Inter Press Service (Johannesburg)

Zimbabwe: Des adolescentes enceintes fuient le traitement du VIH de peur d'être stigmatisées

Dans une maternité locale de l'une des banlieues à haute densité de Bulawayo, dans le sud du Zimbabwe, les sages-femmes ont du mal à expliquer à une fille de 15 ans, enceinte, pourquoi elle doit faire le test du VIH avant l'accouchement.

Mais cette adolescente, qui frappe légèrement sa poitrine afin de calmer ce qui semble être une toux douloureuse, n'entendra pas parler de cela. Elle a peur que ses pires craintes soient confirmées puisqu'elle soupçonne déjà qu'elle pourrait être séropositive.

Les infirmières s'inquiètent de la santé de l'adolescente et décident de faire appel à la grand-mère de la fille qui s'est vu confier la tâche d'expliquer à cette adolescente pourquoi elle doit faire le test de dépistage.

Faire le test de dépistage est la seule façon par laquelle on lui prescrira les médicaments qui non seulement traiteront sa toux, mais aussi lui garantiront une vie plus longue pour voir son foetus grandir, la rassure la grand-mère. C'est seulement après cette explication que le test du VIH a été effectué.

C'est une scène à laquelle Nontando Siziba, une sage-femme de 53 ans, a été plusieurs fois témoin. Même si elle ne fournit pas de chiffres immédiatement disponibles, Siziba affirme d'un ton plutôt morne qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé puisqu'un nombre croissant de jeunes filles enceintes fréquentent la maternité.

Siziba indique que certaines jeunes mères ne sont pas toujours disposées - et ont peur - d'accéder aux soins de santé prénatals dans le cadre des programmes de prévention de la transmission de la mère à l'enfant (PTME).

"Nous faisons maintenant le test du VIH à toutes les femmes enceintes dans le cadre des efforts visant à protéger la santé de la mère et de l'enfant, mais cela est parfois très difficile lorsque nous travaillons avec les adolescentes", a expliqué Siziba.

Une surveillance nationale, effectuée en 2002 sur les consultations prénatales par le ministère de la Santé et du Bien-être de l'Enfant, a constaté que la participation aux programmes des soins prénatals était de 25,7 pour cent, le ministère notant que cela a augmenté la transmission du VIH aux nourrissons alors que des soins de santé prénatals adéquats auraient pu éviter cela.

Il y a également des inquiétudes parmi les militants de la lutte contre le VIH/SIDA au sujet de l'initiation précoce des jeunes filles - certaines âgées de 13 ans - à l'activité sexuelle. Cela est imputé à la dynamique du pouvoir entre les sexes où les hommes plus âgés ont le contrôle total des relations sexuelles et ont tendance à décider s'ils doivent avoir des rapports sexuels protégés ou non.

Des experts disent que la situation de ces adolescentes est également en train d'être exacerbée par la non utilisation des programmes de PTME, en particulier chez les adolescentes qui recherchent des services de santé prénatals.

Siziba affirme que cela a été également alimenté par la poursuite de la stigmatisation du VIH/SIDA chez les adolescentes sexuellement actives qui, dit-elle, se sentent isolées par le fait qu'aux yeux du public, elles sont non seulement sexuellement actives, mais aussi séropositives.

"Même si elles sont sexuellement actives, toutes ne sont pas disposées à assumer la responsabilité de prendre des précautions", a déclaré Siziba. "Nous avons eu des cas où on a dit à ces jeunes de ne pas allaiter et qui le font quand même affirmant que si les membres de la communauté savent qu'elles n'allaitent pas leur enfant, ils sauront qu'elles vivent avec le virus. C'est devenu frustrant".

L'Initiative régionale de soutien psychosocial (REPSSI) a récemment publié un rapport dans lequel des chercheurs ont noté avec inquiétude que beaucoup de jeunes mères ne découvrent qu'elles sont séropositives que lorsqu'elles sont enceintes, et parfois ne connaissent leur statut que lorsque leurs enfants tombent malades. La REPSSI est une organisation non gouvernementale (ONG) qui travaille dans le sens de la prise en charge psychosociale, du soutien et du bien-être des enfants touchés par le VIH/SIDA en Afrique orientale et australe.

"Nous estimons qu'il existe des lacunes dans la prise en charge psychosociale et le soutien pour les adolescentes", a indiqué Brighton Gwezera, directeur du développement des connaissances et des échanges de la REPSSI. "Elles (les adolescentes) n'arrivent toujours pas à maîtriser les questions relatives à la stigmatisation et cela les a amenées à ne pas bénéficier pleinement des soins de santé prénatals.

L'interaction des adolescentes vivant avec le VIH a été identifiée comme l'un des moyens qui vise à démystifier le lien entre la grossesse et le VIH, et ironie de la chose, à une époque où les jeunes sont quotidiennement bombardés par un déluge d'informations.

"Ce que nous faisons, c'est de travailler avec les adolescentes vivant avec le VIH à travers des groupes de soutien afin qu'elles puissent facilement communiquer leurs préoccupations et décisions entourant le VIH et le fait d'être enceinte ainsi que leur avenir", a confié Gwezera.

Il existe aussi des inquiétudes au sujet des considérations culturelles qui ont privé des adolescentes de l'accès à un appui formel et informel, qui selon les chercheurs, entrave les efforts visant à fournir une assistance pertinente en matière de santé de la reproduction.

"Le fait qu'elles soient enceintes les présente comme étant sexuellement actives, ce qui porte lui-même sa propre stigmatisation. Ainsi, lorsque vous abordez la séropositivité, ces jeunes préfèrent la garder pour elles-mêmes", a dit Jérôme Siyasiya, un conseiller des jeunes du Fonds de lutte contre le SIDA de Sibambene de l'Eglise catholique romaine. Il ajoute que c'est un moment où les jeunes mères ont le plus besoin de soutien.

Gwezera est d'accord: "Il y a peu d'informations qui parviennent aux adolescentes sur le VIH et la grossesse, c'est pourquoi nous constatons une résistance à accéder aux soins de santé prénatals appropriés. Ce qu'il faut faire, c'est la mise en place de plus de groupes de soutien pour les jeunes où ils peuvent discuter librement des questions relatives à leur situation".

Avec la mauvaise compréhension du VIH/SIDA et son rapport avec les soins prénatals, il pourrait être temps que les adolescents et autres jeunes embrassent pleinement la thérapie anti-rétrovirale puisque le pays tend vers la mise en oeuvre de l'idéal de la santé pour tous.

"Les jeunes filles ne parviennent pas à utiliser la protection contre le VIH; maintenant, elles n'arrivent pas à protéger leurs foetus. Je ne veux pas croire que nous soyons en train de perdre ce combat", a déclaré Siziba.


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