Kinshasa — 1. RDC assume la présidence du groupe Afrique des négociateurs sur le Climat. Quels sont les objectifs assignés à ce mandat ?
En décembre 2009, à l'issue de la 15ème conférence des parties (COP 15) (CCNUCC), la RDC a succédé à l'Algérie qui a exercé ce mandat les deux années précédentes, pour conduire le groupe Afrique de janvier 2010 à décembre 2011 à la COP 17, qui aura lieu à Cancun au Mexique. Les objectifs sont très simples. En effet, arriver à une position commune des pays africains, parce que 53 pays qui parlent une même voix portent fort. L'Afrique ne contribue qu'à 3,8% des émissions globales de gaz à effet de serre (GES). Mais elle reste le continent le plus vulnérable face aux changements climatiques. Bref, l'Afrique veut que les pays industrialisés, qui ont contribué à ces changements climatiques, prennent des engagements chiffrés de réduction des émissions GES, d'ici 2020, de 25 à 40% comparés au niveau de 1990 ; allouent un financement de 1,5% de leurs PIB à la lutte contre les changements climatiques des pays africains et en développement; que la hausse de la température globale soit limitée à 1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle, que les financements alloués aux changements climatiques dépendent essentiellement du secteur public et non pas privé. Enfin, que ces pays développés entreprennent la réduction de leurs émissions des GES, d'ici 2020, jusqu'à atteindre 85 à 90% par rapport au niveau de 1990.
2. Par rapport à ces objectifs, qu'est -ce qui a déjà été réalisé ?
A Copenhague, la COP 15 a pris note de l'Accord de Copenhague. Mais cet accord n'a pas de dimensions juridiques contraignantes. Un bon accord dans sa substance, parce qu'il donne priorité, notamment aux petits insulaires en développement et aux pays les moins avancés. Il reconnaît le mécanisme REDD (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts, Ndlr) et donne une valeur à nos forêts sur pied, alors que le Protocole de Kyoto ne reconnaît que des forêts plantées. L'Accord de Copenhague permet ainsi de reconnaître les 145 millions d'hectares de la forêt congolaise. Mais un accord qui n'a pas d'ambition, car il appelle des pays à faire montre de bonne foi, à réduire les émissions sur une base volontaire. Nous espérons que la hauteur d'ambition d'avant Copenhague sera défendue à Cancun par le groupe Afrique. Par ailleurs, l'Accord de Copenhague établit les financements des 30 milliards de dollars US de 2010 à 2012 ; des financements qui vont continuer jusqu'à atteindre 100 milliards de dollars US en 2020. Mais nous estimons que cet argent est insuffisant. Ce que nous demandons c'est de recevoir 1,5% du PIB des pays développés équivalant à 500 à 600 milliards de dollars US par an
3. Quelles sont les attentes des pays africains en général et de la RDC en particulier en ce qui concerne les engagements à la fois de réduction des émissions et des financements pour des actions concrètes ?
Nous pensons les questions sont liées. Le niveau d'ambition dans la réduction des GES par les pays développés à une implication sur les moyens mis à la disposition des pays en développement. Si un pays occidental décide de réduire ses émissions des GES de 5% par rapport au niveau de 1990, d'ici 2020, il pourra tout faire au niveau national. Mais s'il décide de prendre un niveau de 30 à 40%, ce pays développé ne pourra pas tout faire au niveau national. Il devra financer des projets dans les pays en développement et ces réductions seront comptabilisées pour le pays ayant financé ce projet et/ ou favorisé le transfert des technologies. C'est pour cela que le niveau d'ambition doit être élevé, en droite ligne avec les recommandations du 4ème rapport du GIEC (groupe interministériel d'experts sur l'évolution du climat, Ndlr) qui situe le niveau de réduction de 25 à 40% d'ici 2020 par rapport à 1990.
4. Mais jusque là certains pays pauvres, notamment africains s'impatientent, d'autant que rien de concret n'est fait, qu'il s'agisse de la baisse des émissions, de l'aide au développement ou de la protection des forêts
Aujourd'hui, le modèle a changé. Ce n'est plus un pays pauvre qui va mendier auprès des pays riches. Nous sommes dans un cas de figure où ce sont des pays pauvres qui demandent réparation à ces pays qui ont 50 à 60% de l'espace atmosphérique pour se développer. 20% de la population mondiale aujourd'hui utilisent environ 40% de l'espace atmosphérique et s'enrichissent tandis que 80% se développent seulement avec 40% de l'espace atmosphérique. C'est un problème d'équité qui est posé. Nous demandons des financements, un transfert des technologies, et un appui pour le renforcement des capacités adéquats pour lutter contre les changements climatiques. Effectivement, des pays tardent à faire montre de bonne foi. C'est pour cela que nous sommes engagés dans ce processus de négociations. D'autre part, un des grands pays pollueurs n'a pas ratifié le Protocole de Kyoto. Les pays développés qui l'ont ratifié hésitent un peu à s'engager pour une deuxième période du Protocole de Kyoto tant que ce pays n'aura pas pris un engagement comparable.
5. Les négociation de Bonn, du 02 au 06 août, ont-elles été un succès ou échec ?
Je dirai que nous sommes dans un processus dynamique. On ne peut pas parler nécessairement d'échec ou de succès. Je pense que le succès serait lorsque nous arriverons à un instrument juridique contraignant, qui établira les objectifs clairs de réduction pour les pays développés et les actions volontaires devant être entreprises par les pays en développement sur la base d'un appui technique et financier adéquats Donc, c'est un mécanisme complexe qui touche des dimensions politique, économique, sociale et demande qu'on s'arme de patience et qu'on rallie ambition et réalisme. Et le groupe Afrique s'inscrit dans cette logique.

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