La musique afro-cubaine a fait l'objet d'une discussion vendredi dernier à la librairie Clairafrique le conférencier, Babacar Fall, a soutenu que la résistance du Cuba est liée à sa richesse culturelle, notamment sa musique.
Il a également relevé les influences de la musique africaine sur les rythmes cubains.
Le consultant Babacar Fall a déclaré, au cours d'une conférence sur les influences africaines de la musique cubaine qu'il animait vendredi dernier à Clairafrique, que la résistance de Cuba est liée à sa culture.
C'est cela qui explique la stratégie de ce pays à privilégier la culture et la santé dans les pays africains où il a une représentation diplomatique. « Le problème culturel est extrêmement important dans un pays », a-t-il ajouté.
L'objectif de son exposé était de chercher la racine africaine dans la civilisation cubaine. Cheikh Diop, un mélomane qui intervenait dans les débats, a estimé que la résistance de Cuba face aux puissances occidentales est liée à sa musique.
Il en est de même pour la Guinée à l'époque du président Sékou Touré, qui a résisté à la France grâce notamment au mythique Bembeya Jazz et aux Ballets de Fodéba Keïta. « Quand l'homme souffre, sa seule consolation c'est la danse », a-t-il déclaré. Citant le président Léopold Sédar Senghor, M. Diop a ajouté : « Je danse, donc je suis ».
Revenant sur la salsa, Babacar Fall a indiqué que la discussion autour des origines et de la composition de cette forme de musique est très marginale. « Il y a de nombreux rythmes comme la salsa et la chacha qui sont à la fois un rythme et une danse », explique-t-il. Faisant appel à l'histoire, il révèle que le mot salsa doit son existence à Ignacio Pignacio qui l'aurait prononcé pour la première fois dans les années 1930.
Quant à la rumba, elle tire ses origines du temps de l'esclavage. « C'était une danse des esclaves qui imitaient les mouvements des personnes âgées », précise-t-il. L'animateur Djiby Gaby Gaye a estimé que la salsa est une sauce... musicale. « Ils ont multiplié des rythmes pour sortir celui-ci.
La salsa n'est pas une invention particulière de ceux-là qui étaient aux Etats-Unis. Elle a toujours existé au Cuba et est apparue au Sénégal en 1920 avec quatre groupes modernes », révèle celui qui animait l'émission télévisée « Le bon vieux temps » sur la Télévision nationale sénégalaise.
Mais René Guèye, un autre mélomane, n'est pas de cet avis. Pour lui, la salsa est un mouvement revendicatif né à New York. « C'est une musique fédératrice de toutes les musiques afro-cubaines », explique-t-il.
Un avis partagé par Papis Samba, chercheur, qui pense que la salsa est une musique de fusion née aux Etats-Unis et qui a connu d'autres influences. « La salsa africaine doit être repensée pour espérer prospérer de par le monde », a-t-il averti.
La conviction de M. Gaye est que les Français ont causé beaucoup de tort en matière de musique à leurs ex-colonies, notamment aux Sénégalais. « Ils nous ont imposé autre chose, différente de notre culture », a-t-il regretté.
Il note que la Belgique, au contraire, a permis aux Congolais d'exceller dans l'apprentissage de la musique. « C'est pour cette raison que la musique congolaise a rapidement prospéré à travers le monde ».
D'où la nécessité pour les Africains de « créer une académie de musique », comme l'a suggéré Abdoul Aziz Diagne, un autre participant, qui précise que ce sont les esclaves emmenés à Cuba et aux Etats-Unis qui ont été les premiers à jouer cette forme de musique. La sénégalisation de la musique moderne, selon le conférencier Babacar Fall, a commencé avec le Star Jazz.
« Le chanteur feu Laba Socé fut parmi les premiers à chanter la musique cubaine, mais aussi à y introduire le wolof avec les tubes comme Seyni et Aminata », a-t-il rappelé. Il estime qu'un autre groupe des premières années de l'indépendance, le Super Star, a repris littéralement tout le répertoire de la Orchestra Tchapotine.
« A chaque fois, je me dis : j'aime la Orchestra Tchapotine à cause du Super Star ou le contraire. Ils ont pris le répertoire, mais ils n'en avaient pas les moyens », a-t-il précisé. Selon lui, les musiciens sénégalais ont réglé leurs problèmes par rapport à leur propre style qui consistait à jouer le mbalakh en s'appuyant sur des instruments traditionnels comme le sabar, le tama, etc.
« Ils n'avaient pas les moyens d'y ajouter d'autres instruments de la musique cubaine. Pour le mbalakh, ils ont profité des instruments qui existaient déjà à Cuba et qui étaient à leur disposition, pour développer ce style musical.
La salsa-mbalakh est ainsi assez originale », a analysé M. Fall. Pour preuve, il évoque les ressemblances qui existent entre le morceau « Yaay boy » de la Orchestra Aragon et celui d'Africando interprété par feu Pape Seck. « En réalité, c'est la même chose », a-t-il martelé.

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