... Et l'on reparle des Etats-Unis d'Afrique! Vous savez, cette union sacrée que doivent sceller les Etats africains pour sortir de l'ornière... Cette entité politique qui élèvera le continent noir sur le podium de l'équilibre des forces géostratégiques qui dictent leurs lois au monde... Cette fédération panafricaine, aboutissement sublimé d'un «shake hands» fraternel et obligé, mais aussi abandon élégant de nos intrigues morbides, de nos égoïsmes fratricides, de nos bassesses avilissantes... Mais y parviendrons-nous jamais? Sommes-nous prêts?
On m'a dit «Etats-Unis d'Afrique» et, sans plus trop y penser, jetant soudain l'amertume de la constante désunion dans les profondeurs des mers, je me suis mis à y croire. A croire que demain, oui, juste demain, l'Afrique sera un pays-continent, dont la voix comptera dans le concert mondial. Je me suis laissé séduire par mon rêve de voir, enfin, un seul drapeau flotter sur ce ciel si bleu. J'aurai une seule nationalité, la nationalité africaine, et il n'y aura plus Ivoiriens du Nord, cantonnés dans une zone rebelle, ni Ivoiriens du Sud, passant mon patronyme au scanner de l'ivoirité. J'irai d'Abuja au Cap, sans que l'on ne me déleste de quelques billets de banque avant de m'accorder le droit de passage...
Les Etats-Unis d'Afrique, comme mon sang et mon cÅ"ur les réclament! Et comme ma tête et mon corps les redoutent! Surtout que, là, c'est encore parti pour une... partie de cache-cache, les hypocrites jouant, comme à l'accoutumée, leurs jeux d'ombre, tandis que les autres font semblant de croire - et de faire croire - qu'ils sont sincères. Entre les tenants du «cold feet» (petits pas), qui prônent d'y aller à pas de tortue et les protagonistes de la «proactive approch», qui invitent, eux, à concrétiser l'affaire à pas vifs et alertes, il y a comme une montagne d'incompréhensions. Alors, je me demande si toute cette gesticulation ne sonne pas à nouveau les trompettes de la désunion qui, naguère, déchira les chantres du panafricanisme et les fit se dresser les uns contre les autres.
Le débat n'a pas manqué de resurgir lors du récent sommet de l'Union africaine, qui vient de s'achever à Kampala, en Ouganda. De fait, trop d'obstacles se dressent encore sur le chemin de la concrétisation d'une telle entité, dont le plus patent reste la guerre de leadership et, sans doute, la personnalité du Guide libyen, Mouammar Kadhafi, qui n'en rate décidément pas une pour remettre la question de la transformation de l'Union africaine (UA) en «gouvernement fédéral de l'Union africaine». Une tentative qui passe pour un forcing intéressé, et que plusieurs délégations rejettent fortement. «Durant les discussions, nous avons eu quelques difficultés sur la question de la transformation de l'UA en gouvernement d'Afrique, parce que certains pays voulaient imposer cette décision aux autres», a notamment déclaré George Chicoty, le secrétaire d'Etat angolais aux Affaires étrangères, à son retour à Luanda.
Si je comprends et partage la position affirmée avec force hier par mon frère Cheikh Tidiane Gadio du Sénégal, alors ministre des Affaires étrangères de son pays, qui entendait bien «faire du lobbying de masse pour signifier aux chefs d'Etat africains l'urgence qu'il y a à fédérer nos Etats, aux frontières marquées par la colonisation, et à aller dare-dare aux Etats-Unis d'Afrique», je n'adhère pas moins au scepticisme de mes cousins du principal parti d'opposition d'Afrique du Sud, l'Alliance démocratique (DA), qui estimaient, il n'y a pas longtemps, que «la formation d'une telle entité n'est envisageable que dans 50 ans»! Trop de choses, en effet, restent à régler au niveau de nos micros Etats, avant de songer à les fédérer. Non?
Et moi, je ne sais toujours pas si je dois y croire. Ou renoncer à me bercer d'illusions.
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