La Tribune (Algiers)

Algérie: La ville manque terriblement d'espace et de programme d'animation - Constantine s'ennuie en été

Les vuvuzelas de l'Afrique du Sud tues, le sport roi rejoint son sérail pour quatre années et, d'une région à une autre dans cette vaste Algérie, l'été affiche ses multiples facettes contrastées. Une étendue difficile à meubler, judicieusement, si les mesures d'accompagnement ne suivent pas.

Elles sont généralement l'oeuvre des pouvoirs publics interpellés en premier lieu pour offrir les moyens nécessaires permettant aux citoyens de capitaliser leurs moments libres en se cultivant tout en se distrayant. Il n'en est rien. Les bonnes volontés ne peuvent se concrétiser avec la passivité des offices de tourisme qui font uniquement dans les statistiques hôtelières. Quant aux élus locaux qui, à chaque rendez-vous électoral, promettent monts et merveilles, ils oublient très souvent leurs promesses.Ainsi la saison estivale, synonyme d'évasion, de détente et de découvertes, ne sourit pas vraiment aux bourses moyennes dans notre pays. Encore moins dans les villes de l'Algérie profonde. Le cas le plus éloquent se trouve à Constantine où la morosité use les citoyens qui n'ont pas trouvé la bonne formule pour passer leurs vacances en bord de mer. On ne trouve ni parc d'attractions pour les enfants, ni piscine aux normes, ni terrasses de glaces.

La ville ferme ses portes au moment où la vie nocturne s'anime dans certaines cités festives. Constantine est une ville hors normes touristiques. Malgré la beauté de son site et ses richesses culturelles, elle manque d'imagination, de créativité et d'entreprise est criant. C'est la constatation que font à l'unanimité les voyageurs étrangers et même de l'intérieur du pays transitant par la ville des ponts. On a l'impression que Constantine n'est pas concernée par le volet touristique et qu'elle a scellé son sort pour se recroqueviller sur elle-même. L'été est assez dur dans cette contrée, s'accordent à dire la majorité des visiteurs qui, souvent prennent la poudre d'escampette une fois les affaires qui les ont menés dans cette ville, bouclées...Les rares émigrés qui sont passés ces derniers temps, en raison de l'approche du mois de Ramadhan, s'amusent à amasser chez les disquaires les nouveautés musicales du bled et achètent au passage des films qui sont encore au box-office mais qu'ils peuvent toutefois acquérir grâce au piratage, ce qui leur est impossible à l'étranger.

L'animation culturelle tracée par l'Office communal se rabat actuellement sur le malouf en attendant les incontournables soirées de Ramadhan. En parallèle, le Centre culturel français de Constantine organise des manifestations musicales à titre pédagogique. Quant aux estivants, ils ont le réflexe de s'acheter un journal pour passer un peu des temps avec les grilles des mots croisés, fléchés et autres jeux proposés par les tabloïds. Les plus jeunes cherchent des jeux de société comme le Monopoli ou le scrabble. Mais le gros se rabat sur le Net, à la maison, aux cybercafés ou sur le petit écran bien alimenté par la parabole. Les vidéothèques viennent au secours des cinéphiles que la jachère cinématographique de la ville a sevrés. L'absence de salles de cinéma pousse les cinéphiles à se procurer des films dans ces espaces.Evoquer la saison estivale, c'est également mettre en relief la passion pour la lecture. Sur ce plan, il n'y a pas vraiment bousculade au portillon des rares librairies de Constantine. La lecture d'urgence a pris le dessus sur la passion de se cultiver davantage. Pour certains, la cherté des ouvrages décourage les passionnés alors que pour d'autres, c'est tout simplement le désintérêt.

«On est tellement préoccupés par les problèmes au quotidien que l'envie de lire a volé en éclats... et un peu plus avec le S12, le transport défaillant et l'on passe», témoigne un universitaire ajoutant sur un autre angle que «cela ne devrait pas prendre le dessus sur la passion de nourrir ses neurones, mais c'est une vérité qui met en danger notre culture générale, pas spécialement en été, mais à longueur d'année».En définitive, la capitale de l'Est doit revoir sa copie en ce qui concerne l'animation culturelle. Les autorités tant locales que publiques sont plus que jamais interpellées. Les richesses de la ville et de la région sont loin d'être rentabilisées et les projets se référant aux loisirs tardent à se concrétiser bien que définis «sommairement». Ce qui donne à cette cité millénaire une âme morte, notamment en été.


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