Parce qu'il aime dire la vérité à travers sa musique qu'on l'a surnommé Gongui yanke (Le véridique). Aboubacry Diallo est un musicien spécial par la nature de ses textes. Son double single « Goree tougnou » (l'ingratitude) et « Gëm Gëm » (la croyance) marchent très fort au Sénégal avec des clips illustratifs. Ce jeune kinésithérapeute masseur s'insurge contre la vulgarité et l'ingratitude qui gagne la société sénégalaise. Il envisage de faire carrière dans la musique car il estime qu'il a sa vérité à partager. C'est ce qu'il explique dans cet entretien qu'il a accordé à Sud Quotidien.
Qu'est-ce qui t'a poussé à faire de la musique ?
Gongui yanke- C'est une passion. Très jeune, alors que j'étais au Cem puis au lycée j'étais le président de notre foyer. J'ai aimé la musique très tôt. Personne ne m'a demandé à le faire. C'est un choix personnel, d'autant que j'ai des choses à dire, des messages à donner pour servir mon pays. J'ai écrit plus de 100 textes que je n'ai pas encore eu la chance de composer. J'avais cessé de chanter pour me concentrer à mes études. J'ai été manager d'un groupe de musique dénommé « Xam di jëf » dont j'étais un des membres fondateurs. Un jour où le groupe devait enregistrer un morceau que j'avais écrit, le chanteur butait toujours et ne pouvait pas s'illustrer à la perfection. C'est alors que j'étais moi-même entré pour essayer le coup du moment que je maitrisais le texte que j'avais écrit. Quand j'ai chanté, une seule fois d'ailleurs, le Dj avait décidé de ne pas changer ce que j'avais enregistré. Depuis lors j'ai continué à enregistrer des morceaux. Voilà, je m'étais dit pourquoi ne pas enregistrer un single. C'était le fruit d'un travail de longue haleine. Ce n'était vraiment pas facile de faire la musique sans des moyens.
Combien de temps as-tu mis pour préparer ton double single ?
J'ai recommencé mes activités musicales en 2006 avec le groupe Gonga (Vérité). Au début, je ne faisais que du rap, d'ailleurs en 2000 j'avais gagné un concours organisé par l'Alliance Franco Sénégalaise au Centre culturel français de Saint-Louis. Depuis 2006, j'ai travaillé sur plusieurs titres. J'ai choisi « Goree tougnou » ou « l'ingratitude des gens » qui marche de plus en plus fort et « Gëm Gëm ».
Comment expliquez-vous ce phénomène de l'ingratitude ?
Au fait, c'est un problème vécu. Mon père a aidé beaucoup de personnes. En retour, j'ai fait mes études, personne ne m'aidé et j'ai réussi. Ces gens que mon père avait aidés ne passent même plus à la maison. Je me suis inspiré de cela pour écrire ce titre.
Est-ce une manière de te révolter ?
Non, ce n'est pas une révolte, mais plutôt pour mettre en garde ceux qui aident. En vérité, ce n'est pas mal d'aider ces prochains, mais il est mieux de mettre en avant l'avenir de ses propres enfants puisqu'un jour tu peux regretter d'avoir aidé un ingrat.
Serais-tu rancunier d'avoir vécu l'ingratitude ?
Non, je ne suis pas rancunier. C'est juste un vécu que je veux partager avec les autres. C'est aussi une manière d'avertir les autres parents pour leur dire qu'il est bon d'aider ses prochains, mais il est beaucoup meilleur de mettre en avant l'avenir de ses propres enfants. C'est mieux de préparer l'avenir de ses enfants que de faire des largesses. Il ne suffit plus simplement d'étudier pour réussir. Après l'école, il y a la formation professionnelle à faire. Et ça nécessite beaucoup de moyens. Sinon il est difficile de trouver du boulot surtout quand on n'a pas « un bras long ».
Comment est venu ton pseudonyme de « Gongui yanke » ou « le véridique » ?
Je ne me suis pas autoproclamé « Gongui yanke » (le véridique). Ce sont mes textes qui ont poussé les auditeurs à me donner ce pseudonyme. Un jour ils m'ont dit : « Tu écris des paroles véridiques. Dans ce cas on te surnomme le véridique ». C'est comme cela que j'ai choisi de garder ce nom.
En plus, tu es un homonyme d'Aboubacar, le véridique compagnon du Prophète Mouhammed !
Oh ! Je n'y avais pas fait attention. Mais comme comparaison n'est raison, je veux justement dire que je suis né comme ça. C'est ma philosophie de dire la vérité. Tous mes textes relatent des choses que les gens ont vécues, des faits de société, des choses que les gens n'osent pas dire. Je parle de ces vérités crues relatives à nos mosquées. J'ai même failli être tabassé parce que j'avais osé chanter sur le comportement des musulmans dans notre société. Par exemple, pour assurer l'imamat au sein d'une mosquée, les gens disent qu'un tel appartient à une telle caste et qu'il ne doit pas diriger les prières. Or, en Islam, Dieu a dit qu'on porte à la tête des croyants celui qui connait mieux le Coran et la Charia.
Quel jugement fais-tu de la musique sénégalaise ?
Nous « Gonga », nous essayons de sortir du lot car on ne voit qu'émerger le mbalax. C'est pourquoi nous essayons d'explorer les autres sonorités pour montrer que le Sénégal n'a pas que le mbalax. Il y a le « jambadong » chez les Mandingues, il y a le « Yeelaa » chez les Poulars, il y a les sonorités Diola, Sérère et autres. Nous proposons quelque chose de diversifiée. Nous essayons d'apporter une touche spéciale. Nous portons l'acoustique reggae. Il n'y a pas d'instrument, tout est vocal.
Que dis-tu de la vulgarité qui voile les clips musicaux à la télé ?
Cela n'honore pas l'image de notre pays. C'est contraire à notre éthique. Quand nous sommes nés, on nous a inculqués des valeurs comme le « diom » (l'honneur), le « kersa » (la mesure), etc. Ce qu'on nous montre à la tété est indécent. Ce n'est pas sénégalais. Ce sont des choses à bannir. Jusqu'à l'extinction du soleil vous ne verrez jamais ces insanités dans mes clips. Le clip doit se conformer à ce qu'on chante. Si les paroles sont bourrées de sens et que les clips sont vulgaires, ça n'a aucun sens. Si tes paroles n'ont pas de sens, c'est sûr que ton clip n'aura pas de sens aussi. C'est ma vision.
A quand votre premier album ?
Nous ne sommes pas assez connus du public. C'est pour cette raison que nous avons sorti ce double single pour faire notre entrée sur la scène musicale. Si tout se passe bien, nous pourrons peut-être sortir notre premier album dans six mois.

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