et la maximalisation du profit de pratique.
La monopolisation et la multinationalisation sont des vecteurs fondamentaux du mode de production capitaliste. Elles revitalisent le processus de reféodalisation du monde : l'autonomisation du Capital, la naissance de groupes financiers mondialement puissants, capables de défier l'intérêt général et les décrets normatifs des Etats.
3. LIBRE ECHANGE ET FAMINES
Bon élève des IFI, le continent africain est le plus ouvert au libre-échange, faisant apparaître, tel un miroir grossissant, les traits caractéristiques de l'ordre économique mondialisé. En effet, les masques tombent, en Afrique, plus vite qu'ailleurs : le libre jeu du marché s'y traduit en famines et en inégalités mortelles (44% de la population subsaharienne vit avec moins de 1 dollar par jour) ; des Etats faibles ou complices laissent les multinationales exploiter sans vergogne des salariés locaux aux droits microscopiques ; la « concurrence est faussée ». Elle se sublime en une véritable guerre, dont l'Est de la République Démocratique du Congo (RDC), avec ses matières et ses rebelles -armés, demeure le symbole.
Les bras technocratiques de l'ordre économique globalisé que sont la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International commettent de nombreux et graves crimes contre l'Afrique :mauvais conseils sciemment donnés aux dirigeants africains ,dettes injustes savamment montées, dettes odieuses( la Banque Mondiale a octroyé des millions de dollars américains au régime du Président Mobutu, des décennies ,pour l'usage que l'on sait :aujourd'hui le peuple congolais est contraint de payer la dette),réflexion et montage scientifique des Programmes d'ajustement structurel pour mieux déstabiliser les sociétés africaines pauvres et très endettées ,interdiction stricte à des Etats africains d'avoir accès à leurs propres comptes bancaires à l'étranger
Jamais l'Occident, jamais la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International n'ont développé des idées-forces pour le salut de l'Afrique, du genre « Panafricanisme », « Unité africaine », « Solidarité africaine », « Renaissance africaine », « Conscience noire », « Les Etats-Unis d'Afrique »etc.
4. DUMPING AGRICOLE ET DESTRUCTION DE L'AGRICULTURE ET DE LA PECHE EN AFRIQUE
Non content d'accéder aux ressources de l'Afrique par l'intermédiation d'une violence massive et globale caractérisée par des violences inouïes sur la femme et les enfants, l'ordre mondialisé et globalisé entretient en Afrique une rareté qui se, traduit, en amont, par la destruction de l'agriculture et de la pêche en Afrique ainsi que des famines y consécutives. Les Etats industrialisés de l'OCDE ont payé à leurs agriculteurs et éleveurs, en 2006, plus de 350 milliards de dollars à titre de subventions à la production et à l'exportation (2).
L'Union européenne, en particulier, pratique en Afrique le dumping agricole avec un cynisme sans faille. Il en résulte notamment la destruction systématique des agricultures vivrières africaines. La politique de dumping agricole européen détruit la vie des paysans africains et celle de leurs enfants. En effet, l'agriculture africaine n'étant pas subventionnée, suivant en cela les bons conseils de l'OMC et des Institutions de Bretton Woods, les produits agricoles africains sont moins compétitifs, donc invendables aussi bien sur le marché interne qu'externe. D'où, l'agriculture, en Afrique, ne pouvant nourrir son homme, est abandonnée, avec pour conséquence immédiate la multiplication de famines, le renforcement de la malnutrition. Les agriculteurs et les paysans, faute d'une exploitation rentable de leurs terres, et à l'abandon, se réfugient dans nos villes, sans travail, constituant un Lumpen prolétariat vivant dans une sordide exclusion sociale.
Les pêcheurs africains eux-mêmes ne sont pas épargnés par la globalisation des marchés : aussi bien sur les côtes atlantiques que méditerranéennes, les pêcheurs sont traqués, chassés voire tués par les entreprises étrangères auxquelles les Etats africains ont vendu les droits de pêche. Les bateaux-usines japonais, canadiens, portugais, français, danois, etc., ravagent les eaux territoriales africaines. Voilà ce qui explique la recrudescence de la piraterie sur les zones côtières africaines : les pêcheurs sans droit de pêche se transforment en pirates.
5. LE DROIT INTERNATIONAL A DEUX VITESSES
Quand au droit international,- un autre mécanisme pour l'asservissement d'une Afrique fragile,- L'Occident le manipule constamment à son seul avantage. Il incarne à lui seul la communauté internationale, sans partage. L'ère coloniale est positivement conscientisée, tant elle fut bénéfique pour les colonisateurs et les colonisés.
