Au cours du sommet de trois jours des chefs d'Etat de l'Union africaine, environ 37.000 enfants et 2.000 femmes sont morts à travers l'Afrique, principalement de causes évitables, déclare une coalition de la société civile pour la santé infantile et maternelle. La coalition salue la promesse des dirigeants africains de rendre disponibles davantage de ressources.
Le 15ème sommet de l'Union africaine (UA) a pris fin par un engagement à accorder une attention plus grande à la santé maternelle, néonatale et infantile. Les dirigeants ont également réitéré des appels pour que le mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar El Bashir soit suspendu et que plus de soldats soient fournis à la mission de l'UA en Somalie.
Les dirigeants africains ont déclaré que l'Afrique ne sera pas en mesure d'attendre l'Objectif du millénaire pour le développement sur la santé infantile et maternelle si davantage de ressources ne sont pas disponibles. Ils se sont encore engagés à affecter leurs propres ressources en honorant les promesses faites dans la Déclaration d'Abuja en 2001 de dépenser 15 pour cent des budgets nationaux sur la santé, et en explorant des partenariats entre le public et le privé.
L'UA a lancé un appel aux bailleurs de fonds, qui se réuniront en octobre 2010 pour une rencontre du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, afin d'étendre le soutien du fonds à la santé infantile et maternelle.
Les fonds supplémentaires doivent être dépensés sur le renforcement des systèmes de santé publique avec un accent sur les soins de santé primaires, le planning familial, l'amélioration des infrastructures et la formation de plus d'agents de santé communautaires. Il a été également convenu de mettre fin aux débours, y compris les frais de l'usager pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans.
Bience Gawanas, commissaire de l'UA pour le développement social, a indiqué aux journalistes, à l'issue du sommet, que les dirigeants ont pris une mesure audacieuse en solidarité avec les femmes et les enfants d'Afrique.
"C'était historique... parce que nous nous posons des questions sur la volonté politique et le leadership et il n'y a aucun doute que les chefs d'Etat de l'Union africaine et les gouvernements ont montré la volonté politique de promouvoir la santé maternelle et infantile sur le continent".
Des groupes de la société civile à ce sommet étaient au début préoccupés du fait que le conflit en Somalie - qui a étendu sa portée mortelle à Kampala, la capitale de l'Ouganda, avec un double attentat à la bombe juste une semaine avant le début des réunions de l'UA - pourrait éclipser le thème officiel du sommet.
Mais Chikezie Anyanwu, coordonnatrice pour l'Afrique du plaidoyer de l'organisation caritative 'Save the Children', a dit à IPS qu'elle était contente du résultat.
"Ils ont souligné qu'il existe une crise du secteur de la santé en termes de personnel. Ils se sont engagés à veiller à ce que les agents de santé soient une priorité pour eux au cours des cinq prochaines années", a-t-elle confié. "Nous sommes contents des engagements jusque-là, (mais) nous voulons plus d'action".
La société civile souligne que neuf ans après l'engagement pris d'Abuja, l'Organisation mondiale de la santé constate que seuls trois gouvernements africains ont atteint l'objectif de dépenser 15 pour cent du budget national sur la santé en 2010: le Rwanda, la Tanzanie et le Libéria. Au cours de la décennie passée, le Botswana, le Niger, la Zambie, le Burkina Faso et le Malawi avaient aussi atteint cet objectif à plusieurs reprises.
Attirant l'attention sur l'exemple du Malawi, Anyanwu a déclaré que la pauvreté n'était pas une excuse pour l'absence de progrès. "L'ironie de l'excuse basée sur le manque de ressources est que le Malawi, un pays très pauvre, a réduit considérablement la mortalité infantile ces dernières années, exactement parce qu'il a fait de cet objectif une priorité".
Pendant que les dirigeants africains quittent Kampala, le chef du Bureau de liaison d'Oxfam à l'UA, à Addis-Abeba, a prévenu que les promesses sont une chose et l'action en est une autre.
"Alors que cette déclaration constitue une étape positive, la plus grande partie a été promise auparavant, mais n'a jamais été concrétisée. Seulement dix pour cent des décisions de l'UA sont effectivement appliquées. Il y a un besoin de mettre immédiatement en place des mécanismes de suivi et de surveillance pour assurer que les décisions seront pleinement mises en oeuvre au niveau national. Les peuples africains en ont assez de la rhétorique - ils ont maintenant besoin de voir un réel changement dans leur vie quotidienne".
ENCADRE: La Somalie a fait l'objet de discussions, bien sûr. L'UA a décidé d'envoyer 2.000 autres soldats de maintien de la paix à la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM), qui constitue un appui essentiel au Gouvernement fédéral de transition de ce pays contre les rebelles islamistes d'al-Shabaab qui contrôlent certaines parties de la capitale et une grande partie du sud du pays. Le mandat de l'AMISOM demeure toutefois défensif, et n'a pas été élargi pour permettre à cette force d'attaquer al-Shabaab ou d'autres groupes rebelles.
Le sommet a également amendé une résolution précédente demandant aux Etats membres de l'UA de ne pas coopérer avec la Cour pénale internationale (CPI) sur l'arrestation et la remise du président soudanais Omar El Bashir, qui est accusé par la CPI de multiples crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
La nouvelle résolution demande au Conseil de sécurité des Nations Unies de suspendre le mandat d'arrêt pour une année dans l'intérêt du processus de paix au Soudan et de la sécurité régionale plus large.
Ben Kioko, conseiller juridique à l'Union africaine, a déclaré à IPS que la position de l'UA n'est pas de défendre Bashir, mais a dit que l'organisation continentale est opposée à ce qu'il a qualifié d'administration sélective de la justice par la CPI.
"Nous sommes contre une justice sélective. Nous sommes contre une situation où les points de vue de l'Afrique ne sont pas entendus. Au total 53 Etats membres africains ont appelé l'ONU à différer la procédure contre Bashir pour un an conformément à l'article 16 du Statut de Rome", a-t-il indiqué.
"Nous ne pensons pas que l'on puisse choisir la justice et ignorer la paix. Ce (n'était) pas fait en Afrique du Sud pour les dirigeants du régime d'apartheid. Regardez ce qui se passe au Sri Lanka, maintenant en Géorgie... ces dirigeants sont-ils en train d'être jugés par la CPI? Ils ne le sont pas".

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