Au début du mois de mars dernier, la France avait publiquement exercé de fortes pressions diplomatiques sur le Mali pour obtenir la libération de quatre dangereux terroristes d'El Qaïda. C'était la rançon exigée par la nébuleuse terroriste pour libérer, à son tour, l'espion, Pierre Camatt. Cette ingérence française fut alors sévèrement dénoncée par les pays de la région qui font face au prix d'innombrables sacrifices au phénomène terroriste. Quatre mois plus tard, les autorités françaises remettent ça en intervenant militairement dans le même pays afin de libérer un autre otage, répondant au nom de Michel Germaneau. L'opération du commando français tourne vite au fiasco. Et le captif fut immédiatement exécuté. Si ça se trouve, les quatre terroristes, précédemment
libérés avec la «bénédiction» de la France, auraient certainement retourné leurs armes contre les forces spéciales françaises et participé à l'exécution de Germaneau. Ceci pour dire qu'on ne badine pas avec ce genre de chose. Tous les pays de la région sahélo-sahélienne plaident constamment pour la fermeté vis-à-vis des bandes criminelles d'El Qaïda, et militent résolument contre l'intervention étrangère dans cette zone extrêmement sensible. Connaissant parfaitement la nature du terrain et la ferveur patriotique des populations autochtones, l'Algérie, la Libye, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger, le Mali et le Tchad, qui ont des frontières communes avec ces vastes plateaux désertiques, se sont maintes fois entendus pour sécuriser ce bassin par leurs propres moyens et à pourchasser les hordes criminelles qui s'y réfugient. Profitant de l'instabilité chronique qui secoue certains Etats de la région, des trafiquants d'armes et de drogue, des mercenaires de tout poil et de dangereux contrebandiers, en connivence avec les groupes terroristes, tentent d'établir leur base arrière dans cette région austère et difficile d'accès. La propagande terroriste désigne souvent les Etats de la région comme de simples auxiliaires des anciens colonisateurs pour gagner la sympathie des populations. C'est pourquoi l'intervention directe des forces étrangères risque sérieusement de compliquer davantage la situation. Les Américains ont bien compris cette réalité et valorisent les efforts déployés par les armées des pays limitrophes. Leur collaboration se limite à l'échange de renseignements et d'expériences, l'assistance logistique et la formation. En revanche, les Européens semblent un peu en retard dans ce domaine. De nombreux pays d'Europe acceptent, par exemple, de payer des rançons pour obtenir la libération de leurs ressortissants des geôles terroristes. Cédant au chantage, Allemands, Français, Autrichiens, Italiens et Anglais ont déjà versé des dizaines de millions d'euros à ces réseaux criminels. Résultat : l'argent des rançons accroît démesurément le danger dans la mesure où il permet aux criminels d'engager davantage de mercenaires et de s'approvisionner en armes. Au lendemain du lâche assassinat de Michel Germaneau, le président français avait promis de «punir» les auteurs de ce crime odieux. «La mort de Michel Germaneau ne restera pas impunie», déclare Nicolas Sarkozy sur un ton martial. Cela suppose d'autres raids français dans le grand Sahara. Inutile de démontrer, encore une fois, que cette façon de crier «vengeance» est contre-productive. A tête reposée, les Européens doivent comprendre d'abord la nature du phénomène avant de promettre l'enfer aux terroristes.

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