Le Soleil (Dakar)

Afrique: Decodages - Professeur Papa El Hassane Diop - Le disséminateur de l'insémination artificielle en Afrique

Le nom du Professeur Papa El Hassane Diop se confond avec la biotechnologie animale en Afrique. Pionnier de cette technologie en Afrique au Sud du Sahara, l'homme a apporté sa contribution à la dissémination de l'insémination artificielle en Afrique.

D'où la naissance au Sénégal, en 1989, du premier veau issu d'un transfert d'embryon. Son autorité scientifique lui a permis de diriger des programmes en biotechnologies et de siéger dans une vingtaine de sociétés savantes.

L'Ecole inter-Etats des sciences et médecine vétérinaire (Eismv) baigne dans le calme. Le Pr. El Hassane Diop est dans son bureau, arborant une tenue sénégalaise deux pièces de couleur beige. Derrière ses verres correcteurs se cachent de petits yeux.

D'un commerce facile, ce passionné de la science aime bien son cadre d'évolution. « C'est ici, que j'ai reçu une bonne partie de ma formation et où je continue à mener des recherches », informe-t-il.

Tout a débuté à Ziguinchor où il effectue une partie de ses études primaires entre 1956 et 1960. Après la région naturelle de la Casamance, cap sur Saint-Louis avant de se retrouver à Rufisque où il décroche son entrée en 6e sous l'oeil vigilant de son père.

« J'ai fait la classe de Cm1 à Saint-Louis parce que mon père a été affecté dans cette ville. Mes parents m'ont ramené à Rufisque parce que j'étais turbulent. C'est mon oncle qui s'est occupé de mon éducation », confesse-t-il. Aujourd'hui, le professeur vétérinaire doit à ce dernier la culture de la rigueur et, peut-être, de la persévérance.

« Mon oncle Bachir Diagne était un enseignant. C'est lui qui m'a forgé et façonné à l'épreuve de la vie », reconnaît El Hassane Diop. Influencé par son entourage, l'illustre inconnu de biotechnologie a très tôt rêvé d'une carrière militaire.

A l'en croire, un de ses grands parents était un officier de la première génération des Tirailleurs sénégalais. « Mon grand père faisait partie de la vieille génération des Tirailleurs sénégalais. C'est ce qui explique mon choix de vouloir être un enfant de troupe.

Ainsi, j'ai intégré le Prytanée militaire en seconde parce qu'en classe de CM2, j'étais forclos pour le dépôt des dossiers », se souvient l'ancien chef de service vétérinaire de la Gendarmerie nationale.

Premier officier vétérinaire de l'armée sénégalaise, ce professeur reconnaît que la chance lui a souri à plusieurs reprises. « J'ai fait mon application en France. Je me suis retrouvé à l'Ecole militaire de Toulouse pour une application en chirurgie. C'est là que j'ai eu l'occasion d'être assistant », raconte le Professeur Papa El Hassane Diop.

Le déclic dès le retour au bercail

Le vétérinaire revient au Sénégal en 1977. Il sert d'abord à la gendarmerie pendant 14 mois comme chef de service vétérinaire de la Gendarmerie nationale. Parallèlement, il a assuré la fonction d'assistant-vacataire à l'Ecole Inter-Etats des sciences et médecine vétérinaires (Eismv), recruté comme assistant avant de devenir maître-assistant en 1980.

« J'ai vite gravi les échelons », indique-t-il. Avec la signature de l'accord entre l'école vétérinaire, le Conseil africain et Malgache de l'enseignement supérieur (Cames) en 1987, le professeur qui est à la quête d'une agrégation s'envole pour le Canada.

« Cette agrégation était un peu spéciale. Il m'a fallu beaucoup de travaux de recherche pour réussir, poursuit le professeur, cette agrégation en 1988 ». Cette agrégation poursuit le professeur, a donné une nouvelle orientation à ma carrière.

De retour au Sénégal, le passionné de biotechnologie s'emploie de faire connaitre cette discipline charnière pour le développement de l'agriculture, de l'élevage, entre autres. « J'ai beaucoup travaillé sur les biotechnologies durant mon séjour au Canada. Ce qui m'a valu des responsabilités dans des projets ayant trait à la biotechnologie », dit-il.

Le Professeur Diop fait partie de l'équipe de chercheurs sénégalais qui a expérimenté l'insémination artificielle au Sénégal en 1989. L'expérience fait tâche d'huile et le met sur orbite. Des responsabilités lui ont été confiées en Afrique grâce à la biotechnologie.

« Depuis le lancement du programme d'insémination artificielle, en 1989, nous avons développé un projet soutenu par le Pnud, Afrique 2000. C'est l'occasion de remercier M. Boubacar Fall qui a cru à cette expérience », a-t-il rappelé.

Aujourd'hui, il est convaincu d'avoir contribué au développement de l'insémination artificielle en Afrique. « C'est le premier scientifique sénégalais qui a introduit cette technique dans ce pays.

Et c'est encore lui qui, en 1989, a fait le premier transfert d'embryon au Sénégal », a certifié le directeur de l'école inter-Etats des sciences et médecine vétérinaire de Dakar, le professeur Louis Joseph Pangui. Selon lui, le professeur Diop est le pionnier de la science de la reproduction au Sénégal.

« Il a tout donné pour que cette science se développe dans nos pays. C'est pourquoi, il a été porté à la tête du noyau de la technologie en biotechnologie de l'Agence des universités francophones (Auf) », a-t-il indiqué. Non sans rappeler la rigueur de l'homme.

« C'est un principié qui, à mon avis, n'a pas de défaut », a-t-il déclaré. Abondant dans le même sens, Loba Marie Ogoumon, une étudiante ivoirienne en 5ème année, à l'école vétérinaire, confirme que le professeur Diop aime le travail bien fait.

« C'est un militaire qui a toujours la maîtrise de son cours. En véritable pédagogue, le professeur Papa El Hassane Diop est l'un des rares enseignants qui impressionne les étudiants. Sa méthode d'enseigner repose sur l'essentiel », soutient-t-elle.

Fier d'avoir transmis des secrets à ses étudiants qui restituent bien les leçons, le professeur Diop peut se féliciter d'apporter sa contribution à la prise en charge des préoccupations dans le domaine de cette science, des pays comme le Côte d'Ivoire, la Guinée, entre autres.

« J'ai formé plusieurs cadres de la sous-région en insémination artificielle et en transfert d'embryon. C'est pour ces raisons que mes collègues scientifiques m'ont attribué le titre de pionnier de ces technologies en Afrique au Sud du Sahara », rappelle-t-il.

Et d'ajouter que l'insémination artificielle est la base du développement des fermes modernes dans les environs de Dakar. « J'avais la mission d'assurer la vulgarisation de cette biotechnologie. Je pense que j'ai accompli cette mission », s'interroge-t-il.

Le Pr. Papa El Hassane Diop justifie surtout sa satisfaction en notant le changement de mode de vie des familles dans certaines zones rurales. « Nos races locales produisent 2 litres par jour.

L'insémination a permis d'obtenir au moins 10 litres de lait par tête. Cette science a révolutionné la vie en milieu rural. Ainsi, des familles ont des revenus plus conséquents », se réjouit le professeur agrégé et titulaire de chaire. ****

La consécration du travail bien fait

Directeur de la recherche en biotechnologie au Sénégal, le Pr. Papa Hassane Diop est l'un des premiers spécialistes africains en biotechnologie animale. Son autorité scientifique lui a conféré des postes de choix dans les programmes de recherche.

Membre de la Société médicale d'Afrique noire de langue française, ce spécialiste en biotechnologie, avec option production animale, a siégé à la « Society for the Study of reproduction » à « International Embryon transfert Society » et au réseau Biotechnologie animale de l'Université des Réseaux d'expression française.

Le 18 décembre 2006, il est porté, à l'issue d'une sélection, à la tête de l'Agence africaine de biotechnologie (Aab) qui comptait 16 pays au départ. Une instance qu'il a dirigée avec brio tout en refusant qu'elle ne soit domestiquée. « L'agence est une institution inter-Etats.

Au terme d'un travail très important, nous avons réussi à porter le nombre des pays à 21 », renseigne-t-il. A l'en croire, les pays africains créent des entités, mais il n'y a pas de suivi. « Nous déplorons le manque de rigueur et de considération.

J'ai refusé que l'agence soit au service d'un seul Etat. Je n'ai aucun regret sur mon travail », ajoute le spécialiste de la chirurgie en reproduction. Ce colonel vétérinaire est évaluateur externe au Fonds national de recherche agricole et agro-alimentaire (Fnraa) et dans d'autres organisations africaines.

La liste des sociétés savantes dont il est membre est loin d'être exhaustive. Il a dirigé, de 1990 à 1997, le réseau biotechnologie animale de l'Agence universitaire de la Francophonie. Il a été le gouverneur du Sénégal au centre international de génie génétique et de biotechnologie.

Aujourd'hui, ce cinquantenaire qui ne porte pas son âge dit inscrire sa recherche, ses actions dans la lutte contre la pauvreté. « Je ne supporte pas de voir une personne souffrir sans qu'elle ne soit assistée.

C'est depuis ma tendre enfance que je m'évertue à cultiver la solidarité », confie-t-il. L'ampleur de ce phénomène nécessite, selon M. Diop, une synergie d'actions. « Je pense que la meilleure manière de lutter contre la pauvreté, c'est l'unité d'actions. Je me suis toujours inscrit dans cette dynamique de lutte, sachant qu'elle revêt des aspects multiformes.

De plus, il y a ce souci constant qui m'habite. Chaque action que je mène, c'est de voir un peu comment aider mon prochain. Une constante à mon avis liée à mon éducation », confesse l'ancien assistant au service de pathologie-chirurgie de l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse.


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