Port Louis — Le lancement du plan de pension de la MASA Vendredi dernier a été l'occasion pour le Premier ministre d'exposer le projet de son gouvernement d'investir dans une industrie culturelle mauricienne.
L'art et la culture sont en train de prendre une importance croissante à Maurice, commente le metteur en scène Henri Favory. Pour preuve, le débat parlementaire animé qu'a suscité le refus initial du ministère des Arts et de la Culture de subventionner le déplacement de Gaston Valayden et de sa troupe à San Francisco pour le Fringe Festival.» Tout porte en effet à croire, au vu des récents événements, que l'art et la culture sont devenus des enjeux politiques de premier plan. Lors du lancement du programme Revenu de solidarité artistique de la Mauritius Society of Authors (MASA), vendredi dernier, à l'auditorium Octave Wiehé, à Réduit, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a déclaré qu'à ses yeux, la culture était aussi importante que le développement économique.
Navin Ramgoolam a également énuméré les projets culturels de son gouvernement : la création d'une galerie d'art nationale, d'un Performing Arts Centre et l'apport de subsides à hauteur de 50% pour la location de certaines grandes salles de spectacles. Cette cérémonie fut aussi l'occasion pour le Premier ministre de lancer un nouveau slogan, Maurice Culture et Avenir (MCA), sorte de Maurice île durable (MID) culturel. Quelques jours auparavant, le ministre des Arts et de la Culture, Mookhesswur Choonee, avait, quant à lui, déclaré lors d'une conférence de presse que le gouvernement songeait à faire de la culture un pilier de notre économie.
Cependant, si l'on veut faire de Maurice un culture hub comme le préconise le ministre Choonee, il est important de permettre à nos artistes les plus talentueux de pouvoir vivre de leur art. Or, de nos jours, mis à part quelques musiciens et danseurs évoluant dans les hôtels, et quelques rares plasticiens qui arrivent à vendre suffisamment de leurs oeuvres pour vivre, la majeure partie de nos artistes doivent se contenter d'un statut d'amateur. Selon Henri Favory, la notion d'artiste professionnel échappe encore à bon nombre de Mauriciens. «Quand je vais voir des sponsors pour monter un spectacle, il arrive que l'on me donne de l'argent pour la location de la salle, pour les costumes ou les décors. Il y a cependant beaucoup plus de réticences quand je demande un soutien financier pour payer les comédiens», déplore-t-il.
Exercer le métier d'artiste à temps plein à Maurice comporte un risque réel de se retrouver dans une certaine précarité. Le secteur hôtelier, par exemple, le principal pourvoyeur d'emplois pour les artistes, ne leur offre que dans des cas rarissimes des contrats de travail avantageux.
La plupart des musiciens et des danseurs travaillant dans les hôtels ne bénéficient pas de prestations telles qu'un salaire minimum garanti, des congés payés, un plan de pension ou des indemnités en cas de licenciement.
«Si la MASA a mis en place un fonds de solidarité pour les artistes âgés, nous explique Rajni Lallah, pianiste et membre du parti Lalit, c'est parce que beaucoup d'entre eux ne sont pas en mesure de jouir d'une retraite confortable. C'est la preuve que la condition des artistes doit être revue dans notre pays. Le gouvernement parle de consacrer des fonds importants à l'art et à la culture. Cela est en soi une excellente chose mais reste à savoir si ces fonds seront utilisés à bon escient.»
Rajni Lallah souhaiterait que cet argent soit en partie investi pour créer des structures qui donneront des emplois aux artistes. «Il existe, par exemple, à l'étranger, des théâtres municipaux ou nationaux qui offrent un grand nombre d'opportunités aux artistes. Il faudrait peut-être aller dans cette direction.»
En effet, beaucoup de théâtres ou de salles d'opéra à travers le monde sont pourvus d'un orchestre constitué de musiciens professionnels. Ces salles de spectacles permettent également à des comédiens, des metteurs en scène, des plasticiens pour les décors ou des danseurs d'avoir du travail tout en proposant des spectacles de qualité au public.
La promesse d'une politique culturelle ambitieuse du gouvernement a été accueillie avec beaucoup d'espoir dans le milieu artistique. Elle nécessitera cependant des investissements financiers importants, notamment en termes d'infrastructures, car les espaces où les artistes peuvent se produire en public manquent cruellement. Le développement d'une industrie des arts et du spectacle qui deviendrait éventuellement l'un des piliers de notre économie passé aussi par une professionnalisation accrue des artistes locaux. D'où l'importance de mettre l'accent sur la formation et d'élaborer une stratégie pour inciter davantage d'artistes amateurs à passer professionnels afin qu'ils soient en mesure de se consacrer exclusivement à leur art.
Questions à...
Gérard Louise, directeur de la «Mauritius Society of Authors». "Accorder une reconnaissance aux créateurs"
En quoi consiste le plan de pension que la «Mauritius Society of Authors» (MASA) vient de mettre en oeuvre ?
Le MASA Artists Solidarity Scheme est un programme de solidarité artistique et aussi un plan de couverture sociale conçu et mis en place par la MASA. Il est destiné aux artistes ayant atteint l'âge de la retraite selon l'échéancier prévu par la loi. L'objectif est de maîtriser l'incertitude financière qui, trop souvent, cause préjudice à la carrière de nombreux artistes. L'idée maîtresse est d'accorder une reconnaissance et une dignité aux créateurs en assurant leur retraite. Soulignons que l'île Maurice est le deuxième pays dans la région africaine à mettre sur pied un plan de solidarité artistique.
Est-il accessible à tous les artistes, musiciens, danseurs, comédiens, plasticiens ?
Dans un premier temps, le plan de solidarité artistique concerne uniquement les auteurs, compositeurs, arrangeurs et éditeurs de musique car leur création génère beaucoup plus que les autres disciplines. La MASA travaille actuellement afin que le plan soit étendu aux peintres, écrivains plasticiens, comédiens tout en préparant un plan de vulgarisation pour que ces derniers soient en mesure de produire dans les paramètres voulus.
Ce plan de pension est-il basé sur un système de cotisation et est-il en partie géré par une compagnie d'assurance ?
Le plan de revenu solidarité est une prestation mensuelle non-contributive et devient payable à ceux qui atteignent 60 ans. La MASA gère pour les artistes de 60 ans à monter. De plus, la MASA préconise la mise sur pied d'un plan d'investissement pour ses membres.
La création de ce plan de pension est indéniablement une mesure qui encouragera davantage d'artistes à vivre de leur art. Quelles autres mesures préconisez- vous pour que plus d'artistes deviennent des professionnels et apportent leur contribution à la mise en place d'une industrie des arts et du spectacle à Maurice ?
La MASA est considérée comme un des partenaires pour l'émancipation de la culture. Pour miser davantage sur la professionnalisation du domaine, la MASA compte beaucoup sur la formation de ses membres dans tous leurs domaines d'exercice : musique, étude du marché de la musique, marketing, gestion des compagnies d'événementiel. La formation des membres de la MASA a déjà commencé en ce sens. Pas plus tard que le dimanche 22 août 2010, les membres de la MASA étaient en formation sur le fonctionnement efficace et l'étude du marché de la musique. La MASA prône également, avec le concours de l'Organisation internationale de la Francophonie, de tenir des sessions de formation sur la gestion des concerts, les disciplines artistiques, etc.
Un certain nombre d'artistes évoluant dans les hôtels ont de plus en plus de mal pour trouver du travail à cause de la crise financière. Etes-vous favorables à un système d'allocations pour les artistes qui sont au chômage ou qui n'ont pas suffisamment d'engagements pour vivre décemment ?
Cette question mérite d'être posée. Pour résumer la position de la MASA, en 2008, le ministère des Finances, après de multiples cris du coeur de la MASA, a pris en compte les conditions financières dans lesquelles les artistes hôteliers exercent. En tant que directeur général de la MASA et, de par mon expérience, j'ai préparé un plan d'aide financière en ce sens (le stimulus package) et cela a été présenté auprès des préposés du ministère des Finances. Force est de constater que rien n'a été fait en ce sens. Entre-temps, les artistes hôteliers peinent à vivre.

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