Le Pays (Ouagadougou)

Rwanda: L'attentat Rabat-Joie

opinion

Cette question, on n'arrête pas de se la poser depuis l'attentat à la grenade perpétré en début de soirée du 11 août en plein centre de la capitale Kigali et qui n'a fait fort heureusement que des blessés au nombre de sept pour le moment

. On croyait que la série d'attentats jamais revendiqués survenus entre février et mai 2010, qui ont fait au moins 4 morts, appartenait au passé. Cette certitude s'installait petit à petit, vu qu'aucun attentat similaire ou autre n'a émaillé ni la campagne électorale ni le jour du scrutin.

On s'était dit que les forces de l'ordre et de sécurité avaient repris les choses en main et rendu à Kigali sa réputation de ville la plus sûre dans cette région troublée des Grands Lacs. Mais à l'évidence, ce n'est pas le cas avec l'attentat du 11 août.

Outre la capacité de son ou ses auteurs à frapper malgré le dispositif de sécurité que les autorités n'ont pas manqué de mettre en place, l'attentat est un message adressé à Paul Kagamé fraîchement réélu avec un score à la soviétique.

Perpétré dans l'euphorie de cette réélection au terme d'un scrutin duquel les vrais challengers ont été soigneusement tenus à l'écart, l'attentat est comme une expression de ce verrouillage du système démocratique.

Lequel verrouillage ne permet d'ailleurs autre possibilité de manifestation de sentiments, d'humeurs contraires que des méthodes condamnables que sont les attentats. Faut-il mettre ces attentats au compte d'opposants exilés qui sont pour la plupart d'anciens barons du régime et d'anciens compagnons de route de Kagamé ? Kigali ne manquera sans doute pas de pointer un doigt accusateur sur ces opposants, en l'occurence l'ancien chef d'état-major de l'armée, le général Faustin Kayumba Nyamwassa, et l'ex-chef des services secrets, Patrick Karegeya.

Au-delà de ces accusations souvent sans preuves tangibles et irréfutables, Paul Kagamé doit décrypter le message lancé : une remise en cause doit s'opérer dans la conduite des affaires du pays, surtout dans le domaine des libertés.

On ne nie pas au régime du Front patriotique rwandais (FPR) d'avoir apporté la prospérité aux Rwandais. Mais cela n'est pas suffisant. Il faut aussi la liberté. Sinon le pays, aussi beau et développé soit-il, ressemblera très vite à une prison dorée. L'homme, dit-on, ne vit pas seulement d'eau et de pain.

La liberté d'aller et de venir, d'exprimer ses opinions sans crainte de représailles est aussi vital que manger et boire. Or, c'est ce que Paul Kagamé et les siens ne veulent pas permettre en s'étonnant même des critiques qui leur sont faites, arguant qu'ils ont pu remettre le pays sur les rails après le terrible génocide de 1994.

Si la liberté d'opinion existait au Rwanda, on aurait peut-être évité cette série d'attentats dont celui du 11 août est vraiment un pied de nez à Kagamé. Et ceux qui sont contre sa réélection auraient usé de moyens légaux pour le lui faire savoir sans avoir à attenter à la vie d'innocentes personnes.

Le score fleuve n'est pas forcément le signe d'une extrême popularité sans encombre du chef de l'Etat sortant. Rien ne prouve en effet que tout le monde a vraiment élu librement et de gaité de coeur celui qui est présenté comme le sauveur du Pays des mille collines. Alors Paul Kagamé descendra-t-il de son piédestal pour comprendre cela ?


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