L'immoralité n'est plus gênante. Etudiant à fond les leviers qui portent le fameux droit international comme mécanisme d'asservissement, le journaliste d'investigation Charles ONANA conclut : « à une justice à deux vitesses, instaurée pour asservir l'Afrique » (3).Ici résonnent encore les échos puissants de Jean Ping critiquant cette « justice à deux vitesses » quand il dit : « C'est une évidence. Il suffit d'examiner l'identité de ceux qui ont été traduits devant la CPI ; Des Africains, uniquement des Africains. Je veux bien que nous ayons notre lot de « criminels »,mais pourquoi sommes-nous les seuls ? Ne s'est-il rien passé à Gaza,au Sri Lanka,en Colombie,en Tchétchénie ou en Géorgie,par exemple ? La dignité des Africains a suffisamment été bafouée au cours de l'Histoire. Oui, il y a une justice pour les faibles et une autre pour les puissants(4).
Et, face à l'aide fatale et à justice d'asservissement, l'Afrique périt encore plus de l'absence d'un leadership progressiste, de caractère autochtone et d'obédience panafricaine.
En effet, l'émergence des dirigeants pouvant desserrer l'étau international se trouve entravée par les ingérences, directes ou indirectes, des anciens pays colonisateurs qui soutiennent financièrement, diplomatiquement ou militairement des régimes prévaricateurs au mépris de la volonté des populations locales.
Mais, au-delà des manoeuvres occidentales, les élites locales se montrent elles-mêmes incapables de proposer une vision de l'intérêt commun. Internationalisées, acquises à l'idéologie néolibérale, souvent déconnectées des préoccupations populaires, elles ne peuvent (ou ne veulent) pas utiliser les atouts de leurs pays pour tenter de changer les rapports de forces mondiaux.
6. LA CORRUPTION
Dans l'Hémisphère Sud, l'Occident règne par la corruption. La méthode est coûteuse, mais elle offre des avantages. Et d'abord, celui d'assurer une domination efficace. Elle détruit, en effet, le lien de confiance entre les citoyens et leur gouvernement .Elle gangrène et affaiblit l'Etat. Or un Etat faible, discrédité et inefficace est le partenaire rêvé pour les sociétés transcontinentales occidentales.Les pratiques de la coruuptioon prennent plusieurs formes : le pillage du Tresor public caractérisés l'attribution aux individus de crédits, en liquide, soit par la Banque centrale, soit par les entreprises de l'Etat.Ces crédits ne sont jamais remboursés.Il y a la sous- ou la surfacturation, selon qu'il s'agit de biens exportés ou importés, sont pratiquées dans la plupart des ministères. Il y a enfin la guerre et l'économie de la guerre :les armes, les minerais et le petrole ont aujourd'hui un lien direct dans l'économie de sang.
Les conséquences directes de logiques de domination sur la vie des Africains sont : l'immigration clandestine, les cultures de rente, les dettes, les remises de dettes, les aides (humanitaires ou non), les programmes d'ajustement structurel (anciens et nouveaux), le co-développement,les sommets Commonwealth et France-Afrique( où les agendas ne sont pas fixés par les Chefs d'Etat africains) :c'est toujours l'illusion multiséculaire du « développement durable africain ». Alors que, plongés dans la misère, sans espoir, désarmés face aux prédateurs occidentaux, la jeunesse africaine, les pêcheurs et les agriculteurs africains deviennent des migrants de la faim. C'est l'enfer pour près de 70% des Africains sur le sol de leurs ancêtres. D'ou il faut partir vers des cieux plus cléments d'occident ou d'ailleurs.
7. FRONTEX et la défense de l'Europe contre les misérables Africains
Et voilà : pour défendre l'Europe contre les refugiés de la faim, l'Union européenne a mis sur pied une organisation militaire semi-clandestine qui porte le nom de Frontex. Cette agence gère les « frontières extérieures de l'Europe », c'est-à-dire les frontières extracontinentales. Elle dispose de navires d'interception en haute mer rapides et armés, d'hélicoptères de combat, d'une flotte d'avions de surveillance munis de cameras ultrasensibles et de vision nocturne, de radars, de satellites et moyens sophistiqués de surveillance électronique à longue distance.
Frontex maintient aussi sur le sol africain des « Camps d'accueil » où sont parqués les réfugiés de la faim qui viennent encore d'Afrique centrale, orientale ou australe, du Tchad, de la RDC ,du Burundi, du Cameroun, de l'Erythrée, du Malawi, du Zimbabwe etc. Frontex et ses auxiliaires locaux sont chargés de les empêcher d'atteindre les ports de la Méditerranée ou de l'Atlantique.
L'hypocrisie des commissaires de Bruxelles est détestable : d'une part, ils organisent la famine en Afrique, et d'autre part, ils criminalisent les réfugiés de la faim.
Aminata Traoré résume la situation : « Les moyens humains ,financiers et technologiques que l'Europe des 27 déploie contre les flux migratoires africains sont ,en fait ,ceux d'une guerre en bonne et due forme entre cette puissance mondiale et des jeunes Africains ruraux et urbains sans défense, dont les droits à l'éducation ,à l'information économique, au travail et à l'alimentation sont bafoués dans leurs pays d'origine sous ajustement structurel . Victimes de décisions et de choix macro-économiques dont ils ne sont nullement responsables, ils sont chassés, traqués et humiliés lorsqu'ils tentent de chercher une issue dans l'émigration. Les morts, les blessés et les handicapés des événements sanglants de Ceuta et de Melilla, en 2005, ainsi que des milliers de corps sans vie qui échouent tous les mois sur les plages de Mauritanie, des îles Canaries, de Lampedusa ou d'ailleurs, sont autant de naufragés de l'émigration forcée et criminalisée »(5).
8. AFRO PESSIMISME ET SUBJUGATION DES AFRICAINS
Comme à tout moment où l'Occident déstructure l'Afrique, la déshumanise et nous chosifie pour mieux l'asservir, l'Occident accompagne, en amont et en aval, ce braconnage d'un discours injurieux à l'égard de ses victimes pour nous inculquer notre prétendue infériorité raciale. En effet, à ces conditions matérielles de paupérisation perpétrées par l'Occident à notre endroit, émerge un discours dont les segments diffusés affirment :« Les peuples fortement endettés d'Afrique sont« paresseux », dit-on volontiers, « corrompus », « irresponsables », incapables de construire une économie autonome, « des débiteurs-nés », par définition insolvables. Quant à la faim, on invoque bien souvent le climat pour l'expliquer alors que les conditions climatiques sont infiniment plus dures dans l'Hémisphère Nord-où les gens mangent- que dans l'Hémisphère Sud- où ils périssent de sous-alimentation et de faim. L'afropessimisme est ainsi un discours de légitimation des inégalités.
L'Hémisphère Nord, avec son ordre mondiale globalisé qui postule, cultive et prône ailleurs la constitution des nouvelles masses géostratégiques ( comme les Etats-Unis d'Europe, les Etats-Unis d'Amérique du Nord comprenant les Etats-Unis d'Amérique, les Etats-Unis de l'Asie du Sud-est comprenant la Chine, le Japon et les quatre Dragons ),-cet ordre mondial globalisé prône et soutient en Afrique une fragmentation encore plus intense de nos Etats pour nous rendre ,de façon irréversible, inaptes au développement, alors que notre continent est le plus fragmenté de tous les continents, cause même de notre incapacité à nous développer. C'est cette volonté occidentale de démembrer encore l'Afrique pour la rendre encore plus impuissante qui se cache derrière les troubles religieux au Nigeria, au Soudan, la guerre du coltan en RDC etc.
L'Occident nourrit aussi, auprès de dirigeants africains un micro nationalisme et un souverainisme qui nuisent dangereusement à la construction du macro-état panafricain, masse géostratégique apte à résister aux pressions extérieures et à assurer la sécurité commune et collective aux biens et aux personnes, donc à amorcer véritablement le développement intégral du Continent Noir face aux nombreux défis, notamment cette concurrence commerciale qui s'annonce féroce ,inexorable avec l'Europe désormais unie (Union Européenne avec 27 Etats), l'Amérique du Nord regroupée dans l'Alena ( Alliance des Etats d'Amérique du Nord regroupant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) et l'Asie dans l'Asean (Alliance des Etats d'Asie regroupant la Chine, le Japon, ).
Au fond, l'Afrique est l'entropie de notre monde, l'unité de mesure du chaos social et humain qui le caractérise. Elle nous apprend beaucoup sur nous-mêmes. En cela aussi, elle est indispensable, concluent les prospectivistes. Ceci pour dire qu'en 50 ans d'indépendance, l'Afrique est et reste objet et non sujet de l'histoire.
CONCLUSION
Le bilan de cinquante ans des indépendances africaines est globalement négatif. En effet, les indépendances qui étaient censées couper le cordon ombilical d'avec les pratiques de la colonisation, ont été des échecs. Au contraire, les logiques occidentales de domination de l'Afrique ont été raffinées, renforcées.
Et nous pensons que si l'Occident a continué à avoir la mainmise sur l'Afrique c'est parce que ce continent se présente comme continent monté contre lui-même : fragmentée en 53 Etats nains, sans voix commune, sans intégration économique et industrielle, l'Afrique est plus que jamais un ustensile de l'Histoire.
C'est pourquoi nous soutenons fermement l'option de la construction des Etats-Unis d'Afrique défendue par Frère Guide Mouammar Al Kadhafi, les Etats-Unis d'Afrique étant la seule autoroute de la puissance africaine .Dans l'article de demain Jeudi, nous traiterons des « Ennemis de l'Etat Multinational panafricain ».
KABONGO MALU EMMANUEL Ekam57@yahoo.fr
(1) DAMBISA Moyo, L'Aide Fatale. Les ravages d'une aide inutile et de nouvelles solutions pour l'Afrique, Paris, 2009, JC Lattès, p. 12.
(2) Jean Ziegler, L'empire de la honte, Paris, Fayard, 2 005, p.12.
(3) C. ONANA, Les secrets de la justice internationale, Paris, Duboris, 2005, p.14.
(4) Jeune Afrique N°2559.
(5) cité par Jean Ziegler, L'empire de la honte, p.15.

Comments Post a comment