Un entretien d'America.gov avec Mme Florizelle Liser, représentante adjointe des États-Unis pour le commerce extérieur
La réunion ministérielle du 9ème Forum sur la coopération commerciale et économique entre les États-Unis et l'Afrique subsaharienne, qui va s'ouvrir à Washington le 2 août, sera une excellente occasion d'examiner la situation présente des échanges afro-américains et de convenir d'une nouvelle stratégie pour l'avenir.
C'est ce qu'a déclaré Mme Florizelle Liser, représentante adjointe des États-Unis pour le commerce extérieur, dans une interview accordée à America.gov le 23 juillet, à l'approche de cette rencontre annuelle qui est connue sous le nom de Forum de l'AGOA, la Loi des États-Unis sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique.
« Il y a dix ans, lorsque nous avons mis en oeuvre l'AGOA, je crois qu'il était clair que nous voulions ouvrir le marché américain aux produits africains à valeur ajoutée. Nous savions que c'était important et que certains secteurs clés (...) stimuleraient vraiment la croissance en Afrique. Nous avons vu une partie de cette croissance », a-t-elle dit.
Le niveau des échanges commerciaux entre les États-Unis et l'Afrique dans le cadre de la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique, est monté en flèche, a-t-elle souligné tout en admettant que le pétrole et les minéraux constituaient la plus grande partie de ces échanges. Mais même en ne tenant pas compte du pétrole, il y a eu une diversification du commerce entre les États-Unis et l'Afrique.
[Les échanges bilatéraux entre les États-Unis et l'Afrique subsaharienne ont augmenté de 57 % au cours des 5 premiers mois de 2010 par rapport à la même période de l'an dernier, pour atteindre un montant de 33,1 milliards de dollars. Les exportations américaines en Afrique subsaharienne ont augmenté de 7 % pour passer à 6,4 milliards de dollars pendant les 5 premiers mois de 2010.
Les importations américaines en provenance de l'Afrique subsaharienne ont augmenté de 78 %, pour atteindre 26,6 milliards de dollars, pendant les 5 premiers mois de 2010. Les importations dans le cadre de l'AGOA au augmenté de 74 %, pour atteindre 18,8 milliards de dollars pendant la même période. Les produits hors pétrole incluaient des véhicules et des pièces détachées, des vêtements, de la bijouterie, des fruits et des légumes, des vins, des noix, des épices, des paniers, du cacao en poudre, de la pâte de cacao et des fruits de mer.]
« Lorsque nous avons lancé l'AGOA, nous n'avions pratiquement pas de vêtements en provenance de pays africains. Nous n'avions pas de chaussures en provenance d'Afrique. Nous n'avions pas de produits agricoles à valeur ajoutée arrivant aux États-Unis ou de voitures en provenance d'Afrique », a précisé Mme Liser, mais cette situation change et elle considère cela comme un progrès. Cependant, a-t-elle ajouté, « soyons francs ; nous avons compris une chose - que les Africains, même s'ils ont accès aux marchés, n'ont pas vraiment les capacités de tirer tout le parti possible de l'AGOA ».
Elle a remarqué que quelques-uns des 38 pays admissibles à l'AGOA n'exportaient toujours pas vers les États-Unis.
« Il faut être honnête dans ce domaine et le moment est venu d'évaluer et de parler de ce que nous devons faire, de ce que les Africains doivent faire pour profiter de l'AGOA. D'où le thème de ce forum : L'AGOA à 10 ans, de nouvelles stratégies pour un monde en changement. »
Pour faire avancer le programme des échanges dans le cadre de l'AGOA, les Africains doivent renforcer leurs capacités de production - ou devenir plus compétitifs - dans le secteur manufacturier et d'autres, tels que les produits alimentaires, la chaussure et les vêtements. Il faut aussi accroître les investissements et améliorer le climat des affaires, comme cela s'est fait au Rwanda, a précisé Mme Liser en ajoutant : « Le fait est que les Africains doivent apprendre à connaitre leurs concurrents ».
« Le marché mondial du vêtement est très concurrentiel. Les Africains sont en face de pays comme la Chine, le Vietnam et le Bangladesh et pour être concurrentiels ou plus concurrentiels sur ce marché, ils doivent apprendre à livrer leurs produits plus vite, à mieux écouter les acheteurs américains et à réduire les coûts de production, c'est-à-dire aussi les coûts énergétiques et de transport ».
« Ce sont là des éléments névralgiques indispensables », a-t-elle souligné, au même titre que le relèvement du niveau de la bonne gouvernance et de la transparence partout en Afrique.
Du côté américain, a-t-elle spécifié, les États-Unis « doivent s'engager - et je crois que nous l'avons fait - à renforcer les capacités commerciales en Afrique, notamment par le biais des programmes de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), de leurs quatre plateformes commerciales en Afrique et d'une assistance bilatérale ciblée ».
Parlant du poids du commerce du pétrole, qui représente la plus grande partie des échanges au titre de l'AGOA, Mme Liser a reconnu que « l'Afrique avait beaucoup de pétrole et beaucoup de ressources naturelles brutes » et qu'un tel niveau d'échanges n'était donc pas surprenant. « Le grand défi pour les pays africains va être de changer leurs modes commerciaux typiques » en ajoutant de la valeur à leurs produits avant de les exporter.
« Les Africains doivent ajouter plus de valeur à leurs produits dans leurs pays. Le vêtement est un secteur où ils peuvent appliquer cette stratégie. Ils ont beaucoup de coton. Ils expédient beaucoup de coton brut dans beaucoup de pays. Or, leur croissance économique va dépendre plus de la transformation du coton en fils puis en tissu et en vêtements que de l'expédition du coton brut à d'autres qui feront exactement cela. » Ce qui signifie qu'ils laissent les autres profiter de la valeur ajoutée.
Mme Liser a précisé que les Africains exportent du pétrole dans de nombreux pays. Ce qui singularise les relations commerciales entre l'Afrique et les États-Unis est le fait que ces derniers importent une large gamme de produits à valeur ajoutée du continent en même temps que de grandes quantités de pétrole.
« Beaucoup d'autres pays permettent aux États africains de leur expédier du pétrole et des matières premières brutes mais quand les Africains ajoutent eux-mêmes de la valeur, les importateurs soit n'en veulent plus soit imposent de forts droits de douane ».
Dans l'ensemble, Mme Liser pense que les choses s'améliorent dans le cadre de l'AGOA. « Grâce à l'AGOA, de nombreux gouvernements africains ont réduit les délais de création d'entreprises dans leurs pays et ils essaient de rationaliser leurs cadres réglementaires afin de mieux soutenir les entreprises. »
« Nous avons vu de grands progrès dans ce domaine », a-t-elle déclaré. « En outre, le commerce entre les pays africains se développe, ce qui est une bonne chose. Il est difficile de dire que vous allez faciliter l'entrée des entreprises américaines en Afrique lorsqu'il existe toujours des obstacles au commerce avec vos voisins. »
Comments Post a comment