Wal Fadjri (Dakar)

Gambie: Élection présidentielle de 2011 - le président Jammeh accuse la Grande-Bretagne de financer son opposition

Nouvelle tension diplomatique entre la Gambie et la Grande-Bretagne. Le président Jammeh a vivement dénoncé mercredi l'attitude du gouvernement du Premier ministre David Cameron qu'il accuse de financer ses opposants pour renverser son régime. Londres n'a pas encore réagi à ces nouvelles accusations de l'homme fort de Banjul.

Rien ne va plus entre la Grande-Bretagne et la Gambie. Le président Yaya Jammeh a violemment critiqué mercredi l'ancienne puissance coloniale qu'il accuse de financer ses opposants dans la perspective de l'élection présidentielle de 2011, selon l'Afp. Le chef de l'Etat gambien dit, en effet, détenir des preuves que Londres apporte un soutien financier important à ses opposants pour les aider à préparer l'élection présidentielle de l'année prochaine. 'J'ai rassemblé les preuves que le gouvernement britannique, par le biais de son ambassade à Banjul, donne de l'argent à l'opposition pour se préparer à la prochaine élection présidentielle. Mais, quoi qu'ils fassent (les Britanniques), ils ne réussiront jamais. Laissez-les faire, mais je jure que l'opposition ne gagnera jamais, elle n'aura même pas un poste ministériel', a-t-il ainsi déclaré, d'après l'Afp.

Le président Jammeh, qui considère son pouvoir comme un don de la providence, accuse la Grande-Bretagne de vouloir recoloniser son pays contre la volonté du peuple gambien. 'La Grande-Bretagne ne peut pas nous coloniser deux fois. Cela n'arrivera jamais', a-t-il lancé sous les tonnerres d'applaudissements de ses partisans galvanisés par les diatribes contre l'ancienne puissance coloniale et l'opposition gambienne. Et ce n'est pas la première fois que le chef de l'Etat gambien s'en prenne à la Grande-Bretagne qu'il soupçonne de vouloir renverser son régime au profit de ses opposants. L'homme fort de Banjul nourrit, en effet, une haine viscérale contre Londres pour avoir refusé de cautionner les violations répétées des droits de l'homme par son régime.

Depuis son arrivée au pouvoir, le 22 juillet 1994, à la faveur d'un coup d'Etat militaire, sans effusion de sang, le président Jammeh a instauré un régime de terreur dans son pays. Les organisations de défense des droits de l'homme, comme Amnesty International et la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho) l'accusent régulièrement d'atteintes aux droits élémentaires de la personne humaine. Des centaines d'opposants croupissent actuellement dans des centres de détention secrets, disséminés à travers le pays alors que des dizaines d'autres sont portés disparus, selon Amnesty International. Plus de quarante leaders ont, par ailleurs, été contraints de s'enfuir à l'étranger pour des raisons de sécurité. Même les étrangers ne sont pas épargnés par la répression aveugle qui s'abat sur les opposants et les personnes supposées comme telles.

Une cinquantaine de personnes dont quarante Ghanéens auraient, en effet, été tuées récemment par les services de sécurité gambiens, si l'on en croit ces mêmes sources. Deux diplomates des Nations unies ont été renvoyés de Banjul en 2009, pour avoir osé critiquer les violations des droits de l'homme. Le président Jammeh avait fait arrêter et emprisonner deux missionnaires britanniques en 2008, rapportent nos sources. Il les accusait d'incitation à la haine contre sa personne. En 2001, un conseiller de l'ambassade de la Grande-Bretagne avait aussi subi les foudres de Jammeh qui avait ordonné son expulsion. Des opposants à son régime, réunis le 22 juillet dernier à Dakar, avaient dressé un tableau sombre de la situation des droits de l'homme dans ce pays depuis l'arrivée du président Yaya Jammeh au pouvoir, il y a 16 ans.


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