Inter Press Service (Johannesburg)

Mali: D'anciens rebelles veulent devenir entrepreneurs

Gao — Dans la région de Gao (nord du Mali), de jeunes combattants de la dernière rébellion touarègue troquent leurs fusils contre de petits projets de développement. Cette reconversion donne de l'espoir pour une paix durable dans le pays à condition que ces nouveaux entrepreneurs survivent à la dureté du désert.

«Tout le monde espère avoir la paix aujourd'hui. C'est pourquoi nous sommes contents que l'Etat ait honoré ses engagements», a déclaré à IPS, Akly Iknan Ag Souleymane, leader des ex-combattants de la localité de Tessit, dans le nord du Mali, à environ 80 kilomètres du Burkina Faso voisin.

Il a fait cette déclaration le 2 août à l'occasion de la cérémonie de remise de l'argent des projets aux anciens rebelles de sa localité. La bande que Ag Souleymane dirigeait était très active lors de la dernière rébellion touarègue que le nord du Mali a connue entre 2006 et 2009.

Après des négociations, l'Etat malien s'est engagé à financer des projets de développement dans les régions touchées par ce conflit. Ainsi, Ag Souleymane, à l'instar de 300 autres jeunes ayant combattu dans les rangs de l'ancienne rébellion, a obtenu 800.000 francs CFA (environ 1.600 dollars) pour financer sa petite entreprise d'élevage. «Je vais faire de l'embouche bovine, mais je compte aussi élever de petits ruminants qui sont adaptés au milieu», a-t-il ajouté.

Les projets ont été proposés au gouvernement malien par les promoteurs eux-mêmes, de jeunes Touaregs qui s'attachent désormais au développement. «Cet argent soulage enfin ces jeunes qui ont accepté de déposer les armes sans condition pour se consacrer au développement local», a déclaré Eglas Ag Ifène, lui-même ancien rebelle. «Les activités concernées vont de la création de banques de céréales au petit commerce, en passant par l'élevage et l'agriculture», a-t-il expliqué à IPS.

Au total, les projets des 300 jeunes ont coûté 240 millions FCFA (environ 480.000 dollars) que la Libye a déboursés. Mais, d'autres sponsors interviennent dans la réinsertion des ex-rebelles touaregs. Le gouvernement malien avait lancé un appel aux donateurs pour l'aider à financer son programme d'investissement dans les régions touchées par la rébellion.

Ce programme ambitieux envisage d'investir quelque 1,7 milliard de dollars sur une période de 10 ans, et vise notamment à créer des empois pour tous les jeunes de la zone. En outre, il prévoit la construction des routes, des centres de santé et de petits barrages d'irrigation pour l'agriculture et l'élevage.

Pourtant, les choses pourraient être difficiles pour ces jeunes qui n'ont aucune expérience en entreprenariat. «Nous allons suivre de près chacun des projets pour qu'ils puissent réussir. C'est pourquoi une commission de suivi a été créée», a annoncé à IPS, Kalifa Keïta, le gouverneur de la région de Gao.

En dehors de l'inexpérience de leurs promoteurs, ces projets pourraient également être affectés par les dures conditions climatiques du désert.

Interrogé par IPS, Assarik Ag Assadek, de l'Ecole des sables, une organisation non gouvernementale locale, a expliqué que des projets similaires financés dans la zone ont souffert des difficultés liées à la sécheresse. «Mais les gens ont tiré des leçons de tout cela et ils tiennent compte du contexte climatique en élaborant leurs projets», a-t-il affirmé.

Pour l'instant, l'engagement de l'Etat malien à financer des projets pour les jeunes ex-rebelles, a réussi à stabiliser un peu la région de Gao, en proie à des violences intercommunautaires. Cette situation représente aussi une menace pour les projets déjà financés car en dehors des Touaregs, d'autres habitants de la zone se sont armés.

«Tout allait bien entre les communautés. Ce n'est qu'en 2008 que des groupes se sont formés pour tuer des gens et voler des animaux», a indiqué à IPS, Mahamane Maïga, membre de la communauté sédentaire du village de Fafa, dans le nord.

Selon Sadou Diallo, le maire de Gao, si les ex-rebelles veulent faire la paix avec le gouvernement pour devenir des entrepreneurs, le Mali est encore confronté aujourd'hui à d'autres menaces que sont le banditisme, le trafic d'armes et de stupéfiants. Pendant ce temps, ajoute-t-il, des jeunes issus d'autres communautés, qui se livraient aux vols de bétail et actes de violence, attendent aussi un financement pour leurs projets.

«L'expérience pourrait tourner court si on ne trouve pas de quoi occuper les autres jeunes qui peuvent se procurer facilement des armes de guerre», a déclaré Diallo à IPS, ajoutant : «Si le gouvernement ne trouve pas les financements promis, c'est moi que les jeunes accuseront puisque je leur ai assuré que l'Etat va les aider».

Mais, des ressortissants de la région pensent qu'en donnant de l'argent aux jeunes, le gouvernement malien ne résout pas les problèmes des jeunes. «Les 240 millions de FCFA donnés aux jeunes ne peuvent pas être une solution», a affirmé Ahmed Ag Abdala, originaire de Gao.

«Résoudre les problèmes des jeunes ne demande pas beaucoup d'argent. Pour vous donner un exemple, j'ai fait un forage à six millions de FCFA dans ma zone natale. Il n'y avait personne avant, mais aujourd'hui, il y a des milliers de familles nomades vivant dans les environs du puits», a-t-il ajouté à IPS.


